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Akon Lighting Africa : « Partout où se manifestera une volonté politique, nous interviendrons »

Marie-France Réveillard

Publié le 10 novembre 2017 à 10:15 - Mis à jour le 10 novembre 2017 à 11:05

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Fondateur d'Africa Development Solutions (ADS) et PDG de Solektra International, créée avec le chanteur Akon et Thione Niang, Samba Bathily, représente l'une des valeurs montantes du continent. La Tribune Afrique a rencontré l'homme de l'ombre malien et ami de Dangote, « en mission » pour le développement du continent...

LA TRIBUNE Afrique : Comment votre parcours personnel et votre expérience professionnelle vous ont-ils conduit aux affaires ?

Samba BATHILY : Je suis originaire de la région de Kayes, située à la frontière sénégalo-mauritanienne, issu d'une famille d'entrepreneurs. Mon père était un grand commerçant impliqué dans des activités pétrolières et dans l'importation de riz notamment. Je suis arrivé en France à l'âge de 8 ans puis je suis retourné au pays où j'ai obtenu mon baccalauréat. J'ai ensuite rejoins la Belgique où j'ai fais des études de Droit pendant 2 ans avant que les affaires ne prennent le dessus. Je me suis lancé dans l'import-export comme mes parents puis j'ai travaillé dans les produits pharmaceutiques, les télécoms et de là je suis entré dans les problématiques de structurations financières. En 2004, j'ai créé African Development Solutions (ADS) qui est aujourd'hui un groupe aux activités multiples. Nous intervenons dans la structuration de grands projets d'infrastructures, d'énergie solaire, hydraulique et thermique. C'est ainsi que je me suis finalement impliqué dans les énergies solaires en 2008. L'arrivée de la Chine sur le marché a changé la donne car à mes débuts, le coût du watt était de 6‎ dollars, il est descendu à moins d'1 dollar aujourd'hui...

Justement, quel regard portez-vous sur les investissements de la Chine en Afrique qui suscitent la méfiance en Occident ?

Soyons réalistes, on ne peut pas parler d'infrastructures en Afrique sans évoquer le rôle des Chinois. Nous sommes dans une bataille géopolitique qui nous dépasse mais les Africains doivent travailler avec tout le monde tout en préservant leurs intérêts le mieux possible. Chacun a ses défauts : Chinois comme Occidentaux. On ne peut pas demander aux Africains de se passer de la Chine alors qu'en même temps, les Chinois financent les Etats-Unis et l'Europe...

Dans quelles conditions est née le programme Akon Lighting Africa ?

Cette initiative africaine née en 2014, avait pour objectif de vulgariser l'accès à l'énergie. Elle devait permettre aux populations de croire au bien-fondé des énergies renouvelables et aujourd'hui, notre pari est réussi. Tout le monde ne parle que du solaire, c'est pratiquement devenu un phénomène de mode ! A l'origine de Akon Lighting Africa, il y a la société Solektra que j'ai fondé pour mettre en œuvre cette initiative. Je connaissais Thione Niang depuis un certain temps et c'est lui qui a parlé de moi à Akon, compte-tenu de mon expertise en matière de conduite de projets et de mon implantation dans les structurations financières en Afrique.

Près de trois ans après sa création, quels sont les résultats de Akon Lighting Africa ?

Nous avons mené plusieurs projets simultanément et à ce jour, nous avons installé plus de 100 000 lampadaires solaires, près de 3 000 mini-réseaux photovoltaïques et plus de 102 000 kits domestiques dans plus de 500 localités réparties dans plus d'une quinzaine de pays sur le continent. Nous avons installés des micro-grids dans des bâtiments publics : écoles, centres de santé et bâtiments publics et nous venons juste de remporter de nouveaux marchés au Burkina-Faso et au Niger. Notre objectif est ambitieux puisque nous voulons permettre à 16 millions d'Africains d'accéder à l'électricité d'ici 2020.

Quels sont les moyens dont vous disposez pour développer cette initiative ?

