Allemagne : le parti anti-euro a ratissé large

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Bernd Lücke, président de l'AfD, parti anti-euro. On peut lire sur l'affiche derrière lui: plutôt une liberté monétaire qu'une union des transferts. Reuters.
Bernd Lücke, président de l'AfD, parti anti-euro. On peut lire sur l'affiche derrière lui: "plutôt une liberté monétaire qu'une union des transferts". Reuters. (Crédits : Reuters)
Avec 4,7 % des voix, Alternative für Deutschland a réussi un tour de force en s'approchant très près des portes du Bundestag. Son avenir n'en demeure pas moins incertain.

C'est l'une des sensations de ces élections au Bundestag de 2013. Le parti anti-euro Alternative für Deutschland (AfD) a glané 4,7 % des suffrages exprimés, soit pas moins de 2,052 millions de voix. C'est un résultat étonnant pour un parti créé ex nihilo voici trois mois par un économiste de Hambourg bien peu connu du grand public. Mais sa campagne agressive contre l'euro a porté ses fruits.

Du jamais-vu ou presque

Historiquement, le cas est rare, voire unique. Certes, en 2002, Die Linke avait glané, pour sa première participation à des élections fédérales 8,7 % des voix, mais ce parti était en fait le successeur de la PDS, lui-même héritier de la SED est-allemande. Il ne partait donc pas de rien.Pour sa première participation aux élections fédérales en 1990, ce parti n'avait gagné que 2,3 % des voix au niveau national (mais avec des candidats uniquement dans les Länder de l'ex-RDA).

Quant aux Verts, leur première participation aux élections fédérales date d'octobre 1980, neuf mois après leur fondation. Ils n'avaient alors récolté que 1,5 % des voix. Ce n'est qu'en 1983 que le parti écologiste avait réussi à entrer au Bundestag avec 5,3 % des voix.

Le seul exemple de meilleur score pour un nouveau parti date de 1953, lors de l'élection du deuxième Bundestag. A cette époque, le parti des expulsés des pays de l'est, le GB/BHE, qui avait une connotation nationaliste, avait raflé 5,9 % des suffrages. Mais il avait déjà trois ans d'existence.

AfD a phagocyté une partie de l'électorat libéral

Le score d'AfD est donc remarquable. D'où vient-il ? Les commentateurs insistent beaucoup sur le chassé croisé avec la FDP libérale qui a perdu 10 points par rapport à 2009 et qui avait une forte minorité d'opposants à la politique de sauvetage de l'euro de la chancelière. AfD avait, du reste, fait une partie de sa campagne sur sa fidélité à l'ordo-libéralisme allemand dont se réclamait aussi la FDP.

Dimanche soir, encore, Alexander Gauland, leader d'AfD dans le Brandebourg a proclamé : « nous sommes les héritiers de la FDP. » Sans doute y a-t-il eu un fort déplacement des électeurs FDP vers AfD, surtout à l'ouest où les scores principaux du nouveau parti se font dans des Länder (Hesse ou Bade-Wurtemberg) où la FDP a perdu plus de dix points.

Mais le mouvement d'électeurs a également été fort au sein de la « coalition noire-jaune » et beaucoup de déçus de la FDP se sont dirigés vers la CDU et la CSU, considérant que les Libéraux n'avaient pas réussi à imposer leurs choix fiscaux et que, en conséquence, ils étaient inutiles. Du reste, on notera que la coalition entre CDU/CSU et FDP ne perd au final que deux points.

L'importance des abstentionnistes

Les électeurs d'AfD viennent donc aussi d'ailleurs. Principalement de deux sources : l'abstention et les électeurs de Die Linke. Concernant l'abstention, on remarque que la participation a connu dimanche sa première hausse depuis 1998 en passant de 70,8 % à 71,5 %. Une petite poussée qui a cependant en grande partie profité à AfD.

Ainsi, dans le détail, on remarque que les Länder où le parti anti-euro réalise son meilleur score, la participation connaît la plus forte hausse. En Saxe, où AfD rafle 6,8 % des voix, la participation est en hausse de 4,7 points. En Thuringe, la participation progresse de 3 points, le score d'AfD est de 6,2 %. Mais l'équation ne fonctionne pas toujours : en Hesse, où AfD réalise un bon score de 5,6 %, la participation recule de 0,6 point.

