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Frédéric Oudéa : «Je prévois dix années de belle croissance en Afrique pour la Société Générale»

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 16 juillet 2019 à 05:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:31

Frédéric Oudéa, directeur général de la Société Générale.

Frédéric Oudéa, directeur général de la Société Générale.

SocGen

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Reconduit en mai à la direction générale de la Société Générale pour quatre ans, Frédéric Oudéa -qui cumule 24 ans au sein de ce pilier de l’industrie bancaire française- est très optimiste quant à l’avenir de la banque en Afrique. Dans cet entretien, Oudéa -nouveau président de la Fédération bancaire française- aborde les récentes orientations stratégiques du groupe sur le Continent, se confie sur ses ambitions, tout en se prononçant sur l’offensive des entreprises françaises à travers le Continent dont la Société Générale accompagne plusieurs.

La Tribune Afrique - En France, un récent sondage révèle la Société générale comme banque préférée des entreprises. Avez-vous une idée ce que pensent les entreprises africaines ?

Frédéric Oudéa : Je crois qu'on est aussi extrêmement bien positionné avec nos clients-entreprises en Afrique. Nous faisons des mesures régulières de la satisfaction de nos clients et nous figurons très systématiquement parmi les meilleures. C'est un objectif de la banque d'être capable d'apporter le service à valeur ajoutée partout dans le monde y compris en Afrique. De ce point de vue aussi, nous sommes bien positionnés.

SocGen vient de lancer en Côte d'Ivoire sa banque privée. Quel est l'objectif de ce projet ? Le groupe a-t-il d'autres projets de banque privée ailleurs sur le Continent ?

En Afrique, le principe de la Société générale est de déployer un modèle de banque diversifiée et nous essayons de couvrir toute sorte de clientèle : accompagner les Etats dans les émissions souveraines, financer de grands projets d'infrastructures, accompagner les PME, accompagner les clients particuliers bancarisés, accompagner les personnes bancarisées présentant des besoins en banque privée -l'épargne- en raison de leurs activités d'entrepreneuriat, mais aussi travailler sur l'inclusion financière. Nous avons à titre d'exemple déployé un portefeuille électronique baptisé «Yup» dans six pays en Afrique à présent. Nous balayons donc large. Le spectre de nos clients est large et nous essayons ainsi d'accompagner les économies dans leur entièreté vers le développement économique.

Donc, oui, la banque privée fait partie de cette palette. Ce que nous faisons, c'est que nous testons toujours les modèles, la banque privée sera proche des entreprises et des entrepreneurs comme on le fait d'ailleurs en France ou ailleurs en Russie, en République tchèque. Et j'ai bon espoir effectivement de pouvoir continuer à déployer ce type de dispositif ailleurs qu'en Côte d'Ivoire.

Dans le contexte actuel de l'Afrique, quels sont les défis inhérents au développement des banques ?

Avant tout, il me faut tout de même souligner qu'aujourd'hui, l'environnement est bon dans les marchés où nous sommes présents. Il y a de la croissance, pour parler des pays comme la Côte d'Ivoire, le Sénégal ... où la croissance est forte depuis plusieurs années. Deuxièmement, les marchés bancaires africains qui sont généralement en phase de développement, l'inclusion financière est encore faible -tout le monde n'a pas un compte bancaire-, ce qui représente une donne favorable au développement des banques. Ensuite, il peut y avoir également des situations politiques d'incertitude qui fragilisent temporairement les pays et leurs économies. Nous en avons connu dans le passé , nous savons que nous en connaîtrons dans le futur. Cependant, pour un groupe comme le nôtre, la diversification de notre présence -dans 19 pays- fait que les difficultés d'un pays n'affectent pas le dispositif de l'ensemble de la banque.

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Par ailleurs, le développement des banques en Afrique revêt des enjeux identiques à ceux que nous avons dans les pays développés, c'est-à-dire le digital, l'innovation. Dans ce domaine d'ailleurs, l'Afrique se développe sous une forme parfois différente, mais très rapide et l'utilisation du mobile est au cœur du développement des services financiers. Sans parler des enjeux de conformité qui sont très importants pour une banque comme la Société Générale, laquelle entend être exemplaire dans ce domaine partout dans le monde. Et je pense que c'est à la fois un avantage compétitif dans la durée, qui fait notre réputation.

Chez SocGen, l'accord récemment noué avec le groupe bancaire sud-africain Absa vous confère un certain avantage...

En effet, nous avons signé un accord avec la banque sud-africaine Absa. Nous entendons développer en commun des offres à destination notamment des entreprises. Ensemble, nous allons couvrir 29 pays, c'est un couverture inégalée, inégalable du continent africain. La beauté de ce partenariat est cette complémentarité géographique.

Vous avez fait le choix en septembre 2018 d'installer à Casablanca, Société Générale African Business Services (SG ABS), votre entité dédiée à la fourniture de services d'organisation et systèmes d'information à ses différentes filiales africaines. Qu'est-ce qui a motivé le choix de la capitale économique marocaine ?

L'Afrique connaît une transformation digitale sans précédent et les nouvelles façons d'interagir avec la banque évoluent plus vite qu'ailleurs. Il nous fallait donc accompagner ces évolutions et proposer des solutions innovantes, co-construites avec nos clients et respectant un time to market bien plus réduit.

