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Promouvoir l'agroécologie scientifique n'a rien d'immoral

Groupe de travail sur les transitions agroécologiques, avec la contribution de Marc Dufumier, professeur émérite à AgroParisTech

Publié le 12 juillet 2019 à 17:03 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:31

Marc Dufumier, professeur émérite à AgroParisTech.

Marc Dufumier, professeur émérite à AgroParisTech.

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Le GTAE, Groupe de travail sur les transitions agroécologiques, composé de quatre ONG de solidarité internationale (AGRISUD, AVSF, CARI et GRET), propose dans cette tribune un droit de réponse à Bill Wirtz, analyste des politiques publiques pour le Consumer Choice Center, qui a publié le 7 juin dernier dans La Tribune Afrique un point de vue sous le titre : «Exporter l'agroécologie en Afrique est immoral».

Contrairement à ce qu'affirme Monsieur Bill Wirtz, promouvoir des pratiques agricoles relevant de l'agroécologie scientifique pour sortir l'Afrique de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire n'a rien d'«immoral» et de «criminel». A cet égard, le seul recours à de tels adjectifs et affirmations dont M. Wirtz n'est pas en mesure de fournir la limite de validité, jette le doute sur d'éventuelles intentions ou motivations cachées. Quelle signification donner par ailleurs à l'oblitération totale des nombreux travaux scientifiques d'analyse et évaluation sur la situation et les impasses de l'agriculture conventionnelle en Afrique et dans le monde, inapte à répondre aux défis présents et à venir et sommée désormais de changer de paradigme pour une nouvelle alliance avec la nature, une gestion durable des terres et des agrosystèmes ?

En matière de désinformation, l'amalgame est classique de laisser entendre que agriculture biologique et agroécologie seraient exactement la même chose, en passant sous silence ces millions d'agriculteurs dans le monde en Afrique qui ont déjà opté pour ces pratiques et refusent les impasses et dépendances liées aux technologiques basées sur l'appauvrissement de la génétique locale et la surutilisation des ressources fossiles.

Ces pratiques reposent en effet sur la gestion en circuit court des cycles du carbone, de l'azote et des éléments minéraux : couverture maximale des sols par la biomasse végétale pour leur protection et les besoins de la photosynthèse, utilisation des résidus de culture pour l'affouragement des animaux, recours aux déjections animales pour la fabrication de fumier et de composts destinés à la fertilisation des sols, remontée biologique des éléments minéraux issus de la désagrégation des roches mères ou de leur migration par lessivage vers les couches arables par le biais de l'agroforesterie et des champignons mycorhiziens, recours aux légumineuses pour la fabrication des protéines végétales et la fertilisation biologique des sols, etc.

Elles visent aussi à réguler les cycles de reproduction des pollinisateurs et autres insectes auxiliaires des cultures de façon à maintenir une grande biodiversité domestique et spontanée, tout en minorant les dégâts occasionnés par les éventuels insectes ravageurs et agents pathogènes. Elles ne doivent surtout pas être considérées comme extensives dans la mesure où elles font souvent un usage intensif des ressources naturelles renouvelables (l'énergie lumineuse, le carbone et l'azote de l'air, les eaux pluviales, etc.) et n'excluent donc pas l'obtention de rendements durablement élevés à l'hectare. Mais elles font par contre un usage très limité des ressources non renouvelables (énergie fossile, eaux souterraines, minerais de phosphate, etc.) et des intrants manufacturés les plus coûteux (engrais de synthèse, produits pesticides, antibiotiques, etc.).

S'il est vrai qu'aujourd'hui, le passage à l'agriculture biologique ou à l'agroécologie peut se traduire dans certains cas par une baisse des rendements bruts à l'hectare dans les pays où l'agriculture industrielle a déjà considérablement dégradé la fertilité de nos agroécosystèmes (baisse du taux d'humus, érosion des sols, surmortalité des abeilles, etc.), il n'en est pas du tout ainsi dans la plupart des régions africaines où l'emploi des engrais de synthèse et produits pesticides n'a pas encore occasionné de tels dégâts. Quiconque a observé les accroissements des rendements du sorgho et du mil sous les parcs arborés de Faidherbia albida en est parfaitement conscient. Et tous ceux qui ont côtoyé les paysans africains lourdement appauvris à l'issue de l'emploi de coûteux intrants chimiques dans des conditions climatiques aléatoires peuvent témoigner du fait que c'est bien l'exportation des méfaits de notre agriculture industrielle en Afrique qui parait immorale.

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S'inspirer de l'agroécologie scientifique n'exclut bien évidemment pas tout recours à la mécanisation des tâches agricoles, surtout quand elle contribue à alléger la pénibilité du travail. Mais le recours à des engins motorisés ne doit surtout pas avoir pour principal effet de remplacer les paysans par des machines et de renvoyer ces derniers au chômage dans les bidonvilles. Ce serait franchement criminel !

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En insistant sur le besoin d'avoir toujours recours aux OGM et aux pesticides, l'erreur de Bill Wirtz est d'oublier que le travail des paysans consiste en l'aménagement et la mise en valeur d'agroécosystèmes d'une très grande complexité. Mettre exclusivement l'accent sur le recours à la génétique et sur l'emploi de coûteux produits en «cide» contribue malheureusement presque toujours à simplifier (et donc à fragiliser) exagérément ces agroécosystèmes. C'est imposer ce modèle dans les pays en voie de développement qui est immoral et criminel !

Groupe de travail sur les transitions agroécologiques, avec la contribution de Marc Dufumier, professeur émérite à AgroParisTech

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