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Territoire - La Tribune AURAAttractivité - La Tribune AURA

Le parc du Pilat, une montagne d'enjeux

Yann Petiteaux

Publié le 25 février 2015 à 17:49 - Mis à jour le 13 mars 2015 à 10:08

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Au sud de la Loire et du Rhône, le parc naturel régional du Pilat est un écrin de verdure dans un océan urbain. Chaque année, ce poumon vert de 700 km2 attire toujours plus de néo-ruraux, dont la majorité travaille dans les grandes villes voisines. Pour le parc, l'enjeu est donc double : développer l'économie résidentielle tout en préservant son authenticité.

Le parc naturel régional du Pilat célèbre cette année son 40e anniversaire. Situé en bordure orientale du Massif Central, cet écrin de verdure tente, depuis sa création, de préserver son intégrité. Or cette enclave de 700 km², qui s'étend sur 47 communes de la Loire et du Rhône, est bordée par cinq aires urbaines : Lyon, Saint-Étienne, Saint-Chamond, Vienne et Roussillon. Un environnement dont elle doit savoir se protéger.

Un territoire de plus en plus périurbain

Car les chiffres l'attestent : le Pilat est un territoire de plus en plus périurbain. Selon une étude de l'Insee, 80 % des 54 000 habitants du parc habitent un espace à dominante urbaine, contre 52 % en moyenne pour les autres parcs naturels de la région (Chartreuse, massif des Bauges, Vercors, Monts d'Ardèche et Haut-Jura). Le Pilat est également plus densément peuplé et affiche une démographie dynamique doublée d'un chômage faible (inférieur de deux points à la moyenne régionale).

Les actifs, attirés par la qualité de vie d'un parc de moyenne montagne et la proximité immédiate de grands centres urbains, représentent l'essentiel des nouveaux arrivants.

Par conséquent, près des deux-tiers des actifs résidant sur le territoire travaillent au dehors. Et la même proportion des emplois locaux est occupée par des habitants du parc, d'où d'importants flux quotidiens de déplacement.

Un parc périurbain et moderne

Le parc du Pilat serait-il devenu un territoire-dortoir ? Anne Gentil dirige le cabinet d'urbanisme dijonnais Urbicand qui a travaillé sur la charte du parc Pilat 2025.

« Sociologiquement, analyse-t-elle, le Pilat n'est plus du tout rural. Il fait clairement partie des parcs périurbains et modernes. À l'inverse de territoires comme l'Ardèche ou l'Auvergne, où la pression périurbaine est inexistante et dont l'enjeu est le développement économique, le Pilat est dans l'affirmation d'une ruralité face à une pression urbaine très forte. C'est pourquoi il est impératif pour lui de poser des limites et de maîtriser l'urbanisation. »

Le texte de la charte institue en effet que le « dynamisme économique et démographique ainsi que les ambitions de développement de la grande métropole Lyon-Saint-Étienne laissent augurer, au cours des prochaines années, une poursuite des pressions exercées sur le nord du territoire ».

Victime de son succès

Pour Didier Lazzareschi, chargé de mission éco-développement du parc, le Pilat est victime de son succès.

« Nous attirons les néo-ruraux à haut salaire. La question est de savoir comment s'organiser pour que l'économie locale capte une partie des revenus de ces navetteurs dans le but de créer de l'activité diversifiée sur le territoire. »

Dans le cadre d'une opération rurale collective (ORC), le parc a organisé, en 2013 et 2014, une série d'ateliers autour de l'économie résidentielle avec les entreprises locales. Objectif : sensibiliser les acteurs économiques locaux et les aider à adapter leur offre à ces nouveaux consommateurs. L'opération a notamment abouti à la création d'un site internet valorisant l'offre locale auprès des habitants et des entreprises du parc.

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Favoriser l'économie résidentielle

L'enjeu du parc est d'irriguer un tissu économique constitué essentiellement de TPE et PME de divers secteurs : agroalimentaire, agriculture, viticulture, tourisme, artisanat, textile, mécanique, etc. Sans oublier l'économie sociale et solidaire (ESS), dont le parc a fait un axe important de son développement. « Le territoire du Pilat compte 600 structures dans ce secteur (associations, coopératives agricoles, etc.). Quelque 200 emploient 1 300 salariés, soit 11 % de l'emploi total du parc », comptabilise Christine Gazel, chargée de mission ESS pour le parc.

« C'est un leurre de penser qu'un territoire comme le nôtre peut attirer des entreprises de 50 salariés, tranche Didier Lazzareschi. Il nous faut nous adapter et faire émerger, sur le parc, les conditions de création d'activités. N'oublions pas qu'il existe un risque de réurbanisation des néo-ruraux. Nous devons anticiper ces mouvements en favorisant l'économie résidentielle. »

Difficile d'entreprendre dans le Pilat ?

Pas plus qu'ailleurs. Max Skubich, ancien cadre dans la communication, en a fait l'expérience. En 2002, il a fondé la Brasserie du Pilat, à Saint-Julien-Molin-Molette (Loire). Aujourd'hui, c'est son fils Thomas qui dirige l'affaire. Avec succès. La PME emploie désormais sept salariés et génère un chiffre d'affaires de 440 000 euros. Elle produit chaque année 1 200 hectolitres et huit bières bio, auxquelles s'ajoutent trois bières de saison. Le tout est bien implanté sur le territoire.

