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Laissons la culture jouer son rôle dans la relance !

Naïma Chikhi*

Publié le 08 mai 2021 à 12:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:34

essaouira

Photo d'illustration

Reuters

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Comment les industries culturelles et créatives devront-elles s'adapter aux conséquences de la crise que nous traversons ? Quel rôle sont-elles amenées à jouer dans le redressement des économies locales du continent ? La culture est-elle maillon essentiel dans la relance ? Eléments de réponse avec Naïma Chikhi, chercheuse à l'Université Paris-Sorbonne, spécialiste des politiques culturelles.

Depuis plus d'un an déjà, les appels à l'aide des acteurs du secteur culturel nous rappellent inlassablement l'importance que revêt la culture, bien au-delà de son rôle dans notre bien-être mental, fortement mis à mal par les confinements et mesures de distanciation sociale. En effet, les effets bénéfiques de la culture dans notre société ne s'arrêtent bien sûr pas là. En termes économiques et d'emploi, les secteurs culturels et créatifs pèsent de plus en plus.

En témoignent d'ailleurs les exemples d'Essaouira avec ses nombreux festivals et son riche écosystème musical en constant développement, ou encore de Kinshasa, les deux villes ayant rejoint le prestigieux Réseau des villes créatives de l'Unesco. Ces secteurs encouragent la créativité à travers l'ensemble de l'économie et mènent sans l'ombre d'un doute à une variété d'autres réseaux avantageux à l'échelle sociale, comme l'éducation, l'inclusion, ou encore la régénération urbaine. D'ailleurs, à l'approche du prochain G20 en Italie, la culture n'a-t-elle pas été reconnue comme essentielle à la relance post-pandémie lors des réunions préparatoires ? Preuve en est de sa mise à l'agenda des discussions qui seront menées en juillet lors du sommet international.

Les mesures d'aide ont-elles réussi ?

Mais malheureusement, malgré leur rôle vital au sein de notre société, les industries culturelles et créatives sont parmi les plus durement touchées depuis le début de la pandémie de Covid-19, d'autant plus que les grandes villes concentrent le plus grand nombre de nouveaux postes à pourvoir. Et le temps presse.

Dans cette époque inédite, dans laquelle surgissent de nouvelles crises presque quotidiennement, des millions de personnes et acteurs locaux sont forcés de se tourner vers l'aide publique, à la recherche désespérée d'un soutien réel. Les divers plans de sauvetage économique mis en place par les gouvernements ont été une première lueur très encourageante. Mais en regardant de près l'état du secteur culturel à travers le monde, force est de constater qu'aujourd'hui, les politiques d'aide aux entreprises et aux employés ne sont pas forcément adaptées aux modèles d'activité non traditionnelle et d'emploi inhérents à ce secteur. Ces politiques devraient, et ce dès aujourd'hui, prendre en compte les impacts économiques et sociaux de la culture dans leurs programmes de relance et dans leurs efforts de transformation des économies locales.

En septembre dernier, un rapport de l'OCDE indiquait que les secteurs culturel et créatif (SCC), qui comprennent le tourisme, font partie des plus affectés par la crise actuelle. Et bien évidemment, les activités d'accueil du public (comme les musées, les arts du spectacle, les concerts, les cinémas, etc.) ont le plus souffert des mesures de distanciation sociale. Le déclin soudain des ventes a bouleversé leur stabilité financière, menant à des licenciements dans les emplois à faible revenu et des coupes salariales, ainsi qu'à un effet boule de neige pour leurs chaînes d'approvisionnement.

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Un certain nombre de facteurs ne nous permettent pas de douter des conséquences qui se feront sentir sur le long terme. Dans les prochains mois, voire dans les prochaines années, les effets de la récession et du déclin des investissements dans le secteur de la culture pourraient bien freiner le développement des produits et services culturels, ainsi que leur diversité. Baisse du tourisme international et national, chute du pouvoir d'achat, réductions des financements publics et privés de l'art et de la culture (surtout à l'échelle locale), pourraient accélérer cette tendance à moyen terme.

