Du pain sur la planche
Dominique-Myriam Dornier
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Pain
Maxime Giol
Dominique-Myriam Dornier
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Pain
Maxime Giol
C'est le manque de pain qui a provoqué la Révolution française. Le pain qui en d'autres temps était l'aliment central, sacralisé. Un pain que l'on gardait précieusement, ou que l'on partageait et qui pouvait sauver une vie dans les années tragiques. Mais aussi provoquer la mort en cas de mauvaise récolte. Le pain comme le symbole d'un don du ciel, ainsi que le blé, ingrédient essentiel dont la culture remonterait à 10 000 ans.
À cette échelle, cela fait peu de temps que l'homme se permet des transformations drastiques sur le vivant avec des objectifs majeurs sur toute la chaîne de production : la rentabilité, le profit et surtout un temps minimum d'investissement. Et malgré une consommation de pain en baisse, car l'aliment, industrialisé, maltraité, est déprécié, paradoxalement, la "boulange" provoque des vocations lumineuses ici et là, des rédemptions presque métaphysiques, des guérisons soudaines, des engagements passionnés.
Et le moulin d'Alphonse Daudet reprend parfois du service. Imaginons un métier où les mains ont un effet sur la matière qu'elles façonnent et font vibrer comme un corps. Au XXe siècle qui est le nôtre, imaginons un métier qui dépende du temps : pluie ou soleil, alors que la fermentation y est assujettie.
Un métier où la souche du levain du boulanger que nous rencontrons aujourd'hui a 17 ans d'âge, et se reproduit de jour en jour, sous l'invisible action des bactéries présentes dans la pièce, pour ensemencer des froments parfumés, vierges de tout produit chimique. Un métier où le four, voûté comme une église romane, deux fois centenaire, est le foyer vivant de la maison. La journée de travail dans le silence du fournil, entre parfums de pâte levée, croûte enfin dorée qui chante, bois et braises qui chauffent le four et répandent une odeur bienfaisante, et qui nourrit.
Daniel Béguelin peut jeter un œil endormi - ou pas - à l'ouest, sur la ville de Valence au loin, très loin, puis ressentir la lumière qui accompagne ce travail matinal, avec la sensation profonde d'être vivant au centre d'un système vivant.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Dominique-Myriam Dornier