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Grand stade de l'OL, la folie des grandeurs ?

Romain Charbonnier

Publié le 02 mars 2015 à 06:49 - Mis à jour le 03 mars 2015 à 11:50

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Si l'Olympique Lyonnais retrouve les couleurs de la tête du championnat de Ligue 1 de football, sa trésorerie reste toujours au rouge. Maigre consolation pour son président Jean-Michel Aulas, dont le club, et lui-même, est endetté à hauteur de 400 millions d'euros pour le financement du nouveau stade, de Décines. Acteurs de l'économie-La Tribune revient cette semaine sur les enjeux de ce projet unique en France qui suscite crispations, inquiétudes et doutes.

Le 29 janvier 2016, l'Olympique Lyonnais entrera dans le cercle restreint des grands clubs de football européens, avec la mise en service de son nouveau stade de 58 215 places, installé sur la commune de Décines-Charpieu, non loin de Lyon. Un équipement dont le club présidé par Jean-Michel Aulas sera entièrement propriétaire à l'instar d'Arsenal ou du Bayern Munich.

100% en gestion privée

Le Stade des lumières, baptisé ainsi avant d'y adosser le nom d'un partenaire privé, sera alors le seul en France à bénéficier d'une gestion 100 % privée, opérée par l'OL, qui de fait, récoltera l'ensemble des recettes générées. Rompant ainsi avec la tradition française des partenariats publics/privés (PPP) où les collectivités se retrouvent propriétaires de l'enceinte et les clubs, locataires des lieux.

« On se rend compte qu'aujourd'hui ce n'est pas le meilleur financement. C'est un mécanisme très cher pour la collectivité et peu avantageux pour les clubs », souligne Bruno Belgodère, directeur finance et marketing de l'Union des clubs professionnels de football (UCPF), ces derniers ne pouvant avoir la maîtrise de la structure et bénéficier de la totalité des recettes, impactant leur gestion et leur développement.

En plein âge d'or de son équipe septuple championne de France de Ligue 1, de 2002 à 2008, Jean-Michel Aulas souhaite donc avoir son propre stade, Gerland, propriété de la Ville de Lyon, ne répondant plus aux ambitions du nouveau projet (sportif, immobilier, financier) de l'OL et de l'homme, entrepreneur et fondateur de l'éditeur de logiciels Cegid.

Un projet pharaonique

Une volonté marquée d'une certaine appétence, non dissimulée, de mener son club dans la cour des grands. Un projet unique, conforté dans sa réalisation par l'organisation de l'Euro 2016, et les recommandations des différents rapports établis par Éric Besson, Philippe Seguin, Daniel Costantini et David Douillet sur les grandes infrastructures sportives préconisant de « créer un environnement propice aux initiatives de construction de stade, qu'elles soient publiques ou privées ».

Mais un projet pharaonique financé par l'OL, pour l'ensemble de l'enceinte, à hauteur de 405 millions d'euros, qui n'aurait pu sortir de terre sans un soutien et financement public d'une hauteur de 200 millions d'euros, pour les équipements (parkings relais) et dessertes.

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Schneider Electric naming du Grand Stade
Schneider Electric naming du Grand Stade (Crédits : Photo DR)

Un montant que les opposants de l'association Déplacements citoyens estiment sous-évalué au regard des investissements demandés au Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l'agglomération lyonnaise (Sytral), qui devrait, selon leur document très détaillé, plutôt se rapprocher « des 400 millions d'euros, pour un projet global privé/public à 800 millions d'euros » contre 618 officiellement. Argument contesté par la Métropole qui démontre que le projet du grand stade est « 100 % privé avec une intervention de l'Agglomération nécessaire comme dans tout autre projet ».

"Il y aura un avant et un après Décines"

Toujours est-il qu'avec son grand stade, l'Olympique Lyonnais voit grand, très grand. La holding de Jean-Michel Aulas, la Foncière du Montout, rachètera 50 hectares à un prix dérisoire, dans le but de réaliser le projet.

Le président le dit lui-même : « Il y aura un avant et un après Décines. » Trois millions de visiteurs annuels - soit moitié plus qu'annoncé à l'origine du projet -, 58 000 spectateurs (la moyenne étant de 32 000 spectateurs à Gerland sur la première partie de la saison 2014-2015 pour un stade de 42 000 places), 105 loges, 6 000 places VIP, une cité des entreprises, des concerts et un parc de loisirs ouvert toute l'année, avec un ensemble de services. Sans oublier les enjeux sportifs avec la Ligue des Champions en ligne de mire et l'espoir d'être sur le podium de la première division chaque année.

Économiquement, ce grand stade doit aussi lui offrir de nouveaux revenus, qui lui manque tant - en misant sur ceux générés par les entreprises et moins sur le grand public -, afin de lui permettre, entre autres, de ne plus être dépendant des revenus audiovisuels (41 millions d'euros pour la saison 2013-2014), ni des résultats sportifs.

