Affaire Benalla : le point de rupture

Denis Lafay

Affaire benalla: collomb se defend de tout manquement
PHILIPPE WOJAZER

Denis Lafay

Affaire benalla: collomb se defend de tout manquement
PHILIPPE WOJAZER
La démission de Gérard Collomb effective le 3 octobre 2018 conclut un parcours ministériel ambivalent. Au départ, analyse-t-on au sein de son équipe, un "raté", mêlant de manière paradoxale prudence - il ne souhaitait pas "vraiment" participer au gouvernement -, déception - de ne pouvoir accéder au poste de Premier Ministre - et erreur d'aiguillage.
Un grand portefeuille de la Ville, comparable à celui que Jean-Louis Borloo pilota de 2002 à 2004, aurait en effet davantage correspondu à ses compétences, et ses aptitudes en matière de communication et de rhétorique politique épousaient insuffisamment celles requises par la fonction de ministre de l'Intérieur.
Son bilan, bigarré, est teinté de doutes. Doutes sur sa capacité d'accomplir une responsabilité aussi envahissante, énergivore et stressante, doutes sur sa crédibilité au sein de la technocratie, doutes générés par son omniprésence à Lyon et par un indécrottable prisme local qui pouvait faire sourire ou lasser ses auditeurs.
Au crédit de ce bilan, la réalisation des lois "anti-terroriste" (30 octobre 2017) et "asile immigration" (11 septembre 2018) - celle-ci, objet sur le fond de vives critiques, s'est révélée stratégiquement efficace pour assécher la droite -, la gestion des "dossiers" ouragan Irma, aéroport Notre-Dame-des-Landes, crise migratoire à Mayotte.
Au débit, qui par un effet boomerang assombrit son image, surgit son traitement de "l'affaire Benalla", révélant chez les moins avertis des témoins interrogés et confirmant chez les plus proches, quelques désavantageuses facettes de sa personnalité : "manque de courage, déloyauté, égoïsme".
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Cet événement devint le point de cristallisation paroxystique de ses divergences de fond avec l'exécutif, intervint comme le point de bascule de sa relation humaine avec Emmanuel Macron.
Sa stratégie est stigmatisée. Notamment l'audition, le 23 juillet, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Un exercice éminemment complexe et à hauts risques, à l'issue duquel il est jugé s'être égaré voire fourvoyé dans d'absconses explications, ne pas s'être montré solidaire de ses troupes, s'être défaussé de ses responsabilités sur les services de l'Elysée.
Ainsi est-il apparu "étranger" au psychodrame, ainsi également serait-il "vrai" qu'il ne connaissait ni le nom ni le rôle de celui qui, pourtant, escortait Emmanuel Macron depuis la campagne électorale. Cette affirmation, abondamment commentée et mise en doute - "en l'écoutant dire ce qu'il a dit après avoir prêté serment, j'ai compris qu'il était capable de tout", illustre un député LaRem -, ce même ex-proche en fait une démonstration... psychologique :
Reste, enfin, deux effets collatéraux qui lestent son bilan. D'une part, sa relation avec l'organe préfectoral, symbolisé par son important déphasage avec le préfet de police de Paris, Michel Delpuech lors des auditions.
Avec la " préfectorale ", une relation tendue (ici avec Michel Delpuech)
Une "préfectorale" déjà distante après qu'elle ait découvert, lors de la première réunion bimestrielle du corps ad hoc, son nouveau ministre de tutelle exprimer un éloge "presque intégralement" sur... Lyon dont il était "clairement orphelin" - "c'était symptomatique de l'écart qui allait se creuser entre lui et les corps d'Etat ", poursuit ce préfet - ; une "préfectorale" ébranlée ensuite par la brutalité avec laquelle son "patron" avait démis de leurs fonctions, le 11 octobre 2017, les préfets Henri-Michel Comet (Région Auvergne Rhône-Alpes) et Xavier Inglebert (secrétaire) suite à l'assassinat terroriste perpétré dix jours plus tôt à Marseille par Ahmed Hanachi.
En pleurs, celui qui depuis est devenu directeur général adjoint d'Aéroports de Paris déclarera, lors de ses adieux, "mettre au feu son uniforme". La crudité de ce limogeage, son "règne par la terreur", poursuivaient un double but, détaille un préfet : "afficher son autorité et bien montrer qu'il était le boss, d'une part aux Lyonnais, d'autre part à notre assemblée".
Le discrédit de Gérard Collomb au sein de cet aréopage solidaire et corporatiste constituait une entrave embarrassante. Mais il pèse moins comparé à celui que suscite "la" question morale : n'aurait-il pas du exercer le rôle de fusible pour protéger le chef d'Etat ?
L'un des vice-présidents de la Métropole de Lyon les plus emblématiques et vieux compagnon de route socialiste, résume un "autre" sentiment, largement partagé, et pour cela convoque la mémoire locale.
Denis Lafay