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Think-Tank - La Tribune AfriqueEntretiens - La Tribune Afrique

« SFI veut investir 300 millions de dollars par an en Tunisie »

Photo de Aziz Saïdi

Aziz Saïdi

Publié le 23 janvier 2017 à 15:23 - Mis à jour le 23 janvier 2017 à 15:26

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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De passage en Tunisie pour s'entretenir avec les responsables des secteurs public et privé, Mouayed Makhlouf, le directeur Moyen-Orient et Afrique du nord (MENA) de la Société Financière Internationale (SFI), filiale du Groupe Banque Mondiale, affiche sa disponibilité à accompagner le gouvernement de Youssef Chahed à relancer l'économie tunisienne. Il livre à La Tribune Afrique les contours de cette collaboration et les principaux secteurs sur lesquels elle devrait porter. Entretien.

LTA : La Tunisie a connu un recul économique depuis le printemps arabe. Le Pays a organisé le mois dernier la Conférence Tunisie 2020 pour drainer les investissements et dans la foulée a signé un partenariat portant sur le PPP avec SFI. Pouvez nous donner le cadre de ce partenariat ?

Mouayed Makhlouf  : Nous étions présents à la Conférence Tunisie 2020 et nous avons félicité le gouvernement tunisien pour la réussite de cet évènement qui attiré beaucoup d'investisseurs de la région et au-delà. Notre intérêt pour la Tunisie ne date pas d'aujourd'hui. Cela fait de longues années que nous sommes présent dans le pays et nous y avons des investissements importants dans divers domaines avec un encours actuel de 300 millions de dollars.  Mais ce que nous avons vu lors de cette conférence et même avant c'est que ce nouveau gouvernement veut mettre la Tunisie sur une nouvelle voie.

Depuis la révolution, le pays a connu un recul économique, un ralentissement de la croissance. Aujourd'hui, le gouvernement veut redonner de l'allant à l'économie tunisienne. Il y a certains secteurs sur lesquels il faut capitaliser pour retrouver la voie de la croissance. Notre partenariat avec le gouvernement tunisien porte comme vous l'avez dit sur les PPP (partenariat public privé). Car nous pensons qu'il y a beaucoup de secteurs qui sont géré par les autorités publiques qui devraient l'être par le secteur privé. En effet, nous avons la conviction que le fait que l'économie soit portée par le secteur public représente un frein. C'est d'ailleurs vrai pour beaucoup de pays de la région. Il faut donc donner un rôle plus important au secteur privé.

Ce partenariat signé avec le gouvernement tunisien peut représenter un levier important pour basculer d'une économie dominée par le public à une économie ou le secteur privé joue un rôle plus important. Nous l'avons vu dans beaucoup de pays, quand ce basculement s'opère l'économie s'en trouve positivement impactée à travers un dynamisme plus important. Le secteur public notamment en Tunisie a beaucoup de préoccupations et ne peut porter à lui seul les investissements nécessaires à moins d'avoir recours à l'aide du secteur privé. Dans ce sens, nous voulons, à travers ce partenariat, aider le gouvernement tunisien à choisir quelques secteurs à prioriser dans une démarche d'investissement PPP et donc de les basculer du public vers le privé. Les énergies renouvelables et les infrastructures nous paraissent tout indiqués dans ce sens.

La Conférence Tunisie 2020 a été marquée par beaucoup d'intentions d'investissements. Toutefois, la crise politique et sociale peut impacter l'attractivité de la Tunisie vis-à-vis des investisseurs potentiels. Que peut faire SFI pour aider le gouvernement tunisien à ce niveau ?

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Nous pouvons apporter notre aide dans différents domaines. D'ailleurs, c'est notre devoir. Nous sommes présents en Tunisie et dans la région pour aider les gouvernements et le secteur privé. Notre aide au gouvernement se matérialise principalement à travers l'expertise que nous pouvons apporter et notre aide au secteur privé est un accompagnement aux investissements. Durant ces cinq dernières années, la Tunisie a perdu la confiance des investisseurs. Il y a une vraie appréhension et nous voulons reconstruire la confiance perdue. Nous pouvons donc aider le gouvernement à améliorer l'environnement des affaires et restaurer l'attractivité de la Tunisie vis-à-vis des investisseurs potentiels. Améliorer le « Doing Business » c'est enlever tous les freins aux investissements. Ce saut qualitatif n'a pas encore eu lieu en Tunisie et dans bien d'autres pays de la région. Nous voulons donc aider la Tunisie à éliminer le maximum de freins. Une autre façon pour nous d'aider le gouvernement se matérialise par le fait de faire venir des investisseurs et d'investir avec eux dans un secteur prédéfini. Car nous ne donnons pas seulement des prêts et nous pouvons aussi investir directement et nous prenons le risque avec les investisseurs. Nous pouvons aussi coupler l'investissement direct avec le prêt quand nous croyons au projet. Le fait que SFI soit dans le tour de table des investisseurs leur donne une certaine confiance.

