Le monde d'après

Les Français ne sourient pas ! Ils travaillent

Jacques Barraux | 11/03/2011, 19:53 - 596 mots

"L'image d'un pays à feu et à sang contraste singulièrement avec l'atmosphère vivant et industrieuse de ses villes et de ces villages", estime Jacques Barraux, journaliste.

Il n'est pas nécessaire d'être un savant latiniste pour comprendre la définition de l'amour selon Leibniz : "Amare est gaudere, felicitate alterius". Se réjouir du bonheur des autres, cela suppose de regarder la vie avec le sourire. Un sourire que la France n'offre plus au monde depuis quelques années et qui constitue désormais - pardon pour le prosaïsme du propos - son premier handicap commercial sur le marché mondial.

Comment susciter l'envie d'acheter et d'échanger avec un pays morose, méfiant, qui se rue sur les manifestes d'indignation et dont le quart de la population affiche sa sympathie pour les thèses extrémistes ? L'image de la marque France, naguère porteuse de nuances joyeuses, imaginatives et aimablement frondeuses, est aujourd'hui égratignée.

Or cette image ne correspond pas à la réalité. Le révolté du café du Commerce est souvent le plus consciencieux des salariés et le plus positif des citoyens. L'image d'un pays à feu et à sang contraste singulièrement avec l'atmosphère vivante et industrieuse de ses villes et de ses villages. Dans la rue, sur les marchés de quartier, dans les restaurants, au bureau près de la machine à café, à l'entrée des stades et des cinémas, rien ne permet de conclure à la chute de tout un peuple dans une dépression nerveuse collective.

 

Plus grave, la génération des moins de trente ans ne se retrouve pas dans l'image d'une France négative et rancunière. Et pour cause : c'est une génération « détachée » du corps social traditionnel. Elle vit une expérience inédite de dialogue en temps réel avec les communautés numériques des autres pays du monde. Les jeunes Français vivent et réagissent à l'unisson des gens de leur âge, pays riches et pays pauvres confondus.

La mondialisation, les migrations et la sécurité sont les trois sujets qui inquiètent les Français. Mais il en est un quatrième qui les résume tous, le chômage. Un virus introduit en 1974 dans le corps productif à l'occasion du premier choc pétrolier et qui a muté plusieurs fois en trois décennies. Par un effet retard dont on ne sait s'il est imputable au corps des Mines ou à l'inspection des finances, la médecine appliquée à l'économie française a toujours correspondu au stade précédent de la maladie.

Ainsi, aujourd'hui, l'analyse qui prévaut sur la mondialisation correspond-elle à l'état du monde d'il y a cinq ans, à la veille de l'éclatement de la crise des subprimes. Entre-temps, au-delà des dossiers litigieux de l'euro, du contrôle des frontières ou de la régulation des marchés, a surgi un foyer de transformation du tissu industriel qui remet en cause la division internationale du travail telle qu'elle se pratique depuis les années 1980.

 

Un problème de calendrier est à l'origine du phénomène : le temps de passage qui va de la recherche-développement à la commercialisation d'un produit nouveau connaît une contraction historique dans tous les métiers. Qu'il s'agisse de l'effet de levier entrepreneurial que favorise l'irruption du cloud computing ou de l'avalanche d'innovations dans la robotique et les biotechnologies, les mises sur le marché prévues pour les années 2015-2025 sont effectuées dès maintenant, ce qui modifie plus vite que prévu les paramètres de compétitivité entre pays développés et pays émergents. Cela contredit - pour un temps au moins - les litanies sur le déclin de l'Occident, car les États-Unis, l'Union européenne et le Japon conservent la maîtrise pratiquement totale du pipeline des innovations de rupture.

Pour les Français, c'est l'occasion de se focaliser à nouveau sur les ressorts de la croissance endogène. Le destin du pays se joue moins aux frontières de l'Hexagone qu'à l'intérieur de ses écoles, de ses entreprises et de ses laboratoires.

 

Commentaires

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Qc a écrit le 13/03/2011 à 04:12 :

Habitant au Quebec depuis un an et revenant de temps en temps , c'est vrai que c'est incroyable comment les Français sont anxieux ... et les Québécois pas vraiment ... alors que les deux systèmes sont somme toute similaire, avec une mafia et une corruption un peu plus visible coté Québécois (la proximité e New York on dira ...). Bref notre anxiété ne semble pas justifiée et par contre nous fait passer pour des excités .... Oui il va falloir retrouver une image "France" positive ... après une petite révolution électorale en 2012 ?

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narob a écrit le 12/03/2011 à 09:32 :

très intéressant! et si la névrose collective était dûe aux politiques initiées par les bons élèves qui comme toujours donnent l'impression de commenter le passé! Triste caractéristique de ceux qui ont "réussi" en ingurgitant les certitudes du passé. D'ou leur absence totale dans les technologies du futur et leur refus des modernités.

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Le cuisinier asiatique a écrit le 11/03/2011 à 21:33 :

Mais que c'est joli, tout cela ! Que c'est bien dit ! Qu'est-ce qu'on y croit !

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