La décision d'installer SG ABS au Maroc est liée à un ensemble de facteurs et de conditions favorables. D'abord la stabilité politique du pays et la profondeur de son marché de l'emploi, mais aussi la préexistence de compétences Société Générale en matière d'Infrastructure et Production, et Proximité avec les centres de compétences de nos principaux partenaires : Sopra Banking, HPS,.... Le Maroc présente également d'autres avantages, notamment en terme de facilité d'accès depuis les différents pays africains et en termes de facilité d'installation, avec le statut Casa Financial City, en plus d'une politique gouvernementale de soutien au secteur du numérique.

2020 approche à grands pas et plusieurs grands groupes amorceront une nouvelle étape stratégique. Quelles sont les ambitions de SocGen sur la prochaine décennie en Afrique ?

La Société Générale est présente en Afrique depuis très longtemps, plus de 100 ans au Maroc, plus de 50 ans en Côte d'Ivoire et au Cameroun... La Société Générale est aujourd'hui l'une des deux grandes banques internationales présentes sur le Continent, à un moment où les banques internationales avec une présence marginale se retirent. La première chose que je voudrais dire est la suivante : l'ancrage en Afrique, la volonté, l'ambition de développement en Afrique sont au cœur de la stratégie de la Société Générale. L'enjeu de développement économique et la contribution pouvant être la nôtre me paraît un atout absolument décisif pour nous, Société générale, mais aussi pour les économies de la région, parce que nous sommes une des banques capables de relier l'Afrique au reste du monde et permettre -en apportant notre expertise- le développement durable du Continent. Nous aurons donc des ambitions de croissance fortes en Afrique au cours de la prochaine décennie.

Avant même d'attendre 2020, nous avons d'ores et déjà lancé une nouvelle initiative que nous appelons « Growth with Africa » -grandir avec l'Afrique-, avec vraiment quatre autour du financement des infrastructures, du financement des PME et des ambitions très fortes d'augmentation de nos encours de crédits aux PME et avec la création de maisons des PME qui rassemblent les expertises qui vont accompagner les entreprises africaines dans leur développement, troisièmement le secteur de l'agriculture pour soutenir son intégration et sécuriser ses paiements, Le secteur étant encore un secteur très important dans beaucoup d'économies africaines. Et enfin comme je le disais, l'inclusion financière à travers le déploiement de ce portefeuille électronique « Yup » qui permettra non seulement à des citoyens africains qui n'auraient pas accès à un compte bancaire de pouvoir faire des paiements, de déposer et retirer de l'argent de manière sûre, et plus généralement aussi à des entrepreneurs de se lancer dans des business en bénéficiant d'une sécurisation des paiements. On sait bien que la gestion du cash en Afrique est un jeu de sécurité,... Ce n'est pas si simple. Je pense donc que ce type d'outils simples à utiliser sont une voie d'avenir. On va donc prolonger le développement, nous n'excluons pas le développement dans de nouveaux pays. Nous avons ouvert récemment un bureau de représentation au Kenya, nous avons fait, il n'y a pas si longtemps que cela une acquisition au Mozambique, cela fait partie des cartes possibles. En plus de l'accord avec Absa, je prévois, en tout cas, dix années de belle croissance en Afrique pour la Société générale.

Quel regard portez-vous sur la stratégie déployée récemment par le secteur privé français pour maintenir les assises de ses entreprises en Afrique ?

Permettez-moi d'abord de dire que nous sommes au service de tous nos clients. Les entreprises françaises ne sont pas les seules à regarder l'Afrique, en raison de la forte démographie du Continent à l'horizon 2050. Cela suscite l'intérêt de nombreuses entreprises à travers le monde, mais aussi de la part des gouvernements, des agences de développement nationales ou multilatérales. Parce que tout le monde voit bien l'enjeu de ce développement économique encré dans les territoires africains, sinon il y aura un sujet d'immigration qui pourrait être très difficile à gérer, notamment pour les pays européens. Il y aura donc de plus en plus d'argent déversé dans les économies africaines, afin d'accélérer leurs transitions vers une croissance durable.

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En ce qui concerne les entreprises françaises, certaines d'entre elles que nous accompagnons sont historiquement très bien implantées sur le Continent. Mais, il y a toujours un intérêt fort, que ce soit en Afrique francophone, mais aussi au-delà. Il y a de nouveaux pays qui évoluent et qui suscitent l'intérêt comme l'Angola ; le Mozambique qui peut avoir des perspectives de développement très importantes ; l'Egypte a aussi des enjeux énergétiques ; le Sénégal,... Quand les économies croissent de 7%, 8%, il y a besoin des infrastructures. Cette démographie et cette création de villes constituent des domaines dans lesquels les entreprises françaises ont des savoir-faire. On a naturellement des perspectives et nous sommes le partenaire privilégié de ces entreprises françaises. Je me souviens avoir discuté avec le chef d'une entreprise de taille intermédiaire en France qui vend des ponts métalliques partout en Afrique. Donc, les territoires sont multiples : bien de consommations, énergie, pharmacie,... pour les entreprises françaises ayant des ambitions de conquête en Afrique.

Propos recueillis par Ristel Tchounand fin juin à Marrakech, soit avant la nomination de Frédéric Oudéa en qualité de président de la Fédération Bancaire Française (FBF).

Ristel Tchounand

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