Et ce portrait n'est malheureusement que la partie émergée de l'iceberg. En l'absence de stratégies de recouvrement et de fonds publics réactifs, l'affaissement des industries culturelles et artistiques aura des répercussions sur les villes et les régions en ce qui concerne l'emploi, les revenus, l'innovation, le bien-être public, la croissance et l'inclusion des communautés. Une telle idée donne des sueurs froides.

La promesse d'un retour à la normale que procurent les programmes de vaccination peut-elle décemment signifier moins de musées, de théâtres, de créativité? Alors que plusieurs institutions culturelles de premier rang sont au bord de la faillite, avoir à choisir entre garder ses employés ou vendre un chef-d'œuvre représente un scénario d'épouvante de plus en plus réel. De plus, la crise a mis en lumière la vulnérabilité de nombreux producteurs du secteur. En effet, les microentreprises, les organismes à but non lucratif et les artistes représentent l'épine dorsale des industries culturelles et créatives, déjà fréquemment à la limite de la viabilité économique.

Or, les institutions et entreprises culturelles publiques et privées dépendent de cet écosystème culturel diversifié pour fournir des biens et services innovants. Alors que les SCC avaient déjà un genou à terre avant la pandémie, les programmes d'aide publique inadaptés à leurs modèles économiques leur ont pratiquement donné l'estocade. Les gouvernements nationaux et locaux à travers le monde ont adopté toute une série d'initiatives pour soutenir les travailleurs et les entreprises, mais nombre d'entre elles se révèlent inutiles à la lumière des particularités de l'industrie. Les programmes d'aide sociale ne sont pas toujours disponibles ou même adaptés aux formes de travail modernes et atypiques qui sont en outre précaires et prévalentes dans les SCC. Voilà comment on échoue à ressusciter un secteur si vital, tant au niveau économique que sociétal...

Garder espoir ; diversifier les scénarios de sortie de crise

Pourtant, l'espoir reste présent. Il existe des solutions. Des propositions. Des politiques spécifiques qui visent le cœur du problème peuvent être mises en place à l'échelle entrepreneuriale comme gouvernementale pour stimuler la croissance du secteur de la culture. Tout d'abord, le public et le privé doivent travailler main dans la main si nous voulons donner une chance aux industries de la création de se remettre de la pandémie et faire partie du redressement mondial que nous espérons tous. À court terme, les gouvernements doivent s'assurer que l'aide publique de soutien contre la Covid-19 ne discrimine pas les activités des secteurs créatif et culturel ni les employés sur le seul fait qu'ils développent des « business-models » et des contrats de travail non traditionnels. Aussi, des initiatives devront être prises pour augmenter l'efficacité des nouvelles politiques, en consultation avec les syndicats des SCC, les travailleurs autonomes, les petites entreprises culturelles et innovantes et les syndicats d'employeurs.

En simplifiant les critères d'éligibilité et en ouvrant ces derniers aux emplois hybrides, les failles dans le soutien au travail autonome peuvent être comblées. En outre, les organisations à but non lucratif devraient être incluses dans les programmes de financement destinés à aider les petites entreprises à retenir leurs employés. Les fonds doivent être distribués de manière à s'assurer qu'ils sont utiles. A moyen et long terme, les instances privées et gouvernementales devraient susciter une plus grande complémentarité entre la culture et d'autres secteurs. Par exemple, des progrès dans les SCC peuvent bénéficier à l'éducation, particulièrement dans l'usage de nouveaux outils numériques venus notamment de l'industrie des jeux vidéo, ou encore dans les nouvelles formes d'expression culturelle.

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Les responsables publics et privés gagneraient à développer de nouvelles stratégies de tourisme culturel local destinées à remédier aux pratiques non durables aux niveaux culturel et social de plusieurs tours opérateurs, jusque-là lancés dans une course aussi effrénée qu'irresponsable dont personne ne ressortira gagnant. Il y a de fait tout un éventail de possibilités à considérer sans attendre ; le potentiel est sans limites si on se donne la peine ne serait-ce que de le considérer.

(*) Chercheuse à l'Université Paris-Sorbonne, spécialiste des politiques culturelles.

Naïma Chikhi*

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