La Tribune

"Le système actuel de la formation professionnelle est opaque et inégalitaire"

Copyright Reuters
Copyright Reuters
Propos recueillis par Fabien Piliu  |   -  848  mots
Dans un entretien accordé à La Tribune, Marc Ferracci, maître de conférences à l'Université Paris-Est, revient sur les enjeux de la réforme de la formation professionnelle que chacun des deux finalistes de l'élection présidentielle souhaite lancer.

Pour les deux finalistes de l?élection présidentielle, la formation professionnelle est devenue un sujet de campagne. Les dispositifs existants sont-ils efficients ?

Pas réellement. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espoirs suscités et des sommes dépensées.

Pourtant, 35 milliards d?euros, soit l?équivalent du Grand emprunt, sont consacrés chaque année la formation. Quels sont les points de blocage ?

Ils sont tellement nombreux? Pour les salariés et les entreprises, le blocage est tout d?abord culturel. On ne pense pas à se former. En France, la part dépensée par les ménages en formation ne représente que 4% de cette trentaine de milliards. La part des entreprises s?élève à 42%. En Allemagne, 35% du budget global est dépensé par les ménages. Il faut donc responsabiliser les ménages pour qu?ils puissent avoir accès un emploi stable ou pour qu?ils conservent leur job. Avec Pierre Cahuc et André Zylberberg, dans une note récente publiée par l?Institut Montaigne, je suggère par exemple de développer le crédit d?impôt pour que la formation ne pèse pas trop sur le budget des ménages et soit le plus indolore pour les entreprises.

Dans ce cas, comment mieux dépenser ou redéployer ces 35 milliards  ?

Tout d?abord, il faut savoir que sur cette somme, 12 à 13 milliards sont effectivement des dépenses directes. Les rémunérations versées aux salariés qui partent en formation, les défraiements représentent une majeure partie de la vingtaine de milliards restant. Il est donc difficile de redéployer l?ensemble de cette enveloppe de 35 milliards.

Nicolas Sarkozy estime que la gestion tripartite de la formation professionnelle serait la cause de cette inefficacité. Partagez vous son avis ?

Tout le monde le partage ! Les rapports du Sénat en 2007, de la Cour des comptes en 2008, le rapport Larcher de 2012 ont à chaque fois plaidé pour une simplification de la gestion de la formation professionnelle. Après, il faut se fixer des priorités. Si on n?arrive pas à simplifier les structures en place, commençons par simplifier la vie des gens !

De quelle façon ?

C?est un vrai parcours du combattant, surtout pour un demandeur d?emploi. Il faut faire un bilan de compétences, construire un budget professionnel, trouver la formation adéquate, identifier un prestataire puis, enfin trouver le financement. Ce dernier point est certainement le plus critique. Pour simplifier cette étape, il faudrait s?inspirer des pratiques en cours en Allemagne. En fonction d?un certain nombre de critères, comme sa qualification, sa période d?activité, chaque demandeurs d?emploi dispose d?un chèque emploi à dépenser comme il le souhaite. Il peut ainsi faire son marché et faire jouer la concurrence entre les différents prestataires. Ceci n?est pas possible en France en raison de la complexité et de l?opacité du système.

C'est-à-dire ?

En France, ce sont les prestataires de formation qui dictent la loi du marché. La question de savoir si les formations dispensées permettent de couvrir les besoins du marché du travail et de favoriser le retour à un emploi stable, importe assez peu. C?est l?une des raisons pour laquelle 300.000 offres d?emplois ne trouvent pas preneurs. Il est donc impératif de rendre cette offre plus transparente. Actuellement, il est quasiment impossible de savoir si une formation est efficace, si elle facilite réellement le retour à un emploi stable. Même le prix n?est pas un gage de sérieux. Il est donc urgent de mieux contrôler et d?évaluer les organismes de formation pour rendre le système plus transparent et plus efficace.

Par ailleurs, celui-ci est inégalitaire. Dévoilé en décembre 2011, le rapport de l?Inspection générale des affaires sociales [IGAS] portant sur l?évaluation de la mise en oeuvre des achats de formation de Pôle emploi précise que l?information existante sur l?offre de formations est parfaitement efficace car industrialisée dans certaines régions, c?est le cas en Rhône Alpes. En revanche, celle-ci est gérée de façon très artisanale dans certains territoires. En outre, si la plupart des formations sont adaptées aux Bac +5, elles ne le sont pas pour la plupart des 150.000 jeunes qui sortent chaque année du système éducatif et qui auraient d?un apprentissage plus long et plus individualisé.

