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De la nécessité d'un plan de relance pour un Burkina Faso post-Covid

Isaac Gouene*

Publié le 03 août 2021 à 20:33 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:29

Isaac Gouene

Photo d'illustration

DR.

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Face à la crise, le gouvernement burkinabé devrait présenter un plan de relance dans la continuité du plan de riposte décidé en mars 2020, avec une ambition à la fois conjoncturelle et structurelle...

Bien que le variant Delta se propage sur le continent africain, les contaminations au Burkina Faso stagnent. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) enregistrait en juillet dernier 169 décès pour 13 559 cas confirmés, alors même que le pays s';est récemment vu doté du vaccin Johnson & Johnson en complément des vaccins AstraZeneca, issus du dispositif COVAX. Dans une économie dominée à 80% par le secteur informel, les petits commerçants se retrouvent marginalisés suite à la fermeture des frontières terrestres. À Dakola, ville frontalière du Ghana, l'activité commerciale tourne au ralenti. Une réouverture des frontières en concertation avec les autres pays membres de la CEDEAO soulagerait l'approvisionnement à moindre coût des marchés burkinabè.

L'impact économique de la pandémie exige une réaction rapide et efficace

La fermeture des frontières, les mesures de distanciation sociale et la limitation des déplacements ont affecté l'économie burkinabè. Selon les perspectives économiques de 2021 de la Banque africaine de développement (BAD), l'économie du Burkina Faso a accusé un ralentissement dans le commerce, les transports et le tourisme, résultat des mesures prises pour contenir la propagation du Covid-19. Ces mesures ont engendré une contraction du PIB réel de 0,2 % en 2020, contre une hausse de 5,7 % en 2019. Le taux d'inflation a augmenté de 4,6 points pour s'établir à 1,2 %en 2020, en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires. L'augmentation des dépenses publiques, combinée à la baisse des recettes, a entraîné la détérioration du déficit budgétaire, passé de 3,5 % du PIB en 2019 à 5,4 % en 2020.

Face à cette crise économique majeure, le gouvernement devrait présenter un plan de relance dans la continuité du plan de riposte décidé en mars 2020, avec une ambition à la fois conjoncturelle et structurelle. Un programme basé sur des financements innovants apporterait un soutien substantiel à l'économie nationale. Ce plan reposerait sur trois axes principaux : un investissement dans l'appareil productif du secteur agricole, la lutte contre le chômage en encourageant l'entreprenariat, et l'élargissement de l'assiette fiscale par l'augmentation de la mobilisation des ressources intérieures. L'objectif est d'assurer le progrès socio-économique malgré la pandémie.

L'espoir d'une baisse du taux directeur de la BCEAO

Depuis le 24 juin 2020, les niveaux du taux d'intérêt minimum de soumission aux opérations d'appels d'offres d'injection de liquidité et du taux d'intérêt du guichet de prêt marginal sont restés inchangés, à respectivement 2% et 4%. Si une baisse du taux directeur de la BCEAO, c'est-à-dire les taux auxquels les banques commerciales empruntent à la BCEAO, paraît peu probable pour le moment, une telle mesure serait déterminante pour soutenir l'investissement.

Les taux bas comme nouvelles pistes de financement prometteuses

Avec une dette projetée à 43% du PIB en 2020 et 43,3% en 2021, l'endettement du pays reste modéré selon la BAD. Les investisseurs, dans un contexte international marqué par des taux d'intérêt très faibles, sont en quête de marchés rémunérateurs. À l'instar des pays voisins comme le Bénin, qui a réussi une levée de 1 milliard d'euros d'Eurobonds (mobilisant 700 millions d'euros sur une maturité de 11 ans au taux de 4,875% d'une part et d'autre part 300 millions d'euros sur 31 ans au taux de 6,875%), le Burkina Faso pourrait émettre des Eurobonds. A condition toutefois de rassurer le marché sur la situation sécuritaire du pays. L'Etat pourrait également bénéficier d'une nouvelle allocation de droits de tirages spéciaux (DTS) provenant des réserves de change du FMI (183 millions d'euros détenus par le Burkina Faso). L'intérêt de ces DTS est qu'ils permettent de se procurer des devises fortes sans avoir à verser des taux d'intérêt substantiels. Aujourd'hui, le taux d'intérêt sur les DTS est à 0,05%, alors qu'il est bien plus élevé sur les marchés classiques. Le Togo, qui a contracté des emprunts sur 10 ans, supporte un taux à 6,15%. Le taux des DTS présente ainsi un vrai avantage. Les montants levés seront automatiquement injectés dans des secteurs stratégiques, notamment l'entreprenariat des jeunes.

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La mobilisation des institutions financières reste fondamentale

Le gouvernement burkinabè devrait tabler sur la mobilisation des établissements financiers, comme les banques et les établissements de microcrédit, pour la mise en place d'un report des remboursements de crédits pour les entreprises et d'une suppression des pénalités et coûts additionnels de reports d'échéances et de crédits des entreprises. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC-BF), chaperonnée par une commission de surveillance parlementaire, bénéficie d'une dotation initiale de 20 milliards de Franc CFA. Elle disposera des ressources d'épargne à long terme (notamment celles qui se trouvent au niveau des caisses de retraite et de la Poste Burkina Faso).Cette manne financière permettrait de renforcer la capacité d'intervention sur des secteurs clés de l'économie, comme l'agriculture et l'industrie. Dans ce cas de figure, l'épargne constituerait un levier important pour le financement de l'investissement dans le tissu économique.

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En ces temps de reprise économique le Burkina Faso a besoin de toutes ses forces vives pour faire face à la crise mondiale. Alors même que la pression fiscale s'élevait à 15,9% en 2020, d'après le rapport annuel de la Commission de l'UEMOA, cette crise est, plus que jamais, l'occasion pour le pays de repenser son économie de manière plus saine.

(*) Spécialiste en économie et en finance des marchés

Isaac Gouene*

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