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Think-Tank - La Tribune AfriqueEntretiens - La Tribune Afrique

Human AI démocratise l’intelligence artificielle sur le continent africain

Marie-France Réveillard

Publié le 19 septembre 2023 à 07:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:41

Jérôme Ribeiro est président co-fondateur de Human AI - Ecosystème MIA (Maison de l'Intelligence Artificielle en Afrique) et vice-président de l'Institut Afriqu'IA.

Jérôme Ribeiro est président co-fondateur de Human AI - Ecosystème MIA (Maison de l'Intelligence Artificielle en Afrique) et vice-président de l'Institut Afriqu'IA.

DR.

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[ENTRETIEN] Jérôme Ribeiro, à la tête de l'entreprise Human AI, vulgarise l'intelligence artificielle en Afrique. Après l'ouverture d'une première Maison de l'intelligence artificielle au Maroc en 2022, l'Avignonnais accompagne de nouveaux pays africains sur les segments de la formation et de la souveraineté des data, en s'appuyant sur l'intelligence artificielle.

LA TRIBUNE AFRIQUE - De quelle façon l'ancien rugbyman que vous avez été est-il devenu l'un des experts français en intelligence artificielle (IA) ?

Jérôme Ribeiro : Il y a quelques années, Marco Landi, l'ancien président-monde d'Apple, m'a invité à rejoindre les rangs de l'Institut EuropIA. En qualité de vice-président, je me suis alors consacré à la vulgarisation de l'IA à travers des conférences, des colloques et des ateliers, dans une perspective éthique, inclusive et responsable (...)

Je suis manager télécoms et systèmes d'Information, de formation. J'ai commencé ma carrière chez un opérateur, avant de m'orienter vers des activités de conseil en développement et en stratégie. Aujourd'hui, je suis engagé dans la transition énergétique et l'IA via la société Opale, et en tant que président du collège BTP & économie circulaire de l'Organisation pour le climat et l'économie circulaire (OCCE, NDLR).

Je suis également ambassadeur pour l'Afrique du World Artificial Intelligence Cannes Festival (WAICF, NDLR) et vice-président d'honneur, en charge des questions sur l'IA au Cluster Digital Africa (CDA), une plateforme d'intelligence collective. Enfin, j'ai été vice-président de l'Institut EuropIA et je suis désormais, le vice-président d'Afriqu'IA (déclinaison africaine dédiée à l'intelligence artificielle, NDLR). C'est dans ce cadre que j'ai co-fondé Human AI - Ecosystème MIA, pour développer des Maisons de l'IA en Afrique.

Jérôme Ribeiro président  Human AI
Photo d'illustration (Crédits : DR.)

Que recouvrent précisément les Maisons de l'intelligence artificielle (MIA) ?

La première Maison de l'IA est née en mars 2020, à l'initiative de l'Institut EuropIA, à Sophia-Antipolis. Ce projet s'inscrit dans le cadre du SMART Deal initié par le département des Alpes-Maritimes, la Communauté d'Agglomération de Sophia Antipolis, l'Université Côte d'Azur et la Chambre de Commerce et d'Industrie Nice Côte d'Azur. Cette Maison de l'IA est un espace de 700 m2 consacré à l'échange et à l'innovation, favorisant les synergies entre les acteurs publics et privés. Ouverte aux établissements scolaires, aux entreprises et au grand public, elle dispose d'un matériel dernier cri. Cette initiative permet notamment de promouvoir les innovations du territoire auprès des investisseurs (...)

En 2022, nous avons ouvert une Maison de l'IA au Maroc, à Oujda, rattachée à l'Université Mohammed Ier. Nous voulons acculturer les populations africaines qui le désirent à l'IA, en leur proposant des formations et des ateliers de sensibilisation. À travers les instituts EuropIA et Afriqu'IA, nous voulons mettre « l'humain » au centre de l'IA et nous pensons que cet apprentissage doit se faire dès le plus jeune âge. C'est la raison pour laquelle, nous nous proposons des formations numériques dès l'âge de 3 ans.

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Pourquoi avoir choisi de créer la première Maison de l'intelligence artificielle dans le royaume chérifien ?

Cette décision est née d'une rencontre avec Saïda Belouali, professeur d'Éthique appliquée à l'IA, avec qui nous partageons les mêmes valeurs. De plus, le Maroc est reconnu pour l'excellence de ses formations. Nous avons reçu le soutien des autorités locales qui ont vite compris les enjeux liés à l'IA, mais aussi celui de professeurs émérites tels que Yassine Zarhloule (président de l'Université UMP, NDLR) ou Toumi Bouchentouf. Actuellement, nous regardons avec une grande attention ce qu'il se passe en Afrique de l'Ouest. Nous venons de signer des partenariats avec le Bénin et avec le Togo et nous sommes en discussion avec plusieurs pays africains.

Quelles applications liées à l'IA sont actuellement développées au Maroc par Human AI ?

Le Maroc est frappé par des sécheresses chroniques qui impactent les cultures. Nous proposons une solution via le projet « Smart Water Campus » qui permet de réaliser près de 80 % d'économie en eau, pour l'arrosage des cultures et des plantes, grâce à la gestion intelligente des ressources conventionnelles en eau (eaux souterraines, pluies, eaux potables du réseau, NDLR) et non conventionnelles (eaux usées, NDLR).

Quelles sont les formations proposées par Human IA et à quels tarifs ?

