Régis Marcon, trois étoiles sur un plateau
Dominique-Myriam Dornier
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Au XIIIe siècle, sur des terres appartenant au comte de Toulouse, la création d'un camp de défrichement entre la vallée du Rhône et le Massif central, utilisé pour amener le bois coupé et le redescendre, est à l'origine de Saint-Bonnet-le-Froid, village de passage, à tradition commerçante, et situé plein nord, d'où son nom. Un brouillard soudain, en plein mois d'août, peut vous plonger dans une forme de crépuscule hivernal avant l'heure avec, cependant, le plaisir secret que procure l'énergie de ce plateau des Boutières, qui ne flatte pas par sa douceur.
L'été, on y vient, dans l'ombre épaisse des sapins, fuir la canicule et la foule des touristes de la vallée du Rhône, à une heure de route. Mais lorsque les premières neiges tombent, mieux vaut circuler équipé, car la burle (célèbre vent du Nord), mauvaise fée, efface repères et frontières sur des étendues infinies.
Pour vivre ici, où l'on compte plus d'espaces vierges que de maisons, il faut avoir un peu le caractère des moines cisterciens, mais dans la jubilation.
Et Régis Marcon n'a pas oublié ce jour de mai 2005, où un mètre de neige bloqua les voitures des convives arrivant de toutes parts, Guide Michelin sous le bras, pour découvrir ce nouveau chef triplement étoilé, qui n'hésita pas à quitter ses fourneaux avec son équipe, tout de blanc vêtu, pour pousser les voitures de ses clients, offrant ainsi à voir aux touristes médusés, un ensemble parfait de jeunes gens spontanément dévoués, sortis illico des chaumières comme de bons génies, maniant les pelles à neige sourire léger aux lèvres, pour dégager les impétrants qui repartaient d'un coup vers le sud, sans même remercier d'un geste.
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Dans cette contrée, où le subtil passage des saisons est intimement ressenti, sont nés les sept enfants Marcon et, avec eux, un peu de l'histoire du village. Leurs motivations profondes semblent prendre racine dans l'amour de ce pays rugueux, mais aussi dans un hommage appuyé à leurs parents qui n'avaient de cesse d'inciter leur progéniture aux études, « pour qu'elle quitte le pays ».
Dominique-Myriam Dornier
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