ENTRETIEN - Le gouvernement sénégalais a récemment fait un pas en avant vers la renégociation des contrats stratégiques noués par l’Etat avec la mise en place d’un comité dédié. Quelles pistes pratiques ? Quels axes prioritaires ? Quel regard sur la donne environnementale ? Dans cet entretien avec La Tribune Afrique, Dr Mor Gassama, économiste et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, livre son analyse.Du français TotalEnergies à l'australien Woodside Energy, sans oublier le britannique BP ou l'américain Kosmos Energy entre autres, les compagnies pétrolières et gazières actives au Sénégal sont dans le suspens. Après la sortie de juillet du président Bassirou Diomaye Faye confirmant la volonté de l'Etat de renégocier ses contrats stratégiques notamment liés aux hydrocarbures, une commission créée - il y a une dizaine de jours - par le Premier ministre Ousmane Sonko, travaille activement à tracer les contours de cette renégociation.
LA TRIBUNE AFRIQUE - Comment cette avancée vers la renégociation des contrats stratégiques est-elle accueillie au Sénégal ?
DR MOR GASSAMA - Effectivement, le comité a été préparé par le Premier ministre. Les Sénégalais ont également vu les images à la télévision. Les membres de ce comité sont des experts connus et qui ont de l'expérience. Cette orientation répond à une demande sociale, puisque les gens ont toujours pensé qu'avec le régime du Président Macky Sall, il y avait un peu d'opacité autour des contrats. Des informations sortaient parfois sur la place publique et ce régime était tout le temps sur la défensive. A cette époque, l'actuel Premier ministre ne cessait de dénoncer de nombreux contrats. Cela va donc de soi qu'aujourd'hui aux manettes du gouvernement, il trouve les spécialistes du domaine qui vont parcourir tous les contrats pour voir si ces derniers sont ou non dans l'intérêt du Sénégal.
D'ailleurs dans le même état d'esprit tout récemment, mais dans un autre domaine, le nouveau directeur de l'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER) a renégocié certains contrats. Cela a permis de faire passer le nombre de villages électrifiés de 1.500 à plus de 1.700. Et ça a globalement permis au pays d'économiser presque 14 milliards de francs Cfa. Cela démontre que le nouveau gouvernement a défini la voie à suivre.
En termes de contrats stratégiques, ceux liés aux hydrocarbures arrivent en tête. Le Sénégal est producteur de pétrole depuis juin et s'apprête à lancer l'exploitation du gaz. Et la majorité des compagnies investies dans ce domaine sont étrangères. Quelles pistes pratiques s'offrent au pays ?