La Conférence Tunisie 2020 et la signature du partenariat date du mois de décembre. Comment les choses ont évolué depuis ?

Il y a eu beaucoup d'engagements d'investissement et des contacts ont été entrepris. C'est le cas surtout pour les secteurs prioritaires comme celui des infrastructures et qui requièrent des investissements importants. Nous avons eu des entretiens avec tous les départements concernés pour baliser le terrain. Il y a aussi un intérêt important pour les énergies renouvelables qui devrait être un secteur stratégique pour la Tunisie dans les années à venir pour baisser le coût de l'énergie dans le pays et ainsi améliorer la productivité et à l'accès à l'énergie au tissu productif et aux citoyens. Là aussi nous avons eu des entretiens avec les départements concernés.  Enfin, il y a aussi le secteur de l'agro-business qui peut être aussi très porteur. Le plus important c'est que les investisseurs retrouvent leur confiance dans l'économie tunisienne.

Peut-on avoir une idée de la provenance de ces potentiels investisseurs ?

Il y a des investisseurs qui viennent de la région même et notamment des pays du Golf. Ils sont particulièrement intéressés par le secteur des énergies renouvelables. Ce sont d'ailleurs des investisseurs qui sont nos partenaires dans d'autres pays que la Tunisie.

Vous voulez parler du Saoudien Acwa qui a déjà investi dans le secteur énergie renouvelable au Maroc ?

Effectivement, Acwa fait partie de ces investisseurs potentiels. Mais, nos discussions sont très avancées avec le groupe Alcazar Energy qui sont aussi nos partenaires dans des projets en dehors de la Tunisie et qui ont montré un grand intérêt pour le secteur des énergies renouvelables dans ce pays. Le plus important, c'est de mettre en place le cadre légal adéquat. C'est ce qui détermine l'intérêt des investisseurs et cela pourrait donner lieu à un vrai engouement.

Le Chef de gouvernement Tunisien a annoncé son intention de se rendre dans nombre de capitales africaines pour relancer la coopération économique avec ces pays. SFI peut elle aussi accompagner dans ce sens ?

C'est une orientation très importante pour la Tunisie et pour tous les pays de l'Afrique du nord en général. Il faut jeter des ponts économiques entre le nord et le sud du Sahara. Il y a beaucoup de potentiel pour la coopération intra-africaine. Nous avons d'ailleurs accompagné beaucoup d'entreprises nord-africaines pour adresser les marchés sub-sahariens. C'est le cas notamment de beaucoup d'entreprises marocaines qui ont des prolongements dans le continent. Il y aussi des entreprises tunisiennes qui sont aussi présentes en Afrique comme AfricInvest ou certaines banques. Il n'y a donc pas de raison que ce potentiel ne soit pas défriché par des entreprises d'autres secteurs. C'est donc une très bonne initiative du Chef de Gouvernement tunisien que de vouloir développer la coopération économique avec les pays d'Afrique sub-saharienne.

Vous êtes actuellement en visite à Tunis, quel est l'ordre du jour de ce séjour ? et quelles en seront les principales étapes ?

La Tunisie est aujourd'hui devant un carrefour et doit se donner les moyens d'aller dans le bon sens. Nous allons donc rencontrer les responsables tunisiens pour leur proposer notre expertise pour adopter le bon cadre légal et les bonnes politiques qui devraient permettre de relancer l'économie tunisienne. Nous allons également rencontrer nos collègues de la Banque mondiale afin définir la bonne stratégie qui nous permettra d'aider l'économie tunisienne.

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D'autre part, nous allons aussi rencontrer les entreprises dans lesquels nous sommes actionnaires en Tunisie. Elles sont au nombre de 31 actuellement pour un investissement total de 300 millions de dollars. Notre objectif est que ce montant devienne notre investissement annuel en Tunisie. C'est un montant équivalent à ce que nous investissons dans un pays comparable comme la Jordanie. S'il y a le bon cadre légal, nous disposons de la capacité d'investissement pour aller même au-delà. Or, ces rencontres avec les entreprises nous permettrons de diversifier nos investissements en allant vers les secteurs qui le plus besoin du concours de SFI. D'ailleurs même les effectifs de SFI en Tunisie devraient être étoffés pour que puissions pleinement aider le pays à relancer son économie.

Aziz Saïdi

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