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Présidentielle française : «l'Afrique de grand-papa n'existe plus»

Photo de Aziz Saïdi

Propos recueillis par Aziz Saidi

Publié le 01 mai 2017 à 07:00 - Mis à jour le 01 mai 2017 à 09:14

Le Quotidien Numérique

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La Présidentielle française a toujours eu un enjeu africain. Dans cet entre deux tours 2017, l'enjeu gagne en acuité. Le front national si prompt à pourfendre l'immigré est au deuxième tour comme en 2002. Il aura comme adversaire l'ancien Ministre de l'Economie de François Hollande et désormais chef du mouvement En Marche, Emmanuel Maron. Les partis Socialiste et Républicains sont hors de course. Quelle incidence sur la politique africaine de la France ? Réponses avec le candidat indépendant à la...

La Tribune Afrique : quelle lecture faites-vous des résultats du premier tour de l'élection présidentielle française ?

Que les partis traditionnels qui ont dirigé la France depuis l'avènement de la 5 ème République viennent de montrer leurs limites. Le PS est quasiment moribond à l'instar de ce qu'était il y a peu le parti communiste. Le parti LR est au coude à coude avec un parti d'extrême gauche. C'est un homme seul (sans parti) quasiment inconnu qui est en passe de devenir le nouveau président. Le Front National est donc le seul parti à avoir résisté et il est au coude à coude avec le favori. Les Français ont donc décidé dans leur grande majorité de désavouer leurs politiques.

Frédéric Elbar : Nombre de responsables politiques aussi bien de gauche que de droite ont appelé à voter Emmanuel Macron pour le second tour invoquant un sursaut républicain. Partagez-vous cet avis ?

Bien évidemment ! Il y a un risque important que la candidate du Front National l'emporte car il y a dans les « réservoirs » de voix (LR, Mélanchon, Dupont-Aignan) [Ce dernier ayant rallié la candidate du FN, ndlr] beaucoup de gens qui vont voter pour elle et d'autres qui vont s'abstenir. Il faut absolument éviter le scénario du pire.

-   Quels sont, selon vous, les principaux points différenciant les deux candidats et leurs programmes ?

Il est très difficile d'évoquer des points principaux car il y a beaucoup de points importants dans un programme présidentiel ! Mais je crois qu'on peut résumer ça de la manière suivante : Le programme du Front National est réactionnaire. Il veut une France renfermée sur elle-même : sortie de l'Europe, sortie de l'Otan, protectionnisme à outrance, fermeture des frontières, etc...

Le programme d'Emmanuel Macron reste un programme d'ouverture avec des solutions nouvelles. C'est d'ailleurs bien cela l'enjeu dans une France qui a des doutes sur son avenir : d'un côté une réaction dure où l'on se replie sur soi, de manière très individualiste et de l'autre une réaction d'espoir ou l'on veut croire au progrès.

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-   Quelle incidence aurait l'élection de l'un ou l'autre candidat(e) sur les relations de la France avec le continent africain ?

Il semble évident qu'un parti extrémiste qui a toujours basé sa politique sur l'exclusion des minorités aura peu de légitimité avec les pays dont sont originaires ces mêmes minorités. Par ailleurs, dans la mesure où la France sortirait de l'Europe et ferait du protectionnisme à outrance il est difficilement concevable qu'elle représente alors un partenaire de choix idéal avec un continent dont la croissance reste importante et qui s'ouvre de plus en plus à l'extérieur.

En ce qui concerne Emmanuel Macron on peut supposer qu'un « parti » centriste qui aura pu rassembler à droite comme à gauche soit de nature à conforter les partenaires (africains ou non). Reste un point particulier en ce qui concerne le Maroc. Le candidat Macron a considéré (ce sont ses propres mots) que l'Algérie était un pays incontournable dans une élection présidentielle et ne s'est pas présenté au Maroc. Nul doute qu'on peut dès lors faire l'analogie avec la manière dont le gouvernement socialiste s'est comporté avec le Maroc au cours du dernier quinquennat. Il est très important à mon sens qu'Emmanuel Macron donne des signes forts au Maroc.

