Les déchets, piliers de l'économie circulaire en Rhône-Alpes
Nicolas Rousseau
Nicolas Rousseau
Le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas ! » D'emblée, l'Ademe, Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, donne le ton. Et pourtant, au cours de l'année 2012, chaque habitant rhônalpin a produit plus de 500 kg de déchets : 235 kg d'ordures ménagères résiduelles, 69 kg d'emballages et journaux magazines et 210 kg déposés en déchetteries.
Quelque 5,6 millions de tonnes de déchets non dangereux, c'est-à-dire issus des ménages et des activités économiques, ont été recyclés, traités et stockés en Rhône-Alpes en 2013.
À l'échelle régionale, la répartition des modes de traitement diffère d'un département à l'autre. L'Ardèche, la Drôme et la Loire privilégient l'enfouissement, quand les autres sont plus portés vers l'incinération. Toutefois, le recyclage continue sa progression quel que soit le département. En 2013, les déchets produits en Rhône-Alpes vont pour un peu plus d'un tiers en recyclage (35 %), 27 % en centre de stockage et 26 % en incinération. Le compostage ne représente que 10 % des destinations. Ces tendances pourraient dorénévant ne pas se confirmer : la réduction des déchets est devenue un enjeu prioritaire pour les politiques de développement durable.
Et ce, au fur et à mesure que change le regard que nous portons sur les déchets que nous produisons et que se transforment également nos comportements individuels.

Le compostage des déchets ménagers se développe en Rhône-Alpes (Crédits : Fotolia)
Afin de répondre aux exigences fixées par le plan ministériel 2014-2020 de réduction et de valorisation des déchets, il ne s'agit plus simplement de traiter par voie d'incinération ou d'enfouissement les ordures ménagères. Présenté par Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, ce plan vise, d'une part, à la « prévention » de la production des déchets et, d'autre part, au développement de l'économie circulaire.
L'objectif est de diviser par deux les quantités de déchets mis en décharge d'ici à 2025, en les réduisant de 30 % dès 2020, et ainsi faire de ces déchets des ressources, afin de réduire leur impact environnemental et créer des filières de recyclage créatrices d'emplois et de croissance verte. Le pan ministériel s'articule autour de quatre axes prioritaires.
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S'il faudra toujours, à l'avenir, recourir aux techniques traditionnelles de traitement, il s'agit en parallèle de favoriser la valorisation, le recyclage et le réemploi des déchets produits. Entre ici en jeu la notion de leur gestion durable, une notion qui intègre la problématique des ordures ménagères depuis le moment où un produit de consommation peut potentiellement devenir déchet jusqu'à son traitement. Elle s'appuie sur des procédés qui permettent quantitativement de jeter moins, tel que le compostage, qualitativement de jeter mieux, comme en amont du réemploi, tout en réduisant l'impact écologique du traitement et en faisant appel aux circuits de l'économie sociale et solidaire.
Les biodéchets des activités peuvent représenter de 5 à 15 % des quantités d'ordures ménagères collectées, soit entre 7 et 15 kilos de biodéchets des activités par habitant et par an sur un territoire défini. Le plan ministériel de réduction et de valorisation des déchets préconise le développement du tri et de la valorisation des déchets alimentaires en soutenant le déploiement de 25 000 composteurs partagés en pied d'immeuble et la mise en place progressive du tri à la source des déchets alimentaires des ménages (et des entreprises).
Environ un tiers de notre poubelle est composée de déchets organiques (biomasse) qui peuvent être valorisés en compost. Pourtant, ces déchets finissent en très grande majorité dans une décharge ou un incinérateur. Ils constituent par conséquent des vecteurs importants de pollution. Il est donc essentiel de séparer ces déchets à la source et de les composter au plus près de leur lieu de production. « On estime que la poubelle moyenne d'un foyer français contient environ 30 % de déchets fermentescibles. De 20 à 25 % peuvent être déposés en composteur collectif. »
Le compostage peut être réalisé de manière collective, tant en milieu rural qu'en milieu urbain. Les collectivités disposent d'un panel d'outils pour y parvenir. Dans la métropole lyonnaise, plusieurs associations, dont les Compostiers, promeuvent le compostage collectif.

