Et si demain… L’AS Saint-Étienne remportait la Champions League ?
Romain Charbonnier

ASSE
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Article initialement paru dans le numéro 143 d'Acteurs de l'économie - La Tribune.
Champion de France à plusieurs reprises et finaliste raté - mais à l'issue heureuse finalement - en Ligue des champions contre Glasgow, l'AS Saint-Étienne verra les années 1970 écrire sa légende. Une ferveur pour les Verts qui irrigua tout un territoire et transpira bien au-delà. La France entière supportait l'équipe du président Roger Rocher. Toute une ville vibrait avant, pendant et après les soirs de match, parvenant à faire oublier un quotidien morose troublé par les fermetures des mines, les rêves envolés de l'ère industrielle et les conflits sociaux. Dans ce contexte, le football apportait cet espoir de jours meilleurs. L'AS Saint-Étienne était unique et faisait rêver. Quarante ans plus tard, cette ferveur ne s'est jamais éteinte et coule de génération en génération.
Les fondations solidement ancrées ont généré une culture d'appartenance, rarement vue dans le football français. Si bien que dès que l'équipe remporte un derby face à l'Olympique Lyonnais, la finale de la Coupe de la Ligue en 2013, ou encore est sacrée champion de France de deuxième division en 1999 et 2004, c'est tout un département qui vit à l'heure de "Sainté" et ce, des semaines durant. Dès lors, si demain, l'ASSE accédait à nouveau à la finale de la Champions League, et dans le meilleur des cas la remportait, non seulement elle entrerait dans l'histoire du football européen, et renforcerait encore un peu plus son statut de club de légende. Jusqu'à avoir des conséquences dans toute la région sur les plans tant économique, culturel que social ? Difficile de se projeter, mais rien n'est impossible.
Et l'enseignant de poursuivre, nuancé : "L'impact d'une victoire est compliqué à mesurer, et relativement fugace. Mais le football touche à l'appartenance collective locale". Il se garde de dire qu'elle pourrait rejaillir sur la ville ou sur le moral des habitants.
"Toutefois, mesure Christian Bromberger, professeur émérite d'ethnologie à Aix-Marseille Université et auteur de nombreux travaux sur le football, il est possible de voir qu'à Marseille, sur le plan de l'estime de soi, sur le plan psychologique et de la convivialité, les effets ont été remarqués. »
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Mais en matière économique, c'est une autre histoire.
Pour Saint-Étienne, il en serait donc de même. Une victoire aussi prestigieuse pourrait cependant profiter au club, en premier lieu. "Il pourrait se saisir de cette opportunité pour réactualiser cette popularité qui lui colle au ballon depuis des décennies, lui redonner un élan, renouer le fil avec son public extra-local et permettre de redynamiser ses sections d'associés supporters", imagine Ludovic Lestrelin. Tout en ayant un effet sur l'affluence les soirs de match.
Puis la ville serait l'autre acteur à bénéficier de l'image renvoyée avec une médiatisation démultipliée, offrant une vitrine pour la capitale ligérienne. Enfin, comme à Marseille, cela renforcerait le chauvinisme, la cohésion et la ferveur. Des caractéristiques finalement bonnes pour l'économie locale et pour le peuple vert.
Romain Charbonnier