L'Islande va effacer une partie de la dette des ménages

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En Islande, la dette des ménages s'élève à 108 % du PIB.
En Islande, la dette des ménages s'élève à 108 % du PIB. (Crédits : © )
Le gouvernement de Reykjavik veut débarrasser les ménages islandais de plus de 1,2 milliard d'euros de dette. Un projet qui fait grincer des dents à l'étranger.

L'Islande continue à tracer sa propre voie hors de la crise. Avec des moyens toujours plus hétérodoxes. On se souvient que le pays, frappé en 2008 par une crise financière d'une ampleur sans précédent, avait mené une politique impitoyable contre les banques et s'était appuyé sur une dépréciation de près de 20 % de la couronne pour retrouver plus rapidement la croissance.

Croissance en accélération

Non sans quelques succès du reste, puisque, en 2012, l'île nordique a connu une croissance de 1,4 % supérieure à celle des principales économies européennes et que, cette année, la croissance devrait encore accélérer à 2 % et atteindre 2,5 % en 2014. Mais le nouveau gouvernement du pays, élu en juin, veut aller plus loin et a annoncé un plan d'annulation de dettes des ménages de quelques 80 milliards de couronnes, soit près de 500 millions d'euros.

Déjà 1,2 milliard d'euros de dettes annulées

Certes, l'Islande est habituée aux restructurations de dettes. Les banques ont déjà annulé depuis 2008 pas loin de 200 milliards de couronnes (1,2 milliard d'euros) de crédits aux ménages, notamment ceux libellés en devises. Mais l'endettement des ménages représente encore 108 % du PIB de l'île, ce qui, pour le gouvernement de Reykjavik est encore trop, notamment parce que cela réduit l'épargne et, finalement, l'investissement des entreprises.

Annulation de dettes pour chaque ménage

Le gouvernement de centre-droit du premier ministre Sigmundur Gunnlaugsson a donc décidé de mettre en place à partir de la mi-2014 une réduction des prêts indexés sur l'inflation accordée aux ménages de près de 24.000 euros. Ceci représenterait, selon les calculs du Ministère des Finances, une baisse moyenne de 13 % de l'endettement des ménages. Ces prêts s'étaient beaucoup renchéris avec l'inflation des années 2010 et 2011.

Incitations fiscales au remboursement

L'effacement de la dette prendra 4 ans et sera accompagné d'une incitation fiscale s'il utilise ses assurances retraite pour rembourser une partie de sa dette. En tout, l'ensemble des mesures en faveur de l'allègement de la dette des ménages atteint 150 milliards de couronnes, soit 930 millions d'euros. La somme peut paraître faible sans l'absolu, mais il s'agit de 9 % du PIB islandais.

Comment financer ?

Ce plan était un point fort du programme gouvernemental du centre-droit avec l'abandon des négociations d'entrées dans l'UE et la zone euro. Mais le gouvernement n'a pas indiqué encore de programme de financement clair, mais il a promis que le montant de l'annulation de dette sera pris en charge par le budget. Lequel, affirme le ministre des Finances, ne sera pas déséquilibré par la mesure.

Faire payer les banques et les créanciers étrangers

En réalité, deux pistes sont régulièrement évoquées pour ce financement. La première est une « taxe sur les transactions financières » qui frapperait les banques. Lesquelles « paierait » ainsi le remboursement anticipé des créances sur les ménages islandais. La seconde - non exclusive de la première - serait une contribution des créanciers étrangers des banques islandaises. Ces derniers sont principalement des hedge funds qui ont acquis ce papier dévalué pour une bouchée de pain.

S&P et le FMI menacent

Ces deux méthodes déplaisent fortement aux institutions internationales qui y voient à la fois un précédent dangereux, un risque pour l'attractivité internationale de l'Islande et une menace pour les finances publiques. Le FMI avait ainsi mis en garde contre l'absence de « marges de manœuvre » budgétaire de l'Islande. Les trois « grandes » agences de notation ont fait de même. S&P a même prévenu qu'il pourrait dégrader la note de l'île nordique, actuellement à BBB-, ce qui la ferait retourner dans les « obligations spéculatives. »

Le pari de Reykjavik

Plus que jamais, donc, l'Islande poursuit dans une voie qui ne suit guère la logique des « plans d'ajustement » habituels. Certes, cette voie n'est pas sans risque. Si le déficit budgétaire dérape, si le système bancaire se grippe entièrement, le pays pourrait avoir de réelles difficultés de financement. Mais le calcul de Reykjavik est différent : le pays dégage depuis le deuxième trimestre, un excédent courant. L'éventuel déficit budgétaire pourra être comblé par des rentrées fiscales supérieures et financé par les liquidités libérées par ce plan de remise de dettes. Alors, la défiance internationale - qui est de toute façon déjà une réalité - n'aura pas d'impact majeur. Et l'Islande pourra reprendre son redressement allégée d'une dette qui risque d'étrangler la reprise de plusieurs pays de la zone euro.

