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Think-Tank - La Tribune AfriqueEntretiens - La Tribune Afrique

Chine-Afrique : «Nous devons travailler avec la Chine tout en posant des conditions claires»

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 07 décembre 2018 à 16:26 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:12

Li Anshan Adama Gaye

Li Anshan Adama Gaye

DR.

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Néocolonialisme, de dépendance à la dette ou au contraire opportunité à saisir ? L'implantation fulgurante de la Chine en Afrique alimente les fantasmes chez certains experts, mais aussi nourrit l'espoir d'une nouvelle opportunité à saisir. Partisan d'une approche plus lucide dans l'établissement des relations entre l'Afrique et la Chine, l'économiste sénégalais Adama Gaye, auteur de «Chine-Afrique : le dragon et l'autruche» (L'Harmattan, 2006), décortique, en compagnie de Li Anshan, directeur du Centre...

La Tribune Afrique : En septembre 2018, lors du Sommet Chine-Afrique, le président Xi Jinping annonçait une enveloppe de 60 milliards d'investissements. Une relation purement économique et commerciale, est-ce tout ce que la Chine peut offrir à l'Afrique ?

Li Anshan : C'est peut-être la seule représentation des faits qui domine dans les médias. Mais si l'on regarde de plus près le plan d'action et l'agenda de ce que la relation Chine-Afrique sera dans les prochaines années, on trouvera que c'est un plan assez complet. La relation entre l'Afrique et la Chine a souvent été plus politique et idéologique dans les années 1960-1970, puis économique dans les années 1980-1990. Elle est maintenant plus diversifiée qu'elle ne l'a été puisqu'elle inclut la paix et la sécurité, l'éducation et des aspects plus sociaux.

Adama Gaye: A l'origine, la Chine n'a eu que des relations politiques avec l'Afrique puisque c'est du soutien de l'Afrique dont elle avait besoin dans une période de rivalité idéologique après l'avènement de la République communiste de Chine en 1949. Plus tard, avec sa politique d'isolationnisme diplomatique après Tiananmen, la Chine avait besoin d'«amis» à l'étranger qu'elle a pu trouver auprès des pays africains notamment dans l'obtention de son siège en tant que représentant de la Chine au détriment de Taïwan.

Mais aussi, la Chine devient progressivement un grand partenaire de l'Afrique. Depuis qu'elle a réussi à atteindre un certain développement économique, elle apporte un important soutien financier au Continent. A mon sens, ce que l'Afrique doit prendre en considération, c'est la manière dont la Chine est parvenue à atteindre ce niveau après s'être relevée de siècles d'humiliations pour devenir cette nation leader dans le monde.

Je crois aussi que la Chine n'a besoin d'être vue comme un « modèle» même si elle en constitue un, en quelque sorte. Nous aspirons à des nations africaines libres, fortes, respectées comme la Chine l'a réussi. Au regard de cela, Chine-Afrique, c'est un bon partenariat en ce qu'elle constitution une solution alternative aux partenaires traditionnels.

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Mais comme tout partenariat, la relation doit être basée sur des discussions franches et ouvertes qui permettront aux Africains de pouvoir avoir plus de la Chine mais aussi de dire ce qui ne leur convient pas. L'Afrique gagnerait plus à être audacieuse et venir à la table des discussions pour y exposer ses propres intérêts, ses propres besoins.

Nouvelle colonisation, spirale de la dette, ingérences déguisées. Finalement, à en entendre les mises en garde de certains spécialistes de la Chine, peut-on envisager une relation «Win-Win » entre l'Afrique et la Chine ?

Adama Gaye: Il faut d'abord relever que les clichés réduisent la dimension d'une question sérieuse. Je crois qu'un des aspects les plus importants de la relation Afrique-Chine réside dans le fait que la Chine offre à l'Afrique, une nouvelle chance de briller à nouveau. La Chine donne à l'Afrique l'opportunité de discuter avec d'autres partenaires que les superpuissances qui ont longtemps été le maître du jeu dans le monde. Mais aussi l'occasion d'apprendre comment bénéficier d'un modèle de gestion efficace de l'Etat dirigé vers l'intérêt de la collectivité. Dans cette perspective, je crois que la Chine a beaucoup à offrir à l'Afrique.

D'un autre côté, je ne crois pas que ce soit du «colonialisme» ou du «néocolonialisme». La Chine poursuit et défend ses intérêts. Si l'on regarde la politique de la Chine avec d'autres pays, la relation se construit selon le même sur la poursuite des intérêts tout en bâtissant une relation de partenariat baptisé « WIN-WIN ». C'est l'Afrique de profiter de cette relation gagnante en lieu et place de la victimisation sur le néocolonialisme ou sur la question des employés chinois sur les chantiers de la Chine sur le Continent. Quand l'Afrique arrivera avec un message clair sur ses intérêts et ses attentes, la Chine l'incorporera

Li Anshan : Une vision négative ou positive sur la relation Afrique-Chine dépend du point de vue où l'on se place pour l'observer. D'un point de vue occidental c'est peut-être compris négativement à dessein. D'un autre c'est peut-être que la relation est assez mal comprise. Mais d'un point de vue africain, les inquiétudes sont naturelles dans le sens où il y a un héritage colonial qui peut pousser à une posture d'auto-défense. Mais nous devons observer la relation Chine -Afrique depuis son essence.

Ma seule préoccupation est de voir l'Afrique prendre la Chine et les autres puissances comme des modèles à copier. L'Afrique doit créer son propre modèle selon ses propres considérations. L'Afrique doit prendre les choses positives qui l'intéressent des Etats-Unis, de la Chine, de la France, du Royaume-Uni, d'autres pays pour ensuite les adapter à ses propres réalités et son modèle. Mais toute coopération est un processus de compromis, de bénéfices des avantages mutuels sur lesquels les partenaires doivent travailler ensemble.

Finalement, l'Afrique doit-elle avoir peur de la Chine ? Quelles sont les pistes pour en faire une meilleure relation?

Li Anshan : On ne voit que le développement rapide de la Chine ces dernières années, mais ce que l'on ne sait pas c'est que la Chine a aussi appris de l'Afrique. A titre d'exemple, dans les années 1970 et 1980, la Chine voulait construire un pipeline entre Sichuan et Shanghai, sans connaître la technologie à utiliser. Pour cela, nous sommes allés en Algérie où nous avons appris comment le faire. Le plus cocasse réside dans le fait que c'était une entreprise ouest-allemande qui pilotait le projet sur place. Les employés algériens nous apprenaient comment faire au moment où les ingénieurs étrangers étaient en weekend ou en congés.

Tout cela pour dire que la relation s'inscrit dans un processus d'apprentissage réciproque si l'on se place dans un esprit d'ouverture. Les Chinois doivent aussi beaucoup apprendre des Africains notamment leur interaction avec la nature, leur vie collective, leurs valeurs...

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Adama Gaye : Je ne crois pas que l'Afrique devrait avoir peur de la Chine. Elle doit étreindre la Chine pour en faire un vrai partenaire. Il y a beaucoup à apprendre de la Chine notamment sur comment elle a résisté aux autres pays pour obtenir leur indépendance, leur intégrité. D'un autre côté, l'Afrique peut apprendre de la Chine, sa manière de relancer sa culture, sa tradition, sa façon de voir lucidement les choses sans copier aveuglément les autres modèles. Nous devons travailler avec la Chine tout en posant des actes et des conditions claires concernant cette relation pour bâtir un partenariat. Ce qui est tout à fait possible !

Ibrahima Bayo Jr.

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