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Crise pandémique: entre autonomie, dépendance et interdépendance, de quel nom est le multilatéralisme africain ?

Mariame Viviane Nakoulma*

Publié le 04 février 2021 à 09:56 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:35

Mariame Viviane Nakoulma

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L'Afrique doit rechercher son autonomie financière, encourager ses compétences et la recherche médicale, si elle veut éviter d'être incapable d'assurer la sécurité sanitaire de ses propres populations.

La crise sanitaire de la Covid-19 qui a fait un peu plus de deux millions de morts et infecté des dizaines de millions d'autres dans le monde n'est pas encore totalement maîtrisée. Les nouveaux variants complexifient à bien des égards les réponses à injecter aux crises auxquelles elle donne lieu. En révélant à l'Humanité certaines incertitudes au regard de ce qui peut surgir de temps à autre comme une vaste ou singulière inconnue, la pandémie actuelle a aussi placé les ensembles régionaux et les Etats face à leurs responsabilités: non seulement protéger, garantir la santé, l'éducation et l'emploi, mais aussi coopérer via le bilatéralisme ou le multilatéralisme. Le dicton ne dit-il pas que « l'union fait la force » ?

L'union professée, notamment dans les enceintes internationales, dès le départ a été entraînée dans des valses, un temps nationaliste, un temps régionaliste, suivant la réaction des Etats ; ce qui a naturellement influé sur celle des ensembles régionaux. Toute chose qui semble avoir participé au bilan assez funeste de la pandémie de la Covid-19.

En effet, en s'exprimant sur cette actualité au cours du 75e anniversaire de la création de l'Organisation des Nations unies (ONU), le Secrétaire général en exercice estimait que ce bilan avait été rendu possible par le « manque de préparation, de coopération, d'unité et de solidarité à l'échelle mondiale »(ONU, https://news.un.org/fr).Même si l'Afrique reste relativement épargnée jusqu'ici par la pandémie, les conséquences sur son économie seront de plus en plus désastreuses. En effet, selon l'Union africaine (UA), le continent pourrait voir ses importations et exportations baisser d'un peu moins de 40%. Le nombre d'emplois menacés se compte par millions, sans oublier les conséquences insidieuses que font peser les mesures sanitaires d'urgence sur la précarité de certaines populations.

Pour faire face à cette épreuve humaine, économique, voire civilisationnelle, l'Afrique, à travers l'UA se repose sur les trésors de l'autonomie et du multilatéralisme. Ce n'est pas un paradoxe. Cette« doctrine » n'est pas éhontée, tant il est vrai qu'au cœur des grands maux, l'Histoire, du moins celle de la seconde moitié du XIXe siècle, a fait connaître que les Etats ou les sociétés organisées ont toujours -tant bien que mal- fait montre d'un « arrangement général », afin de parvenir à une coopération utile et sauver leur économie (Conférence sanitaire internationale ouverte à Paris le 27 juillet 1851 à l'initiative de Louis-Napoléon Bonaparte sur la mise en place d'un Code sanitaire officiel de la Méditerranée).

C'est ainsi qu'à l'instar de certains dirigeants africains qui plaident auprès du G20 pour un allègement de la dette des économies des plus vulnérables et à faibles revenus, pour un effacement des intérêts sur les prêts des gouvernements, l'Organisation panafricaine sollicite auprès des institutions financières internationales (Banque mondiale (BM), Fonds monétaire international (FMI)) un « plan ambitieux d'annulation de la dette extérieure totale de l'Afrique ».

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Il est un fait que la santé, dans les relations internationales et régionales, recèle d'importants enjeux. L'évitement de la propagation des épidémies et de l'effondrement des pays les plus pauvres sont une préoccupation qui nécessite des réponses collectives. Les organisations internationales et régionales, entre autres, sont alors censées occuper le champ sanitaire global. Si d'une manière générale, on note à leur égard une « gouvernance mal structurée » (Poulain, 2008), de façon particulière il faut voir que la réaction des acteurs publics (et privés)africains s'est très vite révélée comme un présentoir de leur volonté de trouver aussi des réponses domestiques. La coordination opérée par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) dans le cadre de l'UA en a été illustrative. En revanche, cette bonne volonté ne saurait faire passer sous l'éteignoir les faiblesses et les fragilités d'une Afrique « contrastée et plurielle » (Hugon, 2016), qui plus est confrontée à des défis majeurs : alimentation, développement durable, instabilité, insécurité.

La crise actuelle s'offre comme un plaidoyer non seulement pour une Afrique de la santé, mais aussi pour une réforme de la gouvernance des réponses qu'elle formule aux défis qui l'affrontent. En alliant sa volonté d'autonomie (qui est encore faible) et le multilatéralisme, vivier des relations internationales, l'Afrique doit s'encourager à s'investir à trouver des moyens ingénieux et réinventer des mécanismes d'une moindre dépendance de l'extérieur, à terme :sortir de la culture de l'endettement, exalter les exigences de l'E/état de droit et de la bonne gouvernance, renforcer la solidarité africaine. Elle doit pouvoir se protéger sans succomber au repli sur soi.

De toutes les façons, aucun repli sur soi ne sera bien productif dans un siècle d'hyper-connectivité. A une échelle plus stratégique, l'Afrique doit rechercher son autonomie financière, encourager ses compétences et la recherche médicale, si elle veut éviter d'être incapable d'assurer la sécurité sanitaire de ses propres populations. D'autant plus, à une heure où « la course aux vaccins » ne garantit pas une distribution équitable d'un vaccin anti-Covid-19. L'écrire, c'est nécessairement faire écho au « grand optimisme » sous lequel fut placée la 37e Session ordinaire du Conseil exécutif de l'UA au cours de laquelle il a été question de « réinventer une Afrique post-COVID-19 ».

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(*) Docteure en droit, Mariame Viviane Nakoulma est fondatrice de Dipen-Gouvernance Politique. Elle est également enseignante vacataire à Lyon 3-Jean Moulin et chercheure associée au Centre lyonnais d'études de sécurité internationale et de défense (CLESID).

Mariame Viviane Nakoulma*

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