Nicolas Sarkozy souhaite que les personnes ayant bénéficié d?une formation soient obligées d?accepter une proposition d?embauche correspondant à la formation qu?ils ont reçu. Cette proposition vous paraît-elle judicieuse ?

Un mécanisme de ce genre existe déjà dans le système d?indemnisation du chômage. Dans le cas de la formation, la situation est plus complexe. Que se passe-t-il s?il n?y a pas d?emplois disponibles ? Or, 75% à 80 des formations ne correspondent pas à des postes ouverts, même sur les marchés en tension !
 

Réagir

Commentaires

pathinder  a écrit le 30/04/2012 à 19:46 :

Je ne sais pas si un sujet de thèse, mais sur quelle critère, l'accès au stage, pôle emploi pourrais proposer un stage selon la personne et son cursus professionnel, il y l'âge, l'endroit du stage j'ai demandé à ma conseillère emploi tout les mois si elle pouvait me caser dans un stage, et qui me permettrais d'avoir du travail, cela fait 5 ans, les journées sont longue quand on est pas occupé et plus on à des années de chômage, de se remettre à travailler on à eue trop tendance à ce que le système marche comme ça, on est chômeur on à 50 ans pas moyens de locomotion le champ de recherche est réduit, mais jamais il faut dire qu'on ne peut plus bosser, au début cela sera dur et quelque temps après on aime à être occupé pour faire quelque chose d'utile. Sarkozy ou Hollande si il ne s'attaque pas à ce problème dès son investiture, on repart pour 5 ans ou la France produiras rien sauf des chômeurs.

Gépé001  a écrit le 30/04/2012 à 7:59 :

La gestion des dépenses de formation en général nécessite une étude qui à ma connaissance n'a jamais été faite.Elle est plus facile à faire pour la formation continue,car les entreprises disposent des éléments de dépenses .Pour les entreprises,la formation peut être comparée aux dépenses consacrées à la publicité.C'est un sujet de thèse.

j.gautreau  a écrit le 30/04/2012 à 3:25 :

Bonjour, pour répondre aux attentes il suffit de visiter ou de re-visiter Le projet de loi présenté en Conseil des ministres le 29 avril 2009 par M. Laurent Wauquiez, secrétaire d?Etat chargé de l?emploi.
préparation
processus législatif
evaluation
voir le Grenelle de l,insertion.

j.gautreau  a écrit le 30/04/2012 à 3:07 :

Bonjour, il suffit de visiter ou de re-visiter la revue Capital n°214 de juillet 2009, "Scandale de la formation professionnelle" gaspillage monstre, une organisation ruineuse et d'une complexité inouïe. Budget total 27 milliards d'euros, déclinée sur 12 pages. 48600 organismes de formations recensés, bien peu sont vraiment sérieux. dixit la revue Capital.

moutarde  a écrit le 29/04/2012 à 8:48 :

De tous temps il y a eu des inégalités :X% pour les cadres et x% pour les non cadres .Eux ,pouvaient avoir plus de stages par an et nous , 1 tous les 5 ans .....

Bof  a écrit le 28/04/2012 à 17:32 :

IL vaudrait mieux faire confiance à de vrais professionnels de la formations, comme par exemple les universités qui ont de bons masters, ou les grandes écoles, plutôt que des petites structures opaques qui proposent des formations ronflantes mais bidon à prix d'or.

Henri  a répondu le 30/04/2012 à 13:26:

Ah oui : nos brillants universitaires ? Ceux qui nous fabriquent deja des bataillons de chômeurs sociologues, psychologues etc ?
Et les grandes écoles qui forment des prétentieux qui une fois diplomés ne pensent qu'à doubler leurs salaires et conserver leurs petits avantages (RTT etc.) ? Vous pensez que la TPE du coin qui cherche du personnel va les recruter ?
Les vrais chefs d'entreprises, ceux qui font l'emploi, sont morts de rire quand ils vous lisent

@henri  a répondu le 01/05/2012 à 1:32:

