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Pierre Guislain : «La priorité de la BAD est d'attirer les investisseurs pour accompagner la croissance sur le Continent»

DNES à Bruxelles, Marie-France Réveillard

Publié le 26 juin 2019 à 06:10 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:31

Pierre Guislain est vice-président de la Banque africaine de développement (BAD) en charge du du Secteur privé, des infrastructures et de l'industrialisation.

Pierre Guislain est vice-président de la Banque africaine de développement (BAD) en charge du du Secteur privé, des infrastructures et de l'industrialisation.

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Alors que la Banque africaine de développement (BAD) développe des co-partenariats avec l'Union européenne (UE), Pierre Guislain, son vice-président en charge du Secteur privé, des infrastructures et de l'industrialisation, revient sur la stratégie de l'institution panafricaine qui compte désormais sur la zone de libre-échange continentale (ZLEC) pour accélérer le développement de l'Afrique.

La Tribune Afrique : La BAD cherche à augmenter son capital et multiplie les partenariats avec l'UE. Est-ce la raison de votre présence aux Journées européennes du développement, organisées les 18 et 19 juin à Bruxelles ?

Pierre Guislain : Effectivement, nous avons demandé une augmentation de capital de l'ordre de 150% à nos actionnaires. Les discussions sont en cours, car à l'heure actuelle, nous ne pouvons plus augmenter nos prêts. Nous sommes à ce jour, la seule institution africaine à bénéficier du «triple A», car nous disposons d'un capital qui nous permet d'assurer le remboursement des prêts au cas où nos emprunteurs ne seraient pas en mesure de le faire.

En qualité de banque de partenariat, nous travaillons également avec l'UE et c'est la raison de ma présence aux JED. Notre partenariat est à la fois stratégique et financier. J'ai d'ailleurs récemment co-présidé une task-force euro-africaine sur l'économie numérique du Continent lors de laquelle nos équipes ont, avec des experts internationaux, formulé de nouvelles recommandations.

Quels sont actuellement les besoins requis pour le développement des infrastructures sur le Continent ?

Ils sont de l'ordre de 160 à 180 milliards de dollars par an. La moitié environ est financée, mais il existe un «gap» de financement qui représente encore entre 60 et 100 milliards de dollars par an, pour atteindre les Objectifs de développement durable définis par les Nations unies. Le défi est d'attirer davantage le secteur privé pour financer ces infrastructures, en partenariat avec les Etats. C'est le cas des ports ou des aéroports notamment qui bénéficient de recettes en devises, tout en répondant à des missions de service public.

Quelles sont les priorités d'investissements de la BAD ?

Une de nos cinq grandes priorités, les «High 5», est l'intégration régionale. Sur les 54 pays africains membres de la BAD, 16 sont enclavés. Il faut leur permettre de se connecter à l'économie régionale et globale en finançant des corridors. Cela commence par exemple par le financement d'une infrastructure portuaire comme Walvis Bay en Namibie, que nous avons financée à hauteur de 300 millions de dollars. Le terminal est un point d'entrée pour un certain nombre de pays enclavés, dont le Zimbabwe ou le Botswana.

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Nous avons également participé à hauteur de 300 millions de dollars0 au financement du projet de corridor de Nacala, une voie ferrée qui connecte l'ouest du Mozambique au port de Nacala en traversant le Malawi.

Quels sont les efforts produits par la BAD dans le secteur des énergies ?

Nous investissons essentiellement dans les énergies renouvelables qui représentaient 95% de notre volume de prêts pour des projets de génération, au cours de la période 2016-2018. C'est une priorité qui présente un double avantage : d'une part, en matière climatique, mais aussi parce que certaines technologies renouvelables peuvent être appliquées à petite échelle. Par exemple, la fourniture d'énergie solaire décentralisée possède un énorme potentiel pour répondre aux besoins des communautés, tout en répondant aux contraintes d'un environnement aux ressources de plus en plus rares.

Au niveau des principaux investissements réalisés dans le solaire, je citerais notre participation au financement du complexe solaire NOOR Ouarzazate au Maroc d'une capacité totale de 580 MW, à hauteur de 190 millions de dollars. Il s'agit du plus grand site de production solaire multi-technologique au monde. Nous soutenons également le programme solaire Yeleen au Burkina Faso. La première phase de ce programme, approuvée par le conseil d'administration de la BAD fin 2018, concerne le déploiement de mini-réseaux alimentés en énergie solaire, ainsi que des systèmes solaires domestiques en milieu rural. La seconde phase, actuellement en cours d'instruction, comprend notamment l'installation de 4 centrales solaires photovoltaïques d'une capacité totale d'environ 53 MW.

Où en sont vos projets de développement d'agropoles sur le continent ?