De forts mouvements depuis Die Linke vers l'AfD

En réalité, les zones où AfD réalise ses meilleurs scores sont à l'est : la Saxe et la Thuringe, on l'a vu, mais aussi le Mecklembourg (5,6 %) et le Brandebourg (6 %). Des régions où les Libéraux sont souvent faibles, mais où en revanche Die Linke a une implantation historique forte.

Or, là où AfD a bondi, Die Linke a souvent fortement reculé. En Mecklembourg, le Land d'Angela Merkel, Die Linke perd 7,5 points, son "record" national. En Thuringe 5,4 points, en Saxe 4,5 points et en Brandebourg 4,2 points. L'attirance d'une partie de l'électorat de Die Linke pour AfD avait déjà été mise en avant par une étude d'opinion en avril. Elle n'est pas surprenante car Die Linke a toujours combattu l'Union monétaire.

Sans doute, dans le contexte actuel y avait-il une volonté de certains d'insister sur ce sujet et sur le refus d'une solidarité jugée excessive alors que beaucoup, notamment à l'est, souffrent dans leur vie quotidienne.

Attention ! Feux de paille électoraux fréquents !

AfD semble donc avoir réussi à réunir des déçus de la politique en général, de Die Linke et des Libéraux autour du thème du refus de la politique européenne actuelle d'Angela Merkel et du rejet plus général de l'euro. Reste à savoir s'il ne s'agit là que d'un feu de paille ou si AfD va parvenir à s'inscrire dans la durée.

Il y faut prendre garde car la politique allemande est parcourue depuis quatre ans par ces feux de paille que l'on peut remarquer lors des élections régionales. Après l'envolée de la FDP en 2009 sur le thème fiscal, ce parti a rapidement perdu de la popularité. Une partie de l'électorat s'est alors déplacée vers les Verts qui, dans la foulée de Fukushima en mars 2011, ont emporté 24,2 % des voix en Bade-Wurtemberg et 17 % à Berlin.

Mais là aussi, le soufflé est retombé pour profiter aux Pirates, dopés par l'inquiétude du pays sur la cyber-surveillance. Durant l'automne 2011 et le printemps 2012, ils ont franchi la barre des 5 % dans plusieurs élections régionales (Sarre, Berlin, Schleswig-Holstein, Rhénanie du Nord Westphalie). Nationalement, ils ont été donnés à plus de 13 % par les sondages. Puis, ils sont redescendus dans l'anonymat (ils ont obtenus 2,2 % dimanche). Cet électorat mobile a en grande partie profité à AfD dimanche. La conserver sera une tâche difficile.

L'avenir reste ouvert

Tout dépendra évidemment de l'évolution de la situation en zone euro. Si le fond de commerce principal d'AfD reste d'actualité, il peut conserver et même renforcer sa base électorale. Sinon, il pourrait bien être la victime de l'actualité changeante, comme les Pirates, les Verts ou la FDP. D'autant que le reste de son programme reste encore très léger et que d'autres partis demeurent à l'affût sur le sujet comme les Freie Wähler, forts en Bavière ou les partis d'extrême-droite.

En attendant, c'est une vraie nouvelle force politique qui est née en Allemagne ce dimanche. Et le nouveau gouvernement devra le prendre en compte.

 Pour aller plus loin :

 >>>> Retrouvez les détail du résultat officiel des élections au Bundestag sur le site du Bundestagwahlleiter (en Allemand et en anglais)

>>>> L'Atlas des votes AfD circonscription par circonscription sur le site de la Süddeutsche Zeitung (en allemand)

 

 

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Commentaires
a écrit le 24/09/2013 à 16:36 :
Les accords de l'UE et de l'Union Monétaire Européenne ont étés voulus, pondus et imposés aux autres pays membres, auquels en fait ils ne convenaient pas vraiment puisque imposant la loi du plus fort, précisement par l'axe franco-allemand qui avant chaque réunion se mettait d'accord et décidait de la marche à suivre. Alors que maintenant justement en France on vienne critiquer le comportement de l'Allemagne me parait un comble! À qui la faute de la situation économique actuelle de la Zone Euro sinon à l'axe franco-allemand
a écrit le 24/09/2013 à 9:51 :
les rouges et les verts font quand meme deux fois mieux, il est vrai que ce parti n'a que sept mois d'age
a écrit le 24/09/2013 à 9:04 :
Les partis anti Européïstes montent, tous les jours face au délire européen, à suivre...
a écrit le 23/09/2013 à 19:46 :
Comme le chantait Brassens ' "Avec mes petits 23%, j'avais l'air d'un c..".

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