Nous travaillons aussi bien avec des banques africaines comme Ecobank qu'internationales et notamment chinoise. Nos fournisseurs sont divers également : français, allemand et chinois pour les panneaux solaires (SUMEC). Nous disposons d'un budget de 15 millions de dollars et d'une flotte d'une cinquantaine de camions ainsi que de nombreux équipements qui nous permettent d'être indépendants sur toute la ligne. Aujourd'hui, nous bénéficions d'une équipe composée d'une centaine de salariés permanents. Parallèlement à nos équipes, nous dépêchons des formateurs de Solektra Solar Academy sur le terrain, pour former des équipes locales afin d'impliquer les populations et d'assurer la maintenance des équipements. A ce jour, nous avons créé des milliers d'emplois. Sur un seul projet, nous avons créé jusqu'à 5 000 emplois. Concrètement, nous avons besoin de 5 ou 6 personnes par localité auxquelles s'ajoutent des puisatiers par dizaine, des maçons, des experts en génie-civil (...) Nous impliquons aussi les femmes dans la récolte du sable et du gravier et nous faisons appel aux transporteurs locaux. Tout cela participe à la création d'une économie locale. Ce sont des projets à haute intensité de main-d'œuvre.

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Quels sont les termes des accords passés avec les Etats pour s'implanter dans de nouvelles localités ?

Certains projets nécessitent le recours au Partenariats Publics Privés (PPP), pour d'autres projets l'Etat investit directement et il y a des appels d'offres (...) Nous devons nous montrer créatifs et proposer du « sur-mesure ». La finance est souple et nous savons nous adapter aux contextes locaux. Il m'est arrivé de créer un BOT hybride (Build Operate and Transfer) car le pays ne pouvait accueillir un PPP. Nous ne pouvons pas simplement nous satisfaire de transposer des schémas extérieurs car nous avons nos propres réalités africaines et notre expertise doit être adaptée.

Plusieurs projets d'électrification en Afrique ont vu le jour ces dernières années, à grands renforts de communication pourtant les résultats ne sont pas au RDV : comment l'expliquez-vous ?

Il y a trop d'amalgame. Par exemple concernant l'initiative de Jean-Louis Borloo, il cherchait à simplement à interpeller sur la question de l'électrification en Afrique mais sa démarche ne visait pas à implanter des projets sur le terrain. Il a eu le mérite d'attirer l'attention sur la pauvreté énergétique. Le positionnement de Akon Africa Lighting est différent car nous avons non seulement lancé une initiative de sensibilisation mais notre groupe disposait par ailleurs d'une structure de projets, c'est là toute la différence.

Quelle est votre stratégie de développement à moyen terme sur le continent ?

Solektra continuera de développer ses projets. Pour preuve, nous avons signé un accord avec le ministère de l'énergie du Burkina Faso pour électrifier 175 localités dans tout le pays. Le coût du projet s'élève à 2.8 milliards de Fcfa. Les délais de négociations sont longs contrairement aux délais d'exécution qui nous demandent une grande réactivité. Nous négocions depuis 2 ans avec le gouvernement burkinabé et nous venons de signer le contrat il y a deux semaines seulement. In fine, nous n'avons que 90 jours pour la réalisation du projet qui prend normalement 6 mois...Nous commencerons les travaux d'ici deux semaines. Partout où se manifestera une volonté politique, nous interviendrons.

Quelles sont vos ambitions personnelles aujourd'hui ?

Mes amis me disent qu'avec mon argent, je ferais mieux de jouir de la vie, de m'acheter des immeubles et d'être rentier pour vivre tranquillement auprès de ma famille avec mes 5 enfants au Mali, mais je cherche à être « global et multiforme » et cela a un prix. Je passe beaucoup de temps dans les avions et je me bats pour le développement du continent. Nous devons travailler pour les générations futures tout comme l'ont fait la Chine, la Corée ou le Japon avant nous. Je me sens investis de cette mission. Plus je voyage et plus je réalise que nous sommes à un tournant décisif. Les opérateurs africains doivent s'impliquer dans la création de richesse, sans quoi d'ici 5 à 10 ans, nos enfants partiront et notre économie s'effondrera. Ceux qui auront réussi seront menacés par la criminalité qui sera la conséquence de la pauvreté ambiante. Je fréquente tous les milieux, ce qui me permet d'avoir une vision claire de la situation. Les autres continents doivent nous aider car nous serons bientôt 2 milliards d'habitants.

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Ensuite, je veux œuvrer pour le rapprochement des Etats sur le continent, indépendamment des barrières linguistiques, c'est la raison pour laquelle nous avons lancé à Lagos, le Club AfroChampions, le 18 octobre dernier avec Aliko Dangote, pour mobiliser les multinationales africaines afin d'accélérer l'intégration économique du continent...

Marie-France Réveillard

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