Ce que les récentes campagnes de boycott au Maghreb nous enseignent sur les dangers de la désinformation
Aaron Akinocho
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Si, par le passé, des campagnes de boycott ont pu avoir un impact majeur sur des sujets comme la ségrégation raciale (pensons à l'emblématique boycott des bus de Montgomery), la capacité à rendre une information virale offerte par les réseaux sociaux doit désormais nous inviter à davantage de méfiance. D'autant que les cas où désinformation et boycott s'associent pour nuire à des entreprises se multiplient. En Algérie par exemple, KFC (Kentucky Fried Chicken), qui a récemment ouvert sa première enseigne, a subi une campagne particulièrement virulente. Le motif ? La chaîne KFC soutiendrait Israël dans sa guerre en Palestine.
L'argument peut paraître simpliste. Il n'en a pourtant pas fallu plus pour que la toile s'embrase et que des manifestants se massent devant un restaurant KFC d'Alger le jour de l'ouverture, avant d'être dispersés par la police. Il était pourtant simple de vérifier que le groupe américain opère via un système de franchises. Celle d'Alger est pilotée par le groupe Azadea, propriété d'hommes d'affaires libanais n'ayant aucun lien avec Israël - c'est à la maison-mère de KFC, Yum ! Brands, que les militants reprochent ses investissements dans des start-up israéliennes.
Ce premier restaurant, installé dans la banlieue ouest d'Alger, doit être suivi par d'autres ces cinq prochaines années. A terme, 500 emplois pourraient être créés... si les investisseurs ne baissent pas les bras face aux happenings répétés et à l'érosion du chiffre d'affaires : d'après Reuters, les ventes de KFC ont reculé de 5 % au dernier trimestre 2023 au Moyen-Orient, en Turquie et dans le nord de l'Afrique. Leur renoncement aurait tout d'une victoire à la Victoire à la Pyrrhus, dans un pays où le taux de chômage dépasse les 14 %.
Carrefour fait lui aussi les frais de cette campagne de désinformation. Et, là encore, ce sont bien les franchisés locaux et leurs employés qui en font les frais. Le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), qui soutient la cause palestinienne, a récemment ciblé l'enseigne française au motif qu'elle soutiendrait l'armée israélienne. En cause, une photo publiée début octobre 2023 sur Instagram, où l'on voit un employé offrir de la nourriture aux soldats de Tsahal. Un geste non concerté avec la maison-mère, sur lequel Alexandre Bompart a tenu à s'exprimer lors de l'Assemblée Générale des actionnaires, qui s'est tenue le 24 mai en région parisienne, pointant « des initiatives individuelles », avant d'ajouter : « Cette aide, ces dons ont pris fin immédiatement à partir de la mi-octobre. Il n'y a plus le moindre don, la moindre aide apportée à l'armée israélienne ».
Aaron Akinocho