Bary Pradelski, chargé de recherche en économie au CNRS basé à Grenoble, est l’un des deux chercheurs français à l’origine du modèle mathématiques de distinction des zones vertes et rouges, adopté par le gouvernement français dans sa stratégie de déconfinement. Un principe qui intéresse d’ores et déjà d’autres pays comme l’Espagne et l’Allemagne, mais qui a fait également chemin vers Commission Européenne alors que l'institution doit annoncer ce jeudi de premières esquisses de sa stratégie à l’égard du tourisme au sein de l’UE.L'aventure a démarré il y a deux mois, au jour 1 du confinement.
"Le confinement était nécessaire mais l'on s'est très vite aperçu qu'après quelques semaines, il aurait été intéressant de pouvoir connecter des zones vertes afin de pouvoir interagir avec les villages ou les villes voisines. Avec, toujours, la possibilité de pouvoir revenir en arrière et de réagir vite en cas de besoin", explique Bary Pradelski, chargé de recherche en économie au CNRS à Grenoble.
Associé à Miquel Oliu-Barton, maître de conférences en mathématiques à l'Université Paris-Dauphine, les deux chercheurs ont regroupé leurs idées pour se pencher sur la création d'un modèle mathématique, alliant probabilité, économie et données de santé.
"Nous avons montré comment, en appliquant cette stratégie de définir des zones vertes et rouges, puis de regrouper ensuite plusieurs zones vertes ensemble, on parvenait à favoriser un retour à une situation normale de manière rapide, et surtout sans attendre que l'ensemble du pays ne soit en vert", résume Bary Pradelski.
Avec la collaboration d'un autre mathématicien à l'école Polytechnique, Luc Attia, ils ont d'abord publié un premier article à ce sujet le 8 avril dernier, à travers la revue de l'école Esade Business School de Madrid. Un exemplaire de leurs travaux a également été envoyé à Vox EU, plate-forme politique du centre de recherche en économie basé à Londres, attirant l'attention du gouvernement français.
"Il existait déjà un certain nombre de modèles mathématiques sur les pandémies, avec des modélisations détaillées, qui reprennent généralement la théorie des probabilités. Notre objectif était d'utiliser notre capacité à modéliser pour contrôler au mieux la situation face à la propagation du virus, et éviter une crise économique et sociale plus importante", dévoile Bary Pradelski.
Son homologue Miquel Oliu-Barton cite en exemple la théorie des jeux, utilisée pendant la guerre froide, ou la machine de Turing, employée pour accélérer la fin de la Seconde Guerre Mondiale et reprise dans le film Imitation game.
"Nous avons beaucoup échangé avec des médecins et des épidémiologistes pour bâtir un modèle qui se base sur une série de données dont on dispose déjà et qui nécessite ensuite de mettre en place une série de mesures d'un point de vue politique".
Une approche pédagogique et agile