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Think-Tank - La Tribune Afrique

L'Afrique en 2021: de l’économie d’essence néo-libérale à l’économie Ubuntu

Maxime Jong*

Publié le 28 janvier 2021 à 15:00

Maxime-Olivier EYOUM-JONG

Photo d'illustration

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Au moment où individuellement nous sortons de la traditionnelle période consacrée au bilan de l'année et aux résolutions, en tant que collectif, une épreuve s'est imposée à nous. Elle a consisté à faire un choix entre l'un des deux mouvements contradictoires qui ont prospéré en 2020, année particulièrement éprouvante. Alors qu'au niveau macro la tendance jouait contre le multilatéralisme en proposant le repli, la méfiance et la rupture des accords, au niveau micro des élans de solidarité ont marqué nos quotidiens.

Sur le continent africain, en dehors de l'Afrique du Sud et du Nigeria, la crise provoquée par la Covid-19 a eu jusqu'à présent des conséquences négatives plus économiques que sanitaires. Le continent a déjoué tous les pronostics qui lui prédisaient de terribles conséquences humaines. Sur le plan économique en revanche, les économies Africaines étant en grande partie orientées vers l'export de matières premières non ou très peu transformées, le recul de l'économie mondiale a créé des chocs exposants certains pays à des risques mettant à mal la cohésion sociale et la stabilité politique. Dans ce contexte, la tendance qui prône la fin du multilatéralisme et un nationalisme économique à de lourdes conséquences sur le continent.

L'Afrique doit-elle participer au jeu de certains pays qui tentent de proposer une nouvelle forme de multilatéralisme, tout en maintenant le système économique néolibéral actuel ? Ou alors proposer une nouvelle réalité conforme à ses valeurs et ambitions. Une réalité à la fois ancrée dans le local, c'est-à-dire développée à échelle humaine et qui échange avec elle-même via la mise en œuvre très attendue de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et avec le monde selon une approche inclusive dans laquelle la valeur est partagée de manière équitable ?

Nous vous proposons ici un exercice non pas de prospective pure, mais plutôt un nouveau champ des possibles qui se veut pragmatique et adapté aux réalités matérielles et culturelles africaines. Ces dernières années, de nombreuses voix africaines se sont fait force de propositions sur des thèmes aussi variés que la monnaie, les dettes, les modèles de développement, l'intégration Africaine, la gouvernance et la place de l'Afrique et des Africains dans le monde.

Ajoutant à toutes ces réflexions ô combien pertinentes et utiles- le concept que nous vous proposons aujourd'hui tire son ancrage de la philosophie Ubuntu tout en empruntant aux concepts de l'économie circulaire et à celui du modèle de gouvernance par les parties prenantes. Nous avons choisi de l'appeler économie Ubuntu, car cette philosophie qui pense le vivant comme une série d'ensemble parfaitement intriquée, sied à la combinaison des modèles et concepts économiques convoqués dans notre réflexion.

Afin de rendre ce concept intelligible, nous avons choisi de vous présenter une mise en application fictive de celui-ci.

L'économie Ubuntu en pratique

Notre continent compte nombre de Zones économiques prioritaires (ZEP), Zones économiques spéciales (ZES), Zones franches ou autres zones dans lesquelles les lois fiscales, douanières et certaines règlementations sont limitées pour favoriser l'implantation d'entreprises et attirer les investissements étrangers.

