La BCEAO contre le tonneau des Danaïdes
Tido Adokou

Photo d'illustration
TA
Tido Adokou

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... que nous devons être.
Au plan sanitaire l'Afrique résiste plutôt bien jusque-là à la pandémie du covid-19. Au plan économique et financier par contre c'est une tout autre histoire. Quatre brèches sont venues endommager le fragile dispositif économique et financier ouest-africain.
d'exportation de la zone UEMOA en 2018
, seul l'or présente une situation intéressante. Valeur refuge traditionnelle en temps de crise, elle est sans surprise orientée à la hausse et culminait au08/05 à 1709 dollars, en hausse de 12,53% depuis le 1er janvier.
Le cacao se maintient pour le moment à un bon niveau à2400 dollars à la même date, en léger repli de 2,56% sur un an
. Toutefois, des risques sérieux existent sur l'évolution de la demande mondiale qui s'est déjà légèrement contractée et sur la production des prochains mois. En effet,des zones cacaoyères touchées par la pandémie ne pourraient soutenir le niveau de production. Quant au coton, ses prix sont enbaisse de 19,11% depuis le 1er janvier
, passant de 0,72 dollar le 13 janvier à 0,56 dollar au 08/05. Résultat, le prix au producteur de coton au Mali est fixé pour la campagne 2020/21 à 200 Fcfa le kilo pour le premier choix, soit 75 Fcfa de moins qu'en 2019/20.Le pompon revient au pétrole, dont le brent est en chute de53,28% depuis le 1er janvier, s'établissant à 30,85 dollars au 08/05.
La meilleure illustration des abimes dans lesquels se débat le pétrole est le WTI descendu en fin mars jusqu'en territoire négatif.Ces tensions sur le marché des matières premières minières et agricoles entraînent mécaniquement le second trou, la chute des recettes propres, lequel va créer le troisième trou qui est la dégradation rapide des déficits jumeaux. Moins de rentrées de recettes creusent les déficits publics nationaux et en même temps les déficits des balances commerciales. Car du volume des devises étrangères glanées lors des exportations dépend la capacité de financement des importations qui ne faiblissent pas avec la crise. Au contraire, elles augmentent même avec, en sus, les importations de matériel sanitaire décidées en catastrophe pour faire face à la pandémie. On en arrive au quatrième trou du tonneau, les exigences face à la dette. Il y a bien eu un moratoire sur la dette bilatérale, mais les créanciers privés ont clairement écarté cette option. La dette privée, précisément les prêts syndiqués et les Euro bonds restent donc échus, sans considération du contexte actuel de chute des recettes fiscales au plan local et des recettes d'exportation au plan international. Comment faire face à la double pression des dépenses nationales et des remboursements de dette, à financer sur le seul budget de recettes qui baissent ? Face à des Etats lâchés par la demande mondiale et mis sous pression par les créanciers privés, il ne reste que la BCEAO pour sauver du désastre qui s'annonce, via un puissant programme de rachat de dettes.
En Afrique de l'Ouest, la banque centrale est une institution timorée. Madrée dans un conformisme délicat et cernée par des statuts stricts, la BCEAO n'est pas un organisme à sortir de sa prudente doctrine. Elle est pourtant aujourd'hui la seule capable de redonner durablement de l'air aux Etats de l'UEMOA par un Covid Special Purchase Program de rachats de dettes publiques. Ce genre d'opération lui est interdit par ses statuts (article 36), mais il existe des chemins pour contourner cette règle, tant la situation est alarmante.
C'est aussi une question de responsabilité et de respectabilité, car un moratoire des créanciers privés a été exclu et les solutions d'annulation de dette sont franchement infantilisantes, du moins tant qu'une forte initiative autonome n'a pas été prise. Bien évidemment la circonstance n'est pas facile pour la BCEAO. Au vu des comptes publics des Etats et leurs inévitables dégradations, elle subira l'effet pervers de la détérioration de son bilan avec les titres obligataires toxiques qu'elle aura récupérés et son activisme risque de provoquer des effets inflationnistes. Mais le prix de l'immobilisme serait pire que celui de l'audace et de la prise de risque. Deux solutions s'offrent à la Banque centrale.
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La BCEAO peut racheter des titres de dette d'Etat à taux préférentiels ou carrément à taux nul. Son capital est détenu par les Etats auxquels elle verse ses bénéfices sous forme de dividende. Le rachat normal des obligations d'Etat donne lieu au versement d'intérêts par les Etats qu'ils récupèrent eux même ensuite dans les dividendes versés par la Banque centrale.
Il est donc possible d'arrêter ce système de vases communiquant par des rachats de titre de dette à taux préférentiels ou nuls, le taux d'intérêt versé par les Etats n'ayant pas grande importance. A ce propos, il faut souligner que la BCEAO a démarré le 21 avril dernier le programme « Bons Covid-19 » d'une maturité de 3 mois et refinançable au taux fixe de 2,5%. Cette opération, certes appréciable, ne présente pas l'épaisseur nécessaire pour faire face au chaos vers lequel l'on se dirige.Une difficulté apparente existe cependant pour les titres de dette en monnaie étrangère. La BCEAO est émettrice d'une monnaie domestique, arrimée à l'Euro pour les opérations internationales. Avec la garantie de convertibilité illimitée, elle peut faire de la création monétaire en Euro afin de racheter une partie à déterminer de titres obligataires en monnaie étrangère. L'avantage d'un tel mouvement est la suppression immédiate du risque de change pesant sur ces obligations, la BCEAO devenant créancière en monnaie locale sur les titres en question.
La deuxième solution est celle des obligations perpétuelles. L'opération démarre par l'émission par les Etats d'obligations à très long terme (jusqu'à 100 ans) qui seront ensuite rachetées par la Banque centrale. Les Etats ne devraient rembourser à la Banque centrale que les intérêts dus sur ces obligations et pas le capital détenu immuablement par l'institution. Avec une inflation maitrisée, mission cardinale de la Banque centrale, les remboursements des intérêts seront abordables et le bilan de la Banque centrale échapperait à la détérioration.
Le risque inflationniste justement parlons-en. Il est bien réel avec l'injection importante de liquidités dans l'économie. Il est même quasi inévitable si les Etats se servent des liquidités récupérées pour payer des fonctionnaires, des prestations sociales ; globalement, financer des dépenses de fonctionnement. Néanmoins, il est contrôlable par l'adjonction de conditions strictes au programme de rachat de dette.Il est donc nécessaire d'assortir lesdites opérations à l'obligation d'affecter les sommes récupérées à des dépenses d'investissement et à l'achat de matériel sanitaire, le contexte s'y prêtant.
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Enfin, le volume des rachats de dette doit être dimensionné au poids économique de chaque Etat et à la situation particulière des comptes publics de chacun aujourd'hui et selon les projections. Il est évident que face aux secousses du Covid-19, la Côte d'Ivoire ne risque pas d'être affectée de la même manière que le Burkina Faso par exemple. Audace et équilibre doivent donc être les maitres mots de cette opération de grande envergure tentée quasiment par toutes les grandes économies mondiales. Il n'est pas de raison que l'Afrique à son tour ne prenne pas ses responsabilités.
Tido Adokou