Si on croit votre message, ni les universités ni les grandes écoles ne forment correctement, donc personne n'est formé correctement en France; ... votre commentaire est d'une stupidité hallucinante; relisez vous un minimum avant d'écrire des stupidités pareilles.

alainaugé  a écrit le 28/04/2012 à 9:59 :

Pourquoi n'évoquez-vous pas, comme dans le rapport Montaigne, la grosse part du gâteau que s'offrent les OPCA?Pourquoi évitez-vous de parler du financement des "partenaires sociaux": syndicats de patrons et salariés financés aussi bien par le Fongefor que par les OPCA?Certes les prestataires de formation ne sont pas assez surveillés et labellisés. En particulier les organismes de forrmation liés aux OPCA de branches, ainsi que tous ceux liés à l'Education nationale (GRETA, CFA interuniversitaires,..La solution est archi simple : il faut que toute formation débouche sur un emploi!Pour cela il faut monter des formations en fonction des besoins, et surtout que ces formations, qui débouchent sur des métiers, soient dispensées par de véritables professionnels de ces métiers (cadres ayant exercé en responsabilité le métier durant au moins 5 ans dotés d'un charisme les transformant en pédagogues ). Assez de formations professionnelles dispensées par des universitaires diplômés mais incompétents.Des exemples sont à prendre auprès des Compagnons du devoir , du CNAM, de l'AFPA (mieux gérée !) Il ne suffit pas de réussir une agrégation (j'en ai passé deux!) pour se permettre de préparer des jeunes à la vie active!Quant au financement, le chèque emploi-formation me parait une bonne formule, à condition que l'on puisse le présenter à un organisme (URSSAF, banque,.. ?) complètement indépendant.

demandeur d emploi  a écrit le 27/04/2012 à 19:35 :

"En France, ce sont les prestataires de formation qui dictent la loi du marché. La question de savoir si les formations dispensées permettent de couvrir les besoins du marché du travail et de favoriser le retour à un emploi stable... Actuellement, il est quasiment impossible de savoir si une formation est efficace, si elle facilite réellement le retour à un emploi stable. Même le prix n?est pas un gage de sérieux. Il est donc urgent de mieux contrôler et d?évaluer les organismes de formation pour rendre le système plus transparent et plus efficace... "

Et bien, il est temps de découvrir ce problème. Je sorts de formation et je peux vous témoigner mon dégout pour ses faux formateurs (emplois fictifs) qui se servent de nous pour garantir leurs emplois et non le notre. Aucun sérieux, j'étais même souvent en autonomie dans une salle froide, les cours = juste un copié coller de document trouvé sur Internet !!! BRAVO aux collectivités, à l'état qui leurs versent toutes ses subventions sur notre dos.

Franchouille  a répondu le 28/04/2012 à 0:46:

C'est ce qu'on appelle le fameux gâteau à la crème. Je crois que des enquêtes vont se faire car c'est trop obscur. Ces dernières années, dès que l'on connaissait le montant de l'enveloppe, certains ministres faisaient vite un montage de "cours" adapté à la demande éventuelle (d'ailleurs qu'on pouvait reformater au gré des besoins réels ou non. Après, même si le stage n'apportait rien en terme d'emplo-yabilité, tout le monde était comptant, les sous avaient servi à la formation. L'intéressé stagiaire ne pouvait pas comprendre la ruse, il était content de mettre ça sur son CV. Moi, presqu'à la retraite, j'ai eu tous les stages dans mon entreprise car personne ne voulait y aller. Alors du blabla pour rien. Je crois savoir que Sarkosy s'intéresse au magot, il va sûrement en être....

pompom  a écrit le 27/04/2012 à 15:58 :

par contre dans les 2 entreprises ou j'ai travaillé,les representants syndicaux ,se servaient en premier pour tout type de formations professionnelle ou syndicale et après il n'y avait plus d'argent pour les autres salariés,

Ghostly  a répondu le 27/04/2012 à 17:26:

Dans les petites entreprises c'est selon moi très courant. Dans la précédente entreprise dans laquelle je travaillais, le drh s'est payé un master, tandis que la déléguée du personnel n'a jamais parlé de DIF, CIF, ..., mais a réussi à se faire offrir une formation en gestion de projet à l'AFPA pour monter hiérarchiquement! Un jour où l'autre les avantages que se paient certains devront être soldés.