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Afin d'illustrer l'économie Ubuntu nous vous invitons à penser un nouvelle Zone économique que nous appellerons Territoire d'économie locale Ubuntu (TELU). Cette espace géographique vise à favoriser l'implantation d'entreprises locales compatibles les unes des autres et à attirer à la fois les investissements locaux et ceux des diasporas africaines. Au cœur du TELU se trouve la Société de Développement économique Inclusif Ubuntu (SDIU), celle-ci assure l'implantation des entreprises sur le territoire conformément aux spécificités géographiques, sociales et culturelles de celui-ci et la création de liens entre les entreprises qui constituent l'écosystème de ce territoire. Pour intégrer un TELU, l'entreprise doit : (1) accepter d'utiliser une ressource ou un résidu de production d'un ou plusieurs autres acteurs du territoire (déchets de production, énergie excédentaire, etc.), et créer ensemble une symbiose industrielle; (2) consacrer une partie de ses bénéfices au fonds d'investissement de la SDIU, qui à partir de celui-ci accorde aux entreprises du territoire des prêts à faible taux (moins de 5 %) exclusivement destinés à des projets d'innovation, amélioration de procédés permettant de réduire l'impact environnemental de la production et au développement d'infrastructures communes vertes; (3) accepter de produire annuellement un rapport de responsabilité sociale et environnement et de se faire auditer par la SDIU ; (4) réserver au sein de son conseil deux sièges pour des parties prenantes présentes dans l'écosystème du territoire ; (5) détenir une chaîne de valeur locale, transformant les produits localement et dont l'actionnariat est à plus de 50 % locale ; (6)mutualiser avec l'ensemble des acteurs du TELU le complément des couvertures sociales des travailleurs et leurs familles ; (7) contribuer au développement d'infrastructures collectives vertes et à la connectivité des entreprises de l'écosystème.

En contrepartie, les entreprises des TELU disposent d'un accès à une centrale d'achat au sein de la SDIU qui négocie l'approvisionnement de certaines ressources, exemple des tarifs d'électricité préférentiels, l'achat groupé de certaines fournitures, etc. Elles bénéficient aussi d'une imposition avantageuse et une exonération de taxes et des mesures douanières. D'un point de vue opérationnel, la SDIU met à la disposition des entreprises son expertise en matière de procédés industriels écoresponsables, de création de symbioses, ainsi que d'un accès à des prêts à faible taux, qui peuvent être garanti par des parties prenantes de l'écosystème. L'entreprise membre rejoint le conseil de la SDIU et dispose comme toutes les autres parties prenantes d'une voix pour orienter les investissements collectifs. Au sein de ce conseil, une partie prenante égale une voix.

Ubuntu : je gagne parce que nous gagnons

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Reposant sur le concept Ubuntu : « Je suis, parce que nous sommes », l'entreprise qui s'inscrit dans ce modèle reconnait qu'elle tire son existence non seulement des acteurs qui gravitent en son sein, mais aussi de l'ensemble de ses parties prenantes et de tous les facteurs et infrastructures externes dont elle bénéficie (système d'éducation, routes, sécurité, etc.). La réussite ex nihilo n'existe pas, l'entreprise a du succès et des revenus parce que l'ensemble des acteurs arrivent à générer des revenus décents et à investir dans le développement collectif. L'équité et l'approche collective sont donc au cœur de l'économie Ubuntu, qui intègre les volets économiques, environnementaux et sociaux dans un même ensemble et non comme des champs séparés. Avec ce concept, l'environnement est une partie prenante à part entière que l'on doit respecter et valoriser. En reconnaissant le rôle de l'écosystème dans sa réussite, l'entreprise est plus encline à investir dans l'innovation locale et à collaborer de manière inclusive avec l'ensemble de sa chaine de valeur. Le rôle de l'entreprise ne se limite pas à la production et à la vente, elle embrasse aussi celui d'acteur de développement local, en dirigeant une partie des gains qu'elle génère vers un fonds de développement local. Grâce au mécanisme proposé par la SDIU, celle-ci investit et décide collectivement des investissements locaux. De plus, le fonds d'investissement de la SDIU fait appel à l'épargne collective, notamment celle des investisseurs locaux et des diasporas africaines qui peuvent contribuer au développement d'écosystèmes locaux basés sur l'économie circulaire et l'innovation. La réédition annuelle des comptes de la SDIU, évalue les impacts économiques, sociaux et environnementaux du territoire dans son ensemble ainsi que des acteurs qui la composent de manière individuelle. Cette double analyse permet une totale transparence entre les acteurs tout en valorisant les liens qui existent dans l'écosystème. Elle rend les entreprises qui le composent plus résilientes en cas de choc économique. De cette manière, les risques systémiques propres aux économies africaines sont mitigés par la création de liens, le partage et l'investissement de la valeur créée collectivement dans l'économie locale.

(*) Maxime Jong est consultant en stratégie, entrepreneuriat et développement économique inclusif.

Maxime Jong*

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