Les tarifs varient en fonction des formations : de 750 euros pour un diplôme certifiant à 5 000 euros pour les diplômes d'ingénieurs, les masters ou les doctorats. Nous proposons 300 formations aux métiers du numérique et des services. Notre écosystème Maison de l'IA comprend toute une gamme d'offres : une plateforme d'information, une marketplace, des formations certifiantes et qualifiantes en IA pour les enseignants et pour les étudiants, en présentiel ou en ligne : cybersécurité, IA, souveraineté numérique, etc.
Nous disposons aussi d'une plateforme de recrutement reposant sur le matching des valeurs et des compétences (...) Human AI reverse 10 % de sa marge à l'écosystème local (3 % sont destinés à des bourses d'excellence, 3 % sont investis dans le développement des territoires et 4 % sont consacrés aux Maisons de l'IA, NDLR) pour soutenir les écosystèmes locaux.

Sur quoi repose la philosophie japonaise ikigai dont s'inspirent vos initiatives en IA ?

L'ikigai est un concept japonais qui vise à trouver un équilibre entre passion, vocation et profession pour mener une vie pleine de sens et de satisfaction. Nous voulons développer les soft skills pour révéler les talents. C'est dans cette optique que j'ai conçu le Genius Game qui, grâce à une méthode ludique et à travers des tests psychotechniques et psychométriques, facilite l'épanouissement professionnel en révélant les compétences et les motivations de chacun. À ce jour, en Afrique, près de 80 % des bacheliers ne savent pas vers quelle formation s'orienter...

Quel est l'ordre de mission des Ambassadeurs de Human AI ?

Depuis mai 2023, nous structurons un écosystème d'Ambassadeurs de Human AI qui rassemble des profils hétéroclites : directeurs d'entreprises, représentants d'organisations multilatérales comme la Banque mondiale, hommes politiques ou universitaires. Plus de 7 000 Africains et Européens sont déjà impliqués dans cette initiative. Ils suivent une courte formation gratuite liée aux enjeux de l'IA et à l'éthique appliquée à l'IA, sanctionnée par un certificat. Ces référents participent à vulgariser l'IA à l'international dans leurs écosystèmes. Nous comptons aussi former des formateurs aux métiers du numérique, de la data et de l'IA et particulièrement des femmes. Nous lançons actuellement « la tournée Human AI » en collaboration avec l'AYO (African Youth Organisation, NDLR) dans cinq pays d'Afrique de l'Ouest : le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Togo et le Bénin.

Le 29 mars dernier, des centaines d'experts signaient une pétition sur Futureonline.com, pour demander un moratoire de 6 mois, sur la recherche des IA supérieures aux capacités de ChatGPT4, en raison « de risques majeurs pour l'humanité », le temps d'établir une réglementation adaptée. Comment évolue la législation africaine ?

Nous accompagnons des gouvernements européens et africains en matière d'encadrement. En Afrique comme ailleurs, la technologie avance plus vite que la loi. En Europe, malgré des avancées significatives comme la mise en place en 2016, du Règlement général sur la protection des données (RGPD), la législation n'est pas encore en mesure de répondre aux enjeux de la protection des data. Quand Google ou Facebook sont sanctionnés à hauteur d'un ou deux millions de dollars d'amende alors qu'ils génèrent plus de 100 millions de bénéfices, les sanctions semblent complètement inadaptées.

Peut-on imaginer à court terme, la naissance d'une IA générative de type Chat GPT4 made in Africa ?

Pourquoi pas ? J'y crois en tous les cas ! Il faut avant tout que les Africains disposent de leurs propres bases de données, fiables et vérifiées, pour atteindre une forme de souveraineté numérique et pour répondre aux enjeux du continent. Nous prônons une approche éthique de l'IA (...) ChatGPT4 a enregistré une croissance record dès sa sortie, avec 100 millions de visites en deux mois, alors qu'il a fallu 4 ans à Facebook pour atteindre ce chiffre, selon une étude d'UBS. En mars dernier, Chat GPT4 était valorisé à 29 milliards de dollars ! Le marché de l'IA générative est considérable et l'Afrique, où l'âge médian est de 18 ans selon les Nations unies, regorge de talents qui sont source d'innovations. En 2022, 15 % de la richesse mondiale était liée à l'IA selon le cabinet McKinsey. La contribution de l'IA dans la création de richesse devrait atteindre 25 % en 2025. L'Afrique doit se positionner et elle en a les capacités !

L'argent restant le « nerf de la guerre » pour soutenir l'innovation, vous avez créé un fonds d'investissement à cet effet. Quelles en sont les spécificités ?

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L'argent est le « nerf de la paix » pour Human AI ! Ce qui fait souvent défaut, ce n'est pas tant le financement, que le lien de confiance ou la viabilité des projets. C'est pourquoi nous avons lancé Human AI Capital dont l'objectif principal, repose sur la formation des entrepreneurs afin qu'ils soient en mesure de présenter leurs initiatives aux investisseurs, le plus efficacement possible. Nous leur proposons des formations payantes en entrepreneuriat, en étude de marché, en création de modèles économiques et en élaboration de plans d'affaires. De plus, nous disposons d'un réseau de mentors prêts à accompagner les porteurs de projets à travers toute l'Afrique. Ensemble, nous pouvons transformer nos idées en réalités.

Marie-France Réveillard

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