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Monnaie numérique de banque centrale, une technologie conçue « sur-mesure » pour les économies africaines ?

Goudet Abalé*

Publié le 26 novembre 2021 à 09:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:28

Goudet Abalé

Photo d'illustration

DR.

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Premier Etat africain à émettre une monnaie numérique de banque centrale (l'eNaira), le Nigéria pourrait ainsi ouvrir la voie à une révolution monétaire soutenue par la technologie Blockchain. Laquelle permettrait de répondre à des problématiques économiques et financières spécifiques au continent et à ses usagers.

Le 25 octobre 2021, le Nigéria a officiellement lancé la version dématérialisée du naira, sa monnaie officielle. Émis par la banque centrale nationale et accessible aux ménages comme aux entreprises, l'eNaira porte l'ambition de simplifier les paiements des Nigérians tout en réduisant leurs coûts, et d'améliorer l'inclusion financière du pays alors que 55% de la population adulte n'est pas encore bancarisée[i]. Surtout, elle marque la première utilisation en Afrique d'une technologie déjà en cours d'adoption en Asie ou en Amérique latine et dont l'émergence reflète la prise de conscience d'autorités économiques traditionnelles confrontées à l'essor mondial des crypto-actifs (bitcoin, ether, dogecoin...).

eNaira
Photo d'illustration (Crédits : DR)

La solution des banques centrales pour faire face au succès mondial des crypto-monnaies

Dans un rapport de 2021[ii], la Banque des règlements internationaux (BIS) estimait que 86% des banques centrales interrogées avaient initié des recherches visant à pallier ce qu'elles considèrent comme les « limites intrinsèques » des actifs numériques : volatilité, origine privée[iii] et nature décentralisée leur permettant d'échapper au contrôle des régulateurs nationaux. Au contraire, leurs travaux - pour beaucoup, encore en cours - portent sur l'émergence d'un nouvel instrument monétaire étatique, plus stable et contrôlable que les crypto-monnaies mais tout aussi rapide, efficace, traçable et dématérialisé, car fondé sur la technologie Blockchain[iv]. Le but de cet actif numérique étant de réduire les coûts d'intermédiations lors de paiements, de renforcer la sécurité et la traçabilité de ces derniers et de contribuer à l'essor d'une société cashless tout en limitant l'usage des crypto-monnaies au sein des populations.

Si l'Asie, notamment avec la Chine (Digital Renminbi), ou encore l'Union Européenne (Digital Euro) progressent à grand pas dans la conception et le déploiement de cette technologie, l'Afrique ne semble pas non plus en reste avec une douzaine de projets en cours sur le continent. D'autant plus que la monnaie numérique de banque centrale peut permettre d'atteindre un certain nombre d'objectifs poursuivis par nos économies.

Trois cas d'usages des CBDC pour l'Afrique

Réduire le coûts de transferts de fonds (transfrontaliers)

Les transferts de fonds vers les économies africaines ont souvent une importance capitale pour leurs bénéficiaires. Or, les coûts qui leur sont appliqués (environ 10% en moyenne) sont prohibitifs. Par conséquent, une part croissante des expéditeurs africains délaissent les canaux officiels pour « l'informel », certes moins efficient mais plus abordable.

En mettant à disposition des usagers une CBDC utile à l'envoi de fonds, les autorités pourraient contribuer à réduire le coût de ces transferts. Elles en seraient les premières bénéficiaires puisque de nombreuses études ont démontré l'impact d'une baisse des coûts sur l'augmentation des volumes envoyés et le recours à des canaux plus « formels ».

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Lutter contre l'extraversion financière et la corruption

Environ 90% des transactions de détail se font en espèces en Afrique subsaharienne d'après les Nations Unies (2017). Or, cette prééminence de « l'argent liquide » facilite la corruption, le détournement de fonds (y compris hors de l'Afrique) et le financement d'activités illicites et illégales.

Au contraire, la technologie de registre distribué (DLT) - qui supporte la monnaie digitale de banque centrale - permet une traçabilité totale des fonds échangés. Dès lors, la gouvernance économique et financière pourrait, elle aussi, être renforcée via l'utilisation des CBDCs sur le continent.

Accélérer l'inclusion financière en renforçant les canaux demobile money

Première mobile money economy au monde avec 490 milliards de dollars échangés en 2020, le continent africain a vu progresser son taux d'inclusion financière à mesure que s'est déployée cette technologie qui a permis à 550 millions d'utilisateurs africains d'envoyer des fonds à l'échelle locale, nationale ou régionale en 2020 - non sans écueils.

La monnaie digitale de banque centrale pourrait renforcer cette inclusion financière en améliorant l'efficacité des paiements mobile money grâce à une réduction des risques permise par une infrastructure Blockchain, tout en encourageant la confiance dans les services financiers mobiles. Surtout, en favorisant une plus grande interopérabilité entre les plateformes, elle contribuerait à augmenter considérablement les possibilités des usagers.

Si les nombreuses opportunités offertes par les CBDC ont conduit une dizaine d'Etats africains - Afrique du Sud, Ghana, Maroc ou encore Maurice et eSwatini - à initier, eux aussi, des projets de recherche appliquée, celui du Nigéria demeure à ce jour le plus abouti. Son succès est cependant encore à confirmer et permettra de définir l'impact économique réel que peut avoir une CBDC au sein d'une économie africaine. L'eNaira, projet CBDC pilote d'un continent à l'affut de l'innovation qui lui permettra de renforcer son autonomie économique, financière et monétaire ?

(*) Communicant spécialisé sur l'Afrique (35°Nord) & Trésorier de la Fédération française des Professionnels de la Blockchain (FFPB).

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[i] https://efina.org.ng/wp-content/uploads/2021/10/A2F-2020-Final-Report.pdf

[ii] https://www.bis.org/about/bisih/topics/cbdc.htm

[iii] Au sens où un acteur privé, très souvent une Fondation, est à l'origine de leur création.

[iv] Dont les crypto-monnaies sont le premier mais pas l'unique cas d'usage.

Goudet Abalé*

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