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COP22 (Interview) : retour sur les dernières heures de négociations

Réda Zaireg

Publié le 22 novembre 2016 à 15:00

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Tosi Mpanu-Mpanu, Président du Groupe des négociateurs des pays les moins avancés (PMA), revient pour La Tribune Afrique sur les âpres négociations qui ont marqué les dernières heures de la COP22, organisée à Marrakech. Le bilan de ce rendez-vous à envergure mondial en interview

LTA : Quels sont les principaux points relatifs à l'agenda qui ont été discutés durant les dernières heures de la COP22 au soir du 18 novembre?


Tosi Mpanu-Mpanu : Nous avons discuté de comment on travaillera durant les deux prochaines années. Est-ce que la CMA (ndlr : instance chargée de piloter la mise en oeuvre de l'Accord de Paris) sera suspendue jusqu'à l'année prochaine, et qu'elle reprenne ensuite pour prendre des décisions, ou alors simplement pour faire l'évaluation du travail qui devra être fait d'ici 2018 ? C'est un peu cette discussion qui s'est tenue.

La présidence marocaine de la COP22 avait produit un premier texte le 17 novembre, qui a été repoussé par les Parties. Elle a, ensuite, produit un autre texte dans la soirée, qui a été accueilli de manière assez favorable, même si certaines Parties avaient encore des réserves sur certains éléments de ce texte. 
Par la suite, il y a eu l'élaboration d'un nouveau texte qui nous a permis de prendre une décision de la COP, avec une décision correspondante de la CMA, parce que les deux organes doivent se parler.

Pourquoi le premier texte a-t-il été rejeté ?

C'était au sujet de qui prendra des décisions, l'année prochaine. Est-ce que ce sera la COP ou la CMA ? Certains pays estimaient que si la CMA est suspendue, elle doit l'être pour deux ans, tandis que la COP prendra des décisions entre temps. D'autres pays considéraient plutôt que l'on ne peut pas préjuger de ce que la CMA décidera l'année prochaine, et qu'on ne peut lui lier les mains. D'où nécessité de la laisser revenir en 2017 pour qu'elle décide ce qu'elle voudra. Parce que la CMA, c'est l'organe suprême de l'Accord de Paris, et comme l'Accord est entré en vigueur, certains pensent que la primauté devra revenir à cet organe.
Le problème, aujourd'hui, est qu'il y a eu une dynamique politique tellement forte que l'Accord de Paris est entré en vigueur, alors que ses règles ne sont pas définies. D'autres personnes disent qu'il ne faut pas que nous nous fassions des pressions politiques excessives, et qu'il faut travailler calmement, non pas sur le CMA, mais dans l'organe de travail spécial sur l'Accord de Paris, qui est régi par la COP.

Le second scénario ne risque-t-il pas de créer une situation où la primauté de la CMA est consacrée aux dépens de la COP ?

Nous, en tant que Groupe des pays les moins avancés, nous sommes d'avis que la CMA ne peut pas se poursuivre ici. Il n'y a pas assez d'inclusivité, contrairement à l'esprit de Paris, et il n'y a que 112 Parties qui ont, jusqu'à présent, ratifié l'Accord de Paris. Nous pensons donc que la CMA doit être suspendue jusqu'à l'année prochaine, pour maintenir la pression sur ceux qui n'ont pas ratifié. 
Ensuite, nous ne voulons pas que le précédent historique de Kyoto se répète, et que l'on se retrouve dans une situation similaire: les pays avaient alors adopté le Protocole de Kyoto et se sont donnés deux ans pour définir les règles. En réalité, la discussion a duré quatre ans. 
Nous ne voulons pas ouvrir la porte à ce genre de scénarios. Nous voulons maintenir la pression, et nous pensons qu'il faut se donner un an, et l'année prochaine, on reviendra pour faire l'évaluation. On ne peut pas préjuger de si la CMA dira qu'il il y a des questions qui sont mûres et par rapport auxquelles il sera possible de prendre une décision, ou si la CMA décidera juste de faire l'évaluation, et de ne prendre les décisions que l'année d'après.

L'élection de Donald Trump ne risque-t-elle pas de mettre en péril la viabilité même de l'Accord de Paris ?

Je pense qu'il y a une dynamique politique très forte et une prise de conscience collective. Un seul pays ne peut pas ralentir cette marche, ni freiner cette aspiration vertueuse vers un monde plus respectueux de l'environnement. Je pense aussi que les Américains ne pourront pas affaiblir nos discussions. Ils vont recevoir une pression de leurs pairs, c'est à dire du Canada, de l'Australie, etc., et il sera juste difficile pour eux de miner la mécanique. 
En revanche, le problème qui se pose, c'est celui du Fonds vert pour le climat. Le Fonds vert doit être doté de 10 milliards, et les Américains avaient décidé de contribuer à hauteur de 30% au financement de ce fonds. Or, le premier transfert a été de 500 millions, et les 2,5 milliards restants devraient arriver. C'est de l'argent qui n'a pas été approuvé au niveau du Congrès, et le président qui arrive a clairement dit qu'il ne mettra pas d'argent au sein d'un Fonds onusien. 
Si ces 2,5 milliards n'arrivent pas, le Fonds vert se retrouvera avec un manque de contribution, et certains partenaires comme les Japon avaient dit qu'ils mettraient de l'argent à hauteur de 50% de la somme que les Etats-unis mettront. Si, au lieu de 3 milliards, les Etats-unis en restent à 500 millions, cela voudrait bien dire que la contribution des Japonais descendra à 250 millions. Et si jamais des pays en voie de développement se rendent compte qu'il n'y a pas de certitude quant au financement, ce sera difficile de faire montre d'ambition et d'audace, puisqu'ils se diront que les pays avancés ne suivront pas.

Quid du Fonds d'adaptation aux changements climatiques?

L'Accord de Paris est très clair : ce fonds est appelé à servir l'Accord de Paris, et malheureusement, ce fonds doit être abondé par les revenus du marché du carbone qui, aujourd'hui, s'est effondré. Il faut se poser la question suivante: Qu'a fait ce fonds jusque là? Eh bien, il a financé des projets dans les pays en voie de développement, il a accumulé du savoir-faire, il a fait ses preuves et il a, aujourd'hui, des projets en pipeline qui manquent de financement. Il est clair que ce fonds devrait également servir l'Accord de Paris, et il n'y a aucune raison pour que cela ne soit pas le cas.

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Il s'agit d'une situation quelque peu paradoxale, puisque le Fonds vert, de son côté, est excédentaire...

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Oui, mais le Fonds vert n'a pas de pipeline de projets qui soient à la hauteur des défis. On ne peut pas jeter le bébé avec l'eau du bain : Ce n'est pas parce que le Fonds vert est là qu'il faut que l'on jette le Fonds d'adaptation, alors qu'il a fait du bon travail, et qu'il a des projets en pipeline, car d'autre part, il y a un Fonds vert qui a de l'argent mais pas de projets, et n'a pas de capacité pour cela, puisque ce Fonds compte environ 70 employés à temps plein.
Un ami, le professeur Benito Muller, a fait un travail sur cela il y a quelques années, et est arrivé à la conclusion que pour chaque milliard de dollars déboursé, il faut environ 100 personnes qui travaillent dessus, qui soient dans la gestion des projets, l'évaluation, le côté juridique, etc. Or, le Fonds vert a 10 milliards, mais emploie moins de 100 personnes, et selon cette logique, le Fonds vert devrait avoir 1.000 personnes qui y travaillent.

Réda Zaireg

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