« Nous utilisons l'eau de source du Pilat et nous avons mis en place des partenariats avec des agriculteurs de la région pour nous fournir en cérérales », précise le jeune dirigeant. Pour lui, l'implantation sur un territoire de moyenne montagne n'est pas un handicap, bien au contraire.

« Il existe quelques contraintes architecturales et si l'on veut avoir un panneau au bord de la route, c'est compliqué en termes d'autorisation. Mais, en dehors de cela, le parc propose des aides aux entreprises et l'image du Pilat rejaillit sur notre activité. Par exemple l'été, de nombreuses brasseries ferment. Nous, nous continuons d'avoir du passage grâce au flux de touristes. »

La Brasserie du Pilat se sent si bien à Saint-Julien-Molin-Molette qu'elle a fait construire un bâtiment tout en bois dans lequel elle a emménagé en 2011. Un investissement d'un million d'euros.

Pavé d'Affinois et Justin Bridou

À une vingtaine de kilomètres, à Pélussin (Loire), la fromagerie Guilloteau fait partie des perles du territoire. Célèbre pour son Pavé d'Affinois, l'entreprise y est installée depuis 1983. Elle emploie 150 salariés dans son usine du Pilat, pour un effectif total de 230 collaborateurs. Son chiffre d'affaires (58 millions d'euros en 2014) a bondi de 50 % en trois ans. Près de la moitié de l'activité du fromager est réalisée à l'export, notamment aux États-Unis, en Allemagne et en Australie. Preuve que l'on peut concilier implantation rurale et dynamisme à l'international.

« Il est important pour moi d'être installé dans un site naturel qualitatif », souligne le PDG Jean-Claude Guilloteau (photo). Pour cet ancien cadre de Danone, « faire des yaourts dans la vallée de la chimie, ce n'est pas la même chose ! ».

La fromagerie Guilloteau, elle aussi, est bien ancrée dans son terroir. La totalité du lait de vache ainsi que les trois-quarts du lait de chèvre qu'elle utilise provient du Pilat. De quoi faire vivre 130 producteurs locaux.

« L'avantage d'être à la campagne, c'est que nous sommes proches de producteurs. Nous nous voyons, nous créons des emplois près de chez eux. En termes d'image, c'est un vrai plus. Et pour nous qui avons une activité saisonnière, la flexibilité est bien admise par la main-d'œuvre rurale, car elle comprend notre métier. »

À l'antithèse de la fromagerie Guilloteau, on trouve l'usine du groupe Aoste située près du village de Maclas (Loire). Implanté dans le Pilat depuis le début des années 1980, ce site qui emploie 300 salariés produit chaque année 12 000 tonnes de saucisson pour la marque Justin Bridou, les marques de distributeur et l'export. « C'est typiquement le genre d'entreprise sans aucun lien avec le territoire, car les porcs sont importés de Hollande », note Didier Lazzareschi.

Contactés, ni la direction ni les représentants des salariés de l'usine n'ont souhaité répondre à nos questions.

Douloureuse affaire Raidlight

Dans le vert Pilat, tout n'est pas toujours rose pour les entreprises. Et certaines expériences entrepreneuriales n'ont pas laissé que de bons souvenirs. C'est le cas de la start-up Raidlight, spécialisée dans l'équipement sportif pour le trail et la course à pied.

Actuellement implantée au cœur du parc naturel de Chartreuse, cette PME fondée en 1999 par Benoît Laval était à l'origine basée à Saint-Genest-Malifaux (Loire), dans le parc du Pilat. Née dans un garage, la structure se développe au pas de course et déménage plusieurs fois sur le territoire de la commune pour trouver des locaux à sa taille.

« Un choix s'est imposé quand nous avons décidé de faire construire notre propre bâtiment, se souvient Benoît Laval. Nous voulions rester au sein du parc. Nous avons rencontré les élus locaux mais, malheureusement, aucun responsable de celui-ci. Jamais quelqu'un ne s'est intéressé au projet. Le parc était hermétique à l'économie. Les élus nous renvoyaient systématiquement vers les zones d'activités des grandes villes. Au bout de 18 mois, aucune piste n'avait abouti. »

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Finalement, le dirigeant emménage à Saint-Pierre-de-Charteuse (Isère) en février 2011 avec, sous le bras, un projet touristique autour du trail. En l'espace de trois ans, Raidlight est passée de 18 à 35 salariés. Elle génère près de cinq millions d'euros de chiffre d'affaires. Il semble que certains élus n'aient pas vraiment apprécié le côté « parisien » de Benoît Laval. « En milieu rural, les gens ont parfois peur de ce qu'ils ne connaissent pas », regrette le dirigeant de Raidlight. Visiblement amer, il conclut : « Dans le Pilat, on préfère crever tout seul que de vivre avec des nouveautés. »

Du côté du parc, l'affaire ne semble pas non plus complètement digérée. Le sujet ravive les tensions.

« Benoît Laval voulait installer son entreprise sur un secteur verdoyant et il a jeté son dévolu sur un site Natura 2000, justifie Sandrine Gardet, la directrice du parc. Mais on ne peut pas faire du développement économique n'importe comment. Et tout n'est pas qu'économie ! »

Yann Petiteaux

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