-   Quel sens donnez-vous à la débâcle accusée par les deux principaux partis du paysage politique français ?

Les Français veulent une nouvelle approche, des nouvelles têtes et une façon de diriger autrement. Les affaires à droite comme à gauche (Cahuzac, Sarkozy, le pénélope gate, la phobie administrative de Thévenoud, les relations élyséennes avec les « courtisanes » de Hollande) ainsi que les actes terroristes commispar des personnes connues des services de police ont exacerbés  la colère des français ; surtout que la France progresse moins vite que les autres pays européens et qu'elle est gangrénée par le chômage et la paupérisation notamment de ses jeunes. Tout cela a conduit à un ras-le bol de la classe politique dans son ensemble et ce sont naturellement les partis traditionnels au pouvoir qui ont en fait les frais. Par ailleurs n'oublions jamais que la France est un pays révolutionnaire : Après la révolution, nous avons eu l'Empire puis 5 Républiques puis mai 68...  Nous voyons bien que nous avons à faire à une sorte de révolution démocratique si je puis m'exprimer ainsi.

-  Les relais de ces deux partis étaient significatifs sur le continent. Qui pourra désormais jouer ce rôle dans le maintien voir la densification des relations franco-africaines ?

Les parlementaires susceptibles de constituer ces relais seront peut-être toujours en place...on ne sait pas comment le nouveau président va constituer sa majorité. Par ailleurs, il est peut-être temps de changer qui sait ? Moi qui bourlingue sur le continent depuis plus de 25 ans dans mon travail d'avocat d'affaires pour de grands comptes je peux vous dire que cela fait plusieurs années que la France se fait damer le pion sur le continent par les autres pays Espagne, Canada, USA, Chine, Allemagne, Russie, etc...Il faudrait peut-être que la classe politique française et les représentants diplomatiques français abordent l'Afrique sous un nouvel angle. Le temps de la Françafrique est mort et enterré et il faut maintenant être plus business !

-   Le changement de paradigme que vient de connaitre la scène politique française appelle-t-il une redéfinition des relations franco-africaine ? Quel en serait à votre sens la meilleure voie à emprunter ?

Comme je vous l'indiquais, il faut à mon sens que la France aborde ses partenaires africains et sa communauté française en Afrique différemment. L'Afrique de grand-papa n'existe plus. Désormais les populations et la plupart des dirigeants font partie d'une génération qui n'a pas connu la colonisation. Ils attendent de leurs partenaires non pas une approche paternaliste mais une relation d'égal à égal avec à mon avis deux points : établir des partenariats avec les pays du Nord pour développer des investissements avec transfert de technologie (et pas simplement de la délocalisation ou l'exploitation de matières premières) et également la possibilité pour ces pays africains d'investir dans les pays du Nord dans ce même type de partenariat.

La France devrait développer son ministère du commerce extérieur surtout quand on sait que 70% du chiffre d'affaires du CAC 40 provient de l'international et lui donner les moyens d'intervenir dans cette zone. La France doit aussi mieux assister les entreprises française (à capitaux français) qui travaillent dans ces pays.

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D'un point de vue politique, je crois qu'il serait bon que les parlementaires français et ceux des pays du continent créent des commissions où ils pourraient échanger sur leurs relations réciproques et sur leurs ressortissants respectifs qui vivent dans leurs pays ; on ne peut cantonner toute la relation au seul Ambassadeur et par ailleurs il est bon de nouer beaucoup de relations ; je prends à titre d'exemple le Maroc qui est un petit pays mais qui est très dynamique sur le plan international et c'est bien grâce à son dynamisme international qu'il occupe désormais une place de premier plan sur le continent africain.

Propos recueillis par Aziz Saidi

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