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« Le problème est que nous sommes restés loyaux aux anciens colons »

Photo de Amine Ater

Propos recueillis par Amine Ater

Publié le 11 décembre 2016 à 10:50 - Mis à jour le 14 décembre 2016 à 16:33

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Pour Carole Kariuki, CEO de l'Alliance du secteur privé kenyan, l'innovation et la diversification économique représentent une voie de sortie pour le Continent. Convaincue des bienfaits de la technologie, qu'elle assimile à un cercle vertueux qui apporte les compléments nécessaires aux économies du continent. Kariuki impute également le gap entre Afrique francophone et anglophone à la fascination envers les anciens colons et au manque d'échanges commerciaux entre les deux sphères. Interview de la...

LTA : La dernière moitié de 2016 a connu de nombreux bouleversements, entre l'élection de Donal Trump aux USA et le Brexit en Angleterre notamment. Avez-vous une appréhension pour 2017, une année qui s'annonce pleine de changement ?

Carole Kariuki : Le changement ne peut être que bon, tant qu'il conduit à du positif. Il ne faut pas non plus céder à la peur du changement qui plombe la croissance ne fait qu'attiser le protectionnisme et l'immobilisme. Il faut également communiquer sur ce que représente réellement le changement et quelle voie allons-nous suivre. Il ne faut pas également perdre de vue ce qui se passe à l'extérieur, de manière à prévenir les chocs à venir et anticiper les menaces qui peuvent apparaître pour nos économies.

Comment expliquez-vous le gap qui existe entre l'Afrique francophone et francophone et comme peut-il être surmonté ?

Le problème est que nous sommes restés trop loyaux envers nos anciens colons et oubliés ce que nous voulions vraiment en tant qu'africains. Pour réduire ce gap entre les sphères francophones et anglophones, rien de plus simple que de dynamiser le commerce et les échanges entre les différents pays. Ce qui implique la création de réelles connexions économiques et avoir une vue d'ensemble sur les méthodes qui faciliteraient une expansion économique continentale. Ce qui signifie que les investissements seront principalement interafricains et par ricochet la croissance le sera aussi. Si rien n'est fait en ce sens, d'autres se chargeront de créer cette croissance, mais pour leur compte. Le vrai problème entre francophones et anglophones est l'incapacité à créer ces liens commerciaux.

L'année écoulée a vu les économies des pays producteurs de pétrole subir une série de contre chocs, comment ces économies peuvent-elles s'affranchir de leur dépendance au cours du baril ?

L'un des grands chantiers du Kenya qui commence à prendre forme est celui de la diversification. L'absence de ce genre de stratégies dans les pays africains dépendant aux extractions de matières premières explique la fragilité de leurs économies face à la chute des cours. Se concentrer sur un seul secteur n'est d'aucune utilité. L'absence de pétrole au Kenya nous a obligé à utiliser l'ensemble de nos ressources, ce qui nous a permis de faciliter notre diversification. Aujourd'hui, nous nous positionnons sur l'agriculture, la finance, les TIC. C'est ce que devraient faire les pays pétroliers pour ne plus dépendre des aléas des cours, mais plutôt utiliser cette ressource pour financer d'autres types de production. L'idéal serait de voir les économies africaines essayant à se complémenter, en se fournissant les unes aux autres les produits dont elles ont besoin. Ce qui permettrait de compenser les pertes en cas d'impact négatif sur un secteur donné de l'économie.

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L'Afrique peut-elle croire à l'effet Leapfrog (saut de grenouille) ?

L'effet leapfrog représente un excellent catalyseur pour l'Afrique. Nous n'aurons pas à traverser le même chemin que les autres, ni effectuer le même effort. Tout en ayant le choix de ne pas suivre les mêmes modèles, d'élaborer nos propres processus. Ce qui peut nous faciliter la tâche en termes de diversification économique.

Le secteur des télécommunications est en pleine croissance en Afrique, notamment le segment du mobile-banking, où le Kenya est pionnier. Faut-il y voir une opportunité pour une plus vaste inclusion financière sur le continent ou plutôt un risque de concentration dangereux ?

Initialement, les banques ont interprété l'incursion des opérateurs télécoms dans le secteur des finances comme une menace. Puis elles ont réalisé que cette situation de fait offre une complémentarité. Suite à l'essor du mobile banking, les banques brassent beaucoup plus d'argent qu'auparavant, grâce à leur partenariat avec les opérateurs télécoms dans leurs stratégies financières. De menace, le Mobile banking est maintenant perçu par les banques comme un excellent vecteur pour accroître les taux de bancarisation. Cette nouvelle donne a également changé l'approche et l'attitude des banques envers les couches sociales défavorisées et les populations rurales, auxquels elle ne prêtait pas vraiment attention, refusaient parfois l'ouverture de compte, l'accès au crédit ou encore compliquaient l'accès à l'épargne. A mon avis, le mobile banking est une bonne chose, qui permet de dynamiser les économies locales, créer de l'emploi et de désenclavé les populations locales.

L'influence croissante d'Internet en Afrique, a-t-elle eu un impact réel sur le business ?

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Ce qui est arrivé en termes d'efficience grâce au classement Doing Business est principalement dû à Internet. Sans ce dernier, les procédures auraient pris plus de temps et auraient été beaucoup plus complexes. Internet permet de dépasser un certain nombre de barrières, en permettant à ses utilisateurs d'interagir avec les administrations où qu'ils soient. Aujourd'hui, je peux m'inscrire pour passer mon permis de conduire d'un simple clic, souscrire une assurance santé, sans avoir à recourir à une agence ou administration physique. Une facilité d'accès qui fortifie l'efficience d'un pays.

Propos recueillis par Amine Ater

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