 

 

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Commentaires
a écrit le 05/03/2014 à 5:30 :
2017 C'EST LOIN TROP LOIN
a écrit le 14/02/2014 à 8:07 :
« plans d'ajustement » :
auroracoin
a écrit le 26/12/2013 à 9:36 :
Si vous votez bien en 17, on peut avoir la même chance.
a écrit le 03/12/2013 à 18:36 :
enfin des idées nouvelles dans un monde complétement aseptisée par des remèdes corrompue et laissant très peu de manœuvre a des initiatives populaires
quels sont les risques que prennent les islandais a par être dans la merde mais ne le sont ils pas déjà en ayant aucun droit VRAI comme par exemple conduire a plus de 90 km/h, de pouvoir se permettre un petit extra au resto au ski a la mer en campagne NON car ils sont endetté pour un rien alors pourquoi en avoir plein les armoires si c'est pour subir. Ne vaut il mieux pas en avoir moins mais pouvoir profiter des bon moment de la vie
Perso je préfère un bon repas ou un petit pic nic tout simple en bord de mer ou de rivière que un putain d'Ipad ou ecran plat plus grand que mon tout petit appartement acheter bien entendu a credit ( pour nous lobotomiser encore plus )
BREF méditer peut etre sur cette réalité et on verra si l’Islande prend vraiment de GROS risque
Réponse de le 28/02/2016 à 11:34 :
toutà fait d'accord.....
a écrit le 03/12/2013 à 16:16 :
D'une manière ou d'une autre, il s'agit d'un pari qui n'est pas gagné d'avance, qui a le mérite d'exister... Mais qui peut se terminer en catastrophe...
Il n'est pas sûr non plus, étant donné les caractéristiques de l'économie islandaise et sa faible taille, que même en cas de réussite ce modèle soit transposable facilement ailleurs
a écrit le 03/12/2013 à 15:16 :
Enfin des mecs qu'on des couilles !
a écrit le 03/12/2013 à 14:36 :
S&P et le FMI menacent

