Portrait : Natalia Auli, du Venezuela au CNSMD de Lyon
Dominique-Myriam Dornier
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CNSMD
Laurent Cerino / ADE
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"Aujourd'hui, je suis complètement autonome financièrement", affirme-t-elle fièrement. Pour Natalia Auli, arrivée il y a trois ans du Venezuela avec un hautbois financé par ses parents et à l'aide de ses économies, engrangées lors des tournées dans les pays européens avec l'orchestre Teresa Carreno, la première année à Lyon a été rude. La langue qu'elle ne comprenait pas, la société et ses codes, la distance et une certaine froideur dans les relations.
Mais ce qui caractérise l'Europe - démocratie, sécurité, abondance dans les magasins, richesse intellectuelle, liberté d'expression, éducation - l'a motivée à traverser les épreuves. Un choc pour la jeune femme, originaire d'un pays qui enregistre 4 000 homicides par an, et qui connaît une inflation de 2 000 %, un pays que l'on pourrait comparer à Cuba dans sa structure politique : un peuple crédule, naïf comme un enfant, qui remet les clés de la maison à un humain médiocre, corrompu, et grisé de pouvoir.
"Je suis fière d'être vénézuélienne, c'est un pays magnifique", dit Natalia, qui déplore avec émotion ce que des hommes politiques en ont fait au fil des années : une dictature.
L'effondrement de la monnaie a empêché ses parents, issus de la classe moyenne - et qui vivaient bien avant la crise -, de l'aider financièrement la première année. Contraints de quitter leur patrie, ils ont dû recommencer à zéro, en s'installant dans un autre pays d'Amérique latine.
"Tout reconstruire à 50 ans sur un plan professionnel, je trouve cela admirable. Je ne les ai pas vus depuis deux ans, mais nous nous parlons tous les jours", précise Natalia, qui, malgré la dureté de la séparation, ne se laisse visiblement pas envahir par la nostalgie et s'investit avec appétit dans ce que lui offre Lyon.
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Sa force et son courage font l'unanimité : arrivant en cours parfois en pleurant, mais sans se plaindre, elle a touché certains de ses professeurs, qui ont eu l'envie de l'aider. "Nous lui avons donné des petits boulots la première année, car elle était dans une précarité terrible", évoque Jérôme Guichard, un de ses professeurs de hautbois. De plus, les étrangers sont ici contraints de s'acquitter de frais de scolarité, ce qui n'est pas le cas des Français. Actuellement, Natalia donne des cours au Conservatoire de Limonest (Rhône), et garde des petites filles. En parallèle, elle travaille sa musique et est l'une des trois lauréates de la Fondation Nadia et Lili Boulanger (qui aide les jeunes musiciens de très haut niveau), avec une jeune femme russe et une autre, lituanienne. Mais Natalia est fière de s'être déjà produite en soliste au CNSMD de Paris.
Dominique-Myriam Dornier