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Moubarack Lo : « Le Royaume du Maroc peut créer l'émulation parmi les pays africains »

Maimouna Dia

Publié le 25 juillet 2019 à 14:43 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:30

Moubarack Lo, économiste et directeur général du Bureau de prospective économique (BPE) du Sénégal.

Moubarack Lo, économiste et directeur général du Bureau de prospective économique (BPE) du Sénégal.

DR.

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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En dépit de nombreux défis, le Maroc peut toujours s'appuyer sur un ensemble de constances afin de compter parmi les leaders africains de la marche vers l'émergence d'une Afrique en quête de modèle, de leadership économique. Moubarack Lo, économiste et directeur général du Bureau de prospective économique (BPE) du Sénégal, nous décortique les soubassements de ce modèle économique et son encrage africain.

La tribune Afrique : Vue de l'extérieur, quelle a été l'évolution du modèle économique marocain au cours de ces deux dernières décennies ?

Moubarak Lo : Dès son accession au trône, Sa Majesté le roi Mohammed VI a voulu intégrer davantage le Maroc à l'économie mondiale. Le Royaume a de ce fait mis en place une nouvelle stratégie axée sur la promotion des métiers mondiaux du Maroc, alors que beaucoup de pays en développement notamment d'Afrique se contentaient de l'exploitation de leurs ressources naturelles exportées à l'état brut.

A partir d'une analyse comparative de la situation internationale, le Maroc s'est positionné sur quelques produits novateurs comme l'automobile ou l'aéronautique. C'est une approche nouvelle. Il est l'un des premiers pays africains à se positionner sur ce domaine. Car en dehors du Maroc, de l'Afrique du Sud et de la Tunisie, aucun autre pays africain ne s'est positionné, jusqu'à récemment, sur ce créneau de fabrication de pièces aéronautiques. Ce type d'activités exige des normes très élevées en termes de fiabilité des produits et généralement ce sont des économies sophistiquées qui se positionnent sur ce genre de produits. L'entrée dans ce segment fermé a supposé la mise en place de tout un écosystème autour des industries, en termes de rapidité de procédures de dédouanement, de capital humain, d'infrastructures et de possibilités de financement. Tout cela a été développé notamment autour de du port de Tanger Med avec la mise en place de Tanger Free Zone. Il y a également le développement d'un deuxième pôle autour de Kénitra. Tout en procédant à ces innovations, le Maroc a essayé de consolider ses secteurs traditionnels comme celui du textile-habillement.

Le Maroc a toujours été actif dans le domaine de la confection même s'il ne fait pas partie des pays producteurs de coton et couvre une bonne partie de sa demande intérieure en habits. Il se distingue également par le développement d'une importante capacité de transformation dans le domaine agroalimentaire. Le Royaume se singularise par d'autres points forts traditionnels comme sa production de phosphate dont il est le premier exportateur mondial.

Pour ce qui est du phosphate, le Maroc a considérablement amélioré sa production et la valeur de ses exportations au cours de ces dernières années. Comment s'est opérée cette transformation ?

Le Maroc a diversifié sa production de produits dérivés du phosphate et a amélioré ses procédés et ses méthodes. Si l'on prend le cas d'une entreprise comme l'OCP, elle intervient beaucoup en Afrique auprès des producteurs avec des services ciblés notamment en analyse des sols et d'adaptation de ses engrais aux besoins spécifiques des paysans. C'est une complexification continue de ses méthodes d'intervention.

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Quels sont les points forts sur lesquels le Maroc peut toujours s'appuyer pour maintenir et accélérer son rythme de développement économique ?

Les points forts du Maroc sont d'abord sa position géographique. Il bénéficie d'une position privilégiée à la porte de l'Europe et à l'extrême nord du Continent africain, un carrefour de plusieurs flux d'échanges mondiaux. C'est une voie naturelle de passage d'un continent à un autre. En quittant le pacifique en direction de l'Atlantique, les flux des échanges mondiaux empruntent le canal de Suez avant de passer par Tanger afin d'emprunter l'Atlantique en direction de l'Amérique du Nord, du sud ou encore de l'Europe. Une position stratégique faisant l'une des spécificités du Maroc, à laquelle s'ajoute sa stabilité politique. Le fait que le Maroc soit un Royaume est un gage d'assurance pour les investisseurs qui sont conscients que les orientations économiques sont établies sur le long terme. L'autre point fort du Maroc est le développement de tout un réseau d'infrastructures.