Le compostage peut être réalisé de manière collective (Crédits : Fotolia)
« C'est par l'incitation des pouvoirs publics qu'on parviendra à un changement durable des comportements individuels », prolonge Nathalie Ortar. Chambéry Métropole a obtenu des résultats probants grâce à la mise en place, depuis 2003, du compostage domestique. Dans cette agglomération, le parti pris a été d'inciter les habitants à composter de toutes les manières possibles. La collectivité a créé un réseau de guides composteurs, formés à la théorie et à la pratique du compostage, chargés d'accompagner et d'informer les habitants de leur quartier. Aujourd'hui, près de 30 % des habitants de la métropole chambérienne compostent leurs déchets organiques. « Le compostage collectif est une démarche participative, créatrice de lien social, dans le sens où les habitants d'un immeuble se retrouvent autour du composteur, deviennent véritablement acteurs de la gestion de leur déchets. »
À Annecy, la communauté d'agglomération a choisi de faire la promotion du lombricompostage. Cette technique permet aux personnes habitant en immeuble de gérer leurs déchets organiques à domicile : les vers s'occupent de digérer les déchets disposés dans un lombricomposteur et les transforment rapidement en compost. L'agglomération d'Annecy a ainsi équipé 195 foyers volontaires.
« Ce n'est pas parce qu'un objet ou un produit n'est plus utile qu'il est à jeter, prévient-on à l'Ademe. Nous pouvons parfois le remettre dans le circuit de la consommation. » Et lui offrir en d'autres termes une deuxième vie. Grâce au réemploi, par le don, la réparation ou la modification de leur utilité première, ces produits, au lieu de terminer leur course à la benne, entament un nouveau cycle de vie, ce qui présente une série d'avantages : la réalisation d'économies, la réduction en quantité de déchets déposés en déchetterie (et leur transport), la limitation de la quantité de ressources naturelles nécessaire à la fabrication d'un nouveau produit et la création d'un emploi local, dans les circuits de l'économie sociale et solidaire. C'est tout le dessein des ressourceries, dont les éclosions se multiplient à l'échelle du territoire rhônalpin.
« La collecte d'objets divers issus des particuliers ou des entreprises, en apport volontaire ou en déchetterie, est le début de la chaîne de valorisation, explique David Meunier, directeur de la ressourcerie De fil à fil, installée à Chazelles-sur-Lyon (Loire). Vient ensuite le temps de la valorisation de l'objet puis sa revente dans une boutique de réemploi, le tout dans une démarche de sensibilisation à l'environnement. Notre pari est de trouver, pour tout objet qui nous parvient, une filière de revalorisation, qu'il s'agisse du réemploi direct ou du recyclage. Nous reculons en quelque sorte le stade de la fin de vie d'un produit, celui où le déchet ne peut plus être évité. »
Ce que nous nous apprêtions à jeter n'est plus considéré comme un déchet, mais continue de représenter un produit pour qui l'on envisage un nouvel usage ou un usage détourné, notamment artistique. « Le développement du réemploi sous-entend de porter un nouveau regard sur nos déchets », analyse Nathalie Ortar. Les avantages économiques, environnementaux et sociaux du réemploi sont d'ailleurs de mieux en mieux perçus par les Français, selon une enquête Ipsos réalisée pour le compte de l'Ademe. Donateurs, acheteurs et bénéficiaires sont de plus en plus nombreux, confirme David Meunier. Preuve, s'il en fallait, de l'émergence d'un modèle économique circulaire, dont les déchets constituent un pilier.

Les ressourceries donnent une seconde vie aux objets (Crédits : La Ressourcerie)
Ce concept répond à un objectif fondamental : une production de biens et services qui permette de limiter la consommation et de diminuer le gaspillage des matières premières, de l'eau et des sources d'énergie. Il s'agit de déployer une économie fondée sur le principe de « refermer le cycle de vie » des produits, des services, des déchets, des matériaux, de l'eau et de l'énergie. « Cela suppose de lever progressivement un frein lié à l'obsolescence programmée de nos biens de consommation », préconise Nathalie Ortar.
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Ce modèle met notamment l'accent sur de nouveaux modes de conception et de production des objets, qui prennent en compte la réduction des volumes de déchets produits, le prolongement de la durée d'usage du produit, l'utilisation et le réemploi plutôt que la possession, la réutilisation et le recyclage des composants. Un nouveau mode de consommation en somme, dont l'impact se mesurera au tonnage de déchets que nous ne produirons plus.
Nicolas Rousseau
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