Cinq années consécutives de pertes

Une stratégie rondement menée qui doit faire sortir le club de cinq années de pertes cumulées (137 millions d'euros) et rassurer les actionnaires. Mais la stratégie est risquée, ambitieuse, fragile. Pour mener ce projet industriel, le club a dû lever près de 400 millions d'euros et donc s'endetter fortement. Revoir son business model, coïncidant avec l'arrivée de l'entraîneur Rémi Garde, en 2011.

Son président fera ainsi le pari (salué) de développer activement le centre de formation (l'académie) au détriment de recrutements (coûteux) de joueurs célèbres, par exemple.

« C'est une vraie stratégie économique. Jean-Michel Aulas a fait un choix raisonné. Il a préféré sacrifier des résultats sportifs, baisser la masse salariale (-17,3 millions d'euros sur l'exercice clôt au 30 juin 2014, NDLR) afin d'assoir la structuration du club. Et ainsi pour revenir, au plus haut, avec une équipe-maison solide qui évoluera bientôt dans son propre stade, générateur de revenus supérieurs », dissèque Olivier Monna, économiste au Centre du droit et d'économie du sport.

Et les premiers résultats (sportifs) vont dans le sens du président Aulas puisque l'équipe multiplie les victoires et se retrouve, fin février, en tête du championnat.

« Tout est une question de construction et d'adaptation », analyse Thierry Sauvage, directeur général de l'OL.

Fronde des opposants

Malgré cet angélisme, le colossal projet d'OL Land (rebaptisé depuis Parc Olympique Lyonnais) ne se fait pas dans la quiétude. Il interroge.

Homme de réseau, Jean-Michel Aulas bénéficie de soutiens actifs et décisifs du Grand Lyon, aujourd'hui Métropole de Lyon (mais pas de tous les élus), du conseil général du Rhône ou encore du préfet et de l'État, ainsi que d'une certaine partie de la population.

Mais il n'échappe pas aux questions, critiques et inquiétudes. Une dizaine d'associations d'opposants dénoncent en effet, « la folie des grandeurs de Gérard Collomb (président de la Métropole de Lyon, NDLR) et Jean-Michel Aulas » d'autant plus si « l'équipe ne se qualifie pas en Ligue des Champions », ce sur quoi, le modèle de l'Olympique Lyonnais repose en grande partie.

Certains y perçoivent l'enrichissement d'une entreprise privée qui « pourrait réaliser au passage un projet immobilier d'envergure » au détriment de l'intérêt général. D'autres, un caprice d'un président puissant devenu intouchable. Et quand d'aucuns critiquent un site trop éloigné du centre-ville de Lyon (30 minutes en voiture environ) pouvant freiner les publics - « Aulas le reconnaît lui-même, soutient Étienne Tête, avocat et élu écologiste à la Région Rhône-Alpes, le stade ne sera rempli que les soirs de Champions League. » -, d'autres jugent la construction coûteuse des équipements publics, et des conséquences de gestion inadaptée des transports en commun les soirs de match notamment.

« Le pire c'est qu'ils ne vont servir qu'une trentaine de fois par an », soutient Etienne Tête.

Et selon des proches du dossier, « il ne faut pas que ça décolle trop, qu'il y ait d'accident routier ni de panne sur le réseau les soirs de match, sinon ce serait une catastrophe ».

Les partisans y croient dur comme fer

« Ce n'est pas un pari risqué, le football français rentre enfin dans la cour des grands », annonce un expert ayant travaillé sur l'élaboration du projet mais préférant rester anonyme.

Ils y voient, au contraire, l'un des meilleurs moyens pour l'Olympique Lyonnais de devenir un club européen de référence, propriétaire de son stade. Un outil ouvert à tous, respectant l'environnement, vecteur d'emplois et d'activité.

Moteur d'attractivité territoriale et de développement de l'Est lyonnais - accroissant jusqu'à 50 millions d'euros le PIB de l'agglomération. Un site offrant aux entreprises une nouvelle adresse « prestigieuse » ; au grand public, un parc de loisirs paradis de la consommation ; et aux artistes, une nouvelle grande scène d'expression.

Entre opposants et partisans, le dialogue est rompu. Et c'est régulièrement devant la justice que les contentieux sont jugés. Sans jamais pour autant faire plier la puissance du projet. Mais le retardant tout de même de cinq années. Du côté de l'OL et de la nouvelle Métropole de Lyon, on se réjouit donc de voir que le chantier avance, de l'autre, le combat se poursuit.

« Il n'est pas exclu que le Grand stade n'aille pas jusqu'au bout, mais la probabilité est faible », reconnaît l'opposant Jean Murard, de Déplacement citoyens.

À lire également

  • OL Groupe limite les pertes au premier semestre
  • Schneider Electric négocierait avec l'OL pour le nom du Grand Stade
  • Grand stade : nouvelle embûche juridique

>> A lire mardi 3 mars : "Grand Stade, la ville de Décines (très) dubitative sur le projet et ses retombées."

Romain Charbonnier

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