Le Maroc a investi et développé au cours des deux dernières décennies tout un réseau d'infrastructures parmi les plus denses d'Afrique. Est-ce un passage obligatoire pour atteindre l'émergence économique ?

Les infrastructures sont la base du développement de la connectivité. Sans connectivité, il est difficile d'intégrer les flux mondiaux. Aujourd'hui les entreprises au niveau mondial gèrent des stratégies mondiales. Pour être considérés dans ces stratégies mondiales, les pays doivent être capables de délivrer des produits de qualité dans des délais précis, d'où l'intérêt de disposer d'infrastructures adaptées. Au cas contraire, malgré les opportunités offertes, les investisseurs ne viendront pas. La vitesse est devenue incontournable au niveau mondial pour être attractif, et à celle-ci il faut ajouter la précision et la qualité.

Le Maroc figure depuis quelques années en bonne place dans les classements mondiaux en comparaison aux autres pays du Continent. Dans quels domaines peut-il inspirer d'autres économies africaines ?

L'Afrique a besoin de modèles continentaux. Lorsque l'on demande aux Africains de s'inspirer de modèles asiatiques ou d'ailleurs, ils rétorquent souvent par : «Et nos réalités ?». C'est la raison pour laquelle, il est important d'avoir des pays du Continent qui réussissent et dont les réalités socioculturelles sont relativement proches. Les pays africains ont plus de points communs avec le Maroc qu'avec la Chine ou la Corée. En même temps, c'est une stimulation pour les autres. Nous avons un ensemble africain où si certains pays progressent, d'autres vont vouloir suivre le rythme et aspirer au même niveau de développement. C'est ce double rôle que le Maroc peut jouer, à la fois un rôle d'ancrage en termes de modèle à suivre, et d'émulation pour d'autres pays du Continent.

S'agissant de ce partage d'expériences, comment pourrait-il être mieux organisé et optimisé entre le Maroc et les autres pays d'Afrique ?

Les gouvernements signent toujours des partenariats, mais à terme cela devrait être un partenariat naturel dont le moteur serait le secteur privé. Maintenant, les gouvernements peuvent développer les cadres institutionnels, juridiques, les infrastructures, mais également les systèmes d'information qui permettent de meilleurs échanges. Une fois ces éléments mis en place par les Etats africains, c'est au tour du secteur privé de jouer son rôle, de prendre le relais. Car l'horizon est dégagé et il y a beaucoup d'opportunités de partenariats, notamment dans le domaine de la transformation locale des matières premières brutes.

Aujourd'hui, le grand défi de l'Afrique est notamment celui de la transformation des produits agricoles et des ressources pétrolières et minières pour créer plus de valeurs ajoutées. L'Afrique est de plus en plus consciente de cette nécessité d'investir dans la transformation et de nombreux pays ont mis en place des stratégies pour développer le secteur de la transformation. Le Maroc a fait d'importants progrès dans tout ce qui est transformation de la production agricole. D'autres pays africains sont également très avancés dans ce domaine. C'est le cas notamment de la Côte d'Ivoire qui a un ambitieux plan de développement industriel pour le cacao ou encore l'anacarde. Le Sénégal a adopté une politique similaire notamment dans le domaine de l'arachide. Il faut partager les expériences, capitaliser sur ces acquis et continuer sur cette stratégie offensive de promotion de la transformation. Le jour où l'Afrique parviendra à relever le défi de la transformation, ses pays pourraient figurer parmi les pays émergés.

Selon vous, quels « pièges » économiques le Maroc et la plupart des pays africains devraient-ils éviter dans leur quête de l'émergence ?

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D'après notre indice, l'Indice synthétique d'émergence économique ou l'ISEME, qui prend en compte un certain nombre de variables, le Maroc et l'Afrique du Sud comptent parmi les pays émergents. Pour le Maroc, il suffit de maintenir sa trajectoire tout en prenant en compte le fait que chaque niveau économique a ses exigences. Chaque pays, selon son état de développement, possède des défis spécifiques à relever. Le Maroc devrait peser toute la portée de sa situation et développer en conséquence une stratégie adaptée. En particulier, il lui faut réussir le pari du développement technologique, tout en développant des capacités fortes de création d'emplois.

Propos recueillis par Maimouna Dia

Maimouna Dia

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