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Comment un Etat stratège peut pérenniser les investissements étrangers

Aboubaker Omar Hadi

Publié le 15 août 2019 à 05:30 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:41

Aboubaker Omar Hadi, président de l'autorité des ports et des zones franches de Djibouti

Aboubaker Omar Hadi, président de l'autorité des ports et des zones franches de Djibouti

DR.

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L'Etat stratège ne se substitue pas aux investisseurs privés, au contraire. Il intervient de manière ciblée pour offrir un climat des affaires attractif et un contexte porteur pour les opérateurs économiques. Le Maroc et Djibouti sont deux exemples d'Etats stratèges qui ont construit un cadre propice aux investissements étrangers.

La différence entre «actionnariat d'Etat» et «Etat stratège» est loin d'être une simple nuance sémantique. Pour ma part, je préfère utiliser cette dernière expression où il s'agit de concentrer l'investissement public sur certaines classes d'actifs stratégiques et souverains, qui sont de véritables accélérateurs de développement.

L'Etat stratège ne se substitue pas aux investisseurs privés, au contraire. Il intervient de manière ciblée pour offrir un climat des affaires attractif et un contexte porteur pour les opérateurs économiques. Un point fait ainsi consensus dans les nombreux débats sur les politiques de développement en Afrique : il est fondamental pour les Etats du Continent de combler leur retard en matière d'infrastructures. C'est un enjeu crucial, car ces dernières agissent comme un réseau d'irrigation pour l'économie. Sans elles, aucune croissance durable n'est possible. A terme, c'est le développement des petites et moyennes entreprises dont le Continent a tant besoin qui est en jeu -et donc l'inclusion sociale des populations.

Selon la Banque mondiale, notre Continent devrait dépenser la somme considérable de 93 milliards de dollars par an, rien que pour moderniser ses infrastructures. La plus grande partie de cet argent -87%- doit être consacrée à l'amélioration des services de base comme l'énergie, l'eau potable, l'assainissement et les transports. A ces besoins fondamentaux, doivent s'ajouter les investissements stratégiques d'avenir -dans le secteur du fret et de la logistique par exemple- pour diversifier nos économies et accélérer les échanges commerciaux à l'échelle du Continent.

Maroc et Djibouti : deux pays, un défi

L'Etat stratège se doit donc d'avoir un rôle d'investisseur, dans la mesure où les besoins de financement sont si importants sur le long terme. Mais ses prérogatives sont bien plus vastes : il doit aussi œuvrer à rendre l'économie plus attractive. Le Maroc est à ce titre un pays exemplaire ; non seulement sa position géographique, sa croissance économique aux alentours de 4% et son capital humain sont des atouts indiscutables, mais les réformes réalisées pour améliorer le climat des affaires en ont fait l'économie la plus attractive d'Afrique, selon l'Africa Investment Index.

Djibouti partage un certain nombre de points communs avec le Maroc. Nous nous trouvons à la croisée de trois continents : l'Europe, l'Asie et l'Afrique et certaines des routes commerciales les plus importantes du monde longent nos côtes. Pourtant, ces atouts ne seraient rien si l'État n'avait pas eu la capacité à attirer les investissements nécessaires au développement d'infrastructures modernes, efficaces et incitatives. C'est le sens des réformes entreprises par notre gouvernement au cours des dernières années. Je pourrais multiplier les exemples : la création d'entreprises a été facilitée par la mise en place d'un guichet unique pour les nouvelles entreprises ; une division dédiée au sein du tribunal de première instance a été créée afin de résoudre les affaires commerciales de manière plus rapide ; un accès facilité au crédit a également été mis en place en élargissant l'éventail des actifs pouvant être utilisés en garantie.

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En inaugurant la zone franche internationale lancée en juillet 2018, Djibouti a également fait un grand pas en avant en matière d'attractivité en offrant un cadre fiscal compétitif, notamment en matière d'impôt foncier, sur le revenu, les dividendes ou la TVA. Ces efforts ont été reconnus. D'abord, par le classement Doing Business de la Banque mondiale dans lequel Djibouti a fait un bond de 82 places en deux ans. Djibouti est aujourd'hui le quatrième pays le mieux connecté d'Afrique selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Mais ce sont les investisseurs eux-mêmes qui me confirment lors de nos rencontres tout l'intérêt qu'ils portent aux opportunités qu'offre Djibouti.

Le Maroc et Djibouti sont deux exemples d'Etats stratèges qui ont construit un cadre propice aux investissements étrangers. Cependant, attirer les capitaux n'est finalement qu'une étape sur la route du développement à long terme. Le rôle des Etats est aussi de préparer l'avenir, donc sa population, en investissement massivement dans son capital humain. Djibouti investit en ce moment massivement dans la formation de sa population.

Renforcer les partenariats public-privé

Le rôle de l'Etat stratège est aussi de pérenniser ses relations avec le secteur privé en construisant un cadre rassurant qui protège les bénéfices mutuels. L'Afrique n'attire à peine que 4% des Partenariats public-privé (PPP) dans le monde d'après les spécialistes. À ce sujet, la Banque mondiale a récemment fait le constat que la grande majorité de ces partenariats public-privé se concentre dans quelques pays tels que l'Afrique du Sud, le Nigéria ou le Kenya et principalement dans les secteurs des énergies renouvelables et des transports. Ces données, si elles soulignent une réelle faiblesse, me rendent profondément optimiste, car elles mettent à jour un potentiel absolument pas exploité à ce stade.

Une étude récente de la CNUCED montre que les investissements directs en Afrique sont en progrès. De nombreux sondages démontrent que les investisseurs étrangers ont en grande majorité l'intention de renforcer leur position en Afrique dans les années qui viennent. La demande est donc bien présente. Et de nombreux Etats stratèges ont créé une offre pour y répondre.

Aboubaker Omar Hadi

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