L'Afrique est un important producteur de matières premières, mais ne transforme qu'une petite partie de ce qu'elle produit. Une des grandes priorités de la BAD est d'augmenter la valeur ajoutée locale et de soutenir la création d'emplois pour ralentir l'exode rural. Nous proposons une politique d'accompagnement sur la création de zones de transformation agricole dans plusieurs pays d'Afrique : l'Ethiopie, le Togo, la Côte d'Ivoire, la Guinée Conakry et Madagascar.

Il nous faut développer des chaînes de valeur qui permettraient une insertion des petits paysans dans l'économie moderne, ainsi qu'une augmentation de leur productivité et donc de leurs revenus. Les entreprises agroindustrielles viennent ainsi en appui aux producteurs locaux et les aident à optimiser l'exploitation de leurs terres.

Quel regard portez-vous sur les partenariats publics-privés (PPP) qui se multiplient sur le Continent et dont les conditions sont de plus en plus régulièrement remises en question ?

L'autoroute Dakar-Diamniadio au Sénégal est un exemple récent de PPP auquel nous avons participé et c'est une réussite. Nous participons également au financement de la route qui relie Kampala à Jinja en Ouganda.

Certains pays qui veulent développer de grands travaux sans en avoir les moyens lancent des PPP et c'est là où est le danger. Si cela ne s'inscrit pas dans un cadre macroéconomique très strict, on risque d'avoir des problèmes. Ces pays se retrouvent ainsi dans des situations d'endettement tel qu'ils ne sont plus en mesure de rembourser. Plusieurs pays africains se retrouvent dans cette situation, mais il faut éviter de faire le lien systématique entre PPP et endettement excessif. Le PPP reste un outil important, pourvu qu'il fasse l'objet de contrôles rigoureux et que les ressources budgétaires nécessaires pour la réalisation de ces partenariats soient mises en place.

Il existe toute une série de conditions qui ne sont pas toujours réunies par des Etats qui veulent faire beaucoup en peu de temps, sans avoir les moyens nécessaires. Il faut rester vigilant sur la sélection du partenaire privé qui fait parfois défaut. L'Etat doit également avoir une capacité de suivi des contrats sur 10 ou 15 ans.

De quelle manière appréhendez-vous le développement des investissements chinois sur le Continent ?

Il faut faire la part des choses. Premièrement, les investissements chinois en Afrique ont eu un impact remarquable. Les Chinois ont développé des infrastructures pour lesquelles les bailleurs de fonds traditionnels se montraient réticents. Ils ont permis une véritable accélération. C'est un développement positif. Il faut néanmoins encourager les partenaires chinois à s'impliquer davantage en termes de transparence, de gouvernance ainsi qu'au niveau des dimensions sociales et environnementales.

L'Afrique doit discuter de façon plus stratégique du mode de fonctionnement, de financement et de politiques à mettre en œuvre pour atteindre les ODD de l'ONU. Il faut encourager la Chine à s'investir davantage comme un partenaire de développement.

Dans quelle mesure la BAD participe-t-elle à l'industrialisation de l'Afrique ?

Nous mettons l'accent sur la valeur ajoutée locale. Par exemple en Côte d'Ivoire et au Ghana qui représentent les deux plus importants producteurs de cacao au monde, nous aidons à la transformation locale. Cela permet de créer de l'emploi et de générer davantage de revenus. En outre, la croissance des classes moyennes permet aujourd'hui de produire des biens destinés aux marchés africains et plus seulement à l'exportation.

L'un des défis pour les investisseurs reste la taille critique du marché, trop exiguë pour la majorité des pays africains. Néanmoins, la zone de libre-échange continentale africaine devrait graduellement ouvrir ces 54 pays à un vaste marché unique.

Nous aidons également les investisseurs africains à s'engager dans d'autres pays du Continent, ce qui contribuera à la création de chaînes de valeur et à une plus grande concurrence, en attirant des acteurs extérieurs à l'écosystème local.

... comme en témoigne votre soutien à le groupe Banque populaire au Maroc ?

Nous avons en effet financé à hauteur de 100 millions de dollars le GBP dans quatre de ses filiales ouest-africaines, car les banques et les sociétés de télécommunications sont souvent les premiers acteurs en matière d'investissement intra-africain.

Nous participons également au financement du réseau de fibre optique en République centrafricaine à hauteur de 44 millions de dollars et nous finançons le réseau transsaharien qui devrait relier le Niger et le Tchad au Nigeria et à l'Algérie.

Que recouvre le Programme External Investment Plan (EIP)?

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C'est un nouveau volet de notre partenariat avec l'UE que nous mettons en œuvre actuellement et qui permettra aux investisseurs dans des contextes plus risqués de bénéficier de garanties. L'Afrique reste une terre d'investissements et d'opportunités et la priorité de la BAD est d'attirer de nouveaux investisseurs privés pour accompagner la croissance sur le Continent.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

DNES à Bruxelles, Marie-France Réveillard

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