Ces deux méthodes déplaisent fortement aux institutions internationales qui y voient à la fois un précédent dangereux......... pour d'autre pays.
Dangereux pour qui ????? Pour le S&P et le FMI oui c'est sur !!!
a écrit le 03/12/2013 à 13:29 :
Vu la chienlit actuelle, un De Gaulle arrivant au pouvoir en France serait bien capable lui aussi de remettre au pas les établissements financiers non vertueux... Et comme il n'y en a pas de vertueux...
a écrit le 03/12/2013 à 12:00 :
C'est tout simplement un savant biais pour une prise de pertes qu'on met sur les bras de créanciers cocufiés. Le fameux DSK ne répétait-il pas qu'il <faut savoir prendre ses pertes> ? Le foirail délétère européen nous a montré son truc avec l Grèce et Chypre.
Réponse de le 03/12/2013 à 12:21 :
C'est un savant biais que l'Islande croit pouvoir se permettre, en tant que tout petit pays, mais qui va avoir du mal à passer auprès de créditeurs et qui va leur revenir sur la gueule... d’une façon ou d'une autre qui vivra verra ...
a écrit le 03/12/2013 à 11:04 :
Comme quoi, la création monétaire bien utilisée par un gouvernement responsable est plus efficient que laisser cette création monétaire à des banques privées. L'Islande avec son excédent courant a retrouvé sa liberté et dit m... aux monopoles bancaires. Elle nous montre la voie, il nous reste à trouver le courage !
Finalement, la BCE ou la FED, si elles avaient vraiment voulu aider le peuple endetté, auraient pu faire la même chose... Mais vous comprenez il vaut mieux faire de la création monétaire (QE...) réservée aux détenteurs de créances plutôt qu'aux endettés.
L’Islande vient de nous donner une leçon d'économie magistrale chère aux néo-chartalistes. Quant aux risques dont parle l'article, je ne vois pas de quoi le journaliste veux parler !
Réponse de le 03/12/2013 à 12:23 :
Réfléchissez un peu avant d'écrire des énormités. L'islande peut imaginer ce genre de "solution" mais que se passerait il si les USA ou les pays européens faisaient la même chose ?
Réponse de le 03/12/2013 à 12:38 :
réponse à @ecolyon: que ce soient les USA ou les pays européens, il y aura défaut partiel - ou total- à un moment, qui semble relativement proche. L'Islande depuis le début fait les choses correctement, et pour l'effacement des dettes privées actuel, opère à froid, ce qui est préférable...
Eux n'ont plus de politiques vendus aux intérets de la "Haute Finance Vagabonde", les veinards!
a écrit le 03/12/2013 à 8:44 :
Il y a eu des dizaines de reportages qui ont décrits les mécanismes de la crise financières, des centaines d'articles décortiquant la folie des acteurs de la finance et la démesure des instruments financiers, on a raconté par le menu que les banques islandaises pesaient plusieurs fois le PIB du pays mais on a toujours droit aux commentaires de deux ou trois imbéciles heureux qui n'ont rien compris (à moins que ce soit des trolls payés pour polluer le net...)
a écrit le 03/12/2013 à 8:27 :
Pas s attaquer aux hedge funds.....autrement FMI et politiques vont monter au creneau...car le contribuable doit payer pour les banques...normal non?...ou alors les epargnants...mais les actionnnaires et dirigeants...jamais
a écrit le 03/12/2013 à 5:59 :
trés, trés, trés bien .
a écrit le 02/12/2013 à 21:38 :
On peut déceler une tendance lourde du moment : la prime à l'irreponsabilité des débiteurs et spoliation systématique des créditeurs et des épargnants.
Réponse de le 03/12/2013 à 6:58 :
C'est beaucoup plus compliqué que votre petit schéma simpliste ...
Réponse de le 03/12/2013 à 8:37 :
Il y a une autre tendance lourde: la betise. La spoliation des crediteurs, bien sur regardez l'evolution sur 15 ans des bilans des banques et vous comprendrez peut etre pourquoi des decisions aussi radicales que celle de l'Islande sont prises.
a écrit le 02/12/2013 à 19:18 :
ben alors je croyais qu'ena nnulant leur dette d'Etat ils avaient tout compris ils étaient les meilleurs. Le problème c'est que l'équivalent 2 milliards d'€ sont en attente de change pour ressortir du pays et donc que pour chaque bine importé (pétrole machines biens de consommations) isl doivent d'abord exporter du poisson ou de l'aluminium d'ou une inflation galopante qui a tout reporter sur la dette privée. Si l'Islande avait accepté son plan de sauvetage ils seraient deja hors de l'eau Deja par un phénomène qui aurait fait remonter la couronne d'env 25% ce qui aurait deja annulé 25% de leur dette qui aurait été libellée en Euro. L'islande a voulu dire m... aux étrangers et elle a pas fini de le payer puisque le montant de la dette annulé est reporté au budget. Dans les fait ça revient a faire payer a quelqu'un qui n'est pas endetté la BMW de son voisin sans ressources .
Réponse de le 03/12/2013 à 7:00 :
On le voit en Grèce, Espagne ou Portugal les résultats de vos "brillants" plans de sauvetage ...
Réponse de le 03/12/2013 à 11:22 :
vous avez raison, mais ça ne rentre pas dans les petites têtes ...qui résonnent comme des tambours et ne voient que "le grand capital", en croyant que leur livret A est gardé bien au chaud à la poste, que leurs intérêts rentrent tout seuls et que l'état emprunte gratis à dieu le père.
Réponse de le 19/07/2015 à 16:38 :
d'après EUROSTAT, l'inflation Islandaise était de 1% en 2014 après 12,8 % en 2008 puis 16,3 % en 2009 et 7,5 % en 2010. On voit bien que l'inflation très forte a pu renchérir les importations de 30 ou 40 % (ce qui pourrait corroborer la thèse de l'endettement des ménages dus à la dévaluation). Mais par quel mécanisme voulez vous que la couronne remonte ?? Même si la monnaie révèle la santé de l'économie, le compte n'y serait pas...
a écrit le 02/12/2013 à 18:14 :
Ah oui la gomme de Photoshop
a écrit le 02/12/2013 à 17:49 :
C'est sûr que prendre le parti de defendre l'intérêt général aux détriments des banquiers ça fait peur aux escrocs du FMI. L'Islande "petit pays" démontre qu'un autre voie est possible. Et vu leurs perspectives de croissance, ça fonctionne bien mieux que les politiques pro-banques et austérité de l'UERSS.
a écrit le 02/12/2013 à 16:58 :
Comment ? avec une gomme ? par magie ?
Réponse de le 02/12/2013 à 18:06 :
Ils ont des ordinateurs, savez-vous, nos amis les islandais ...
Réponse de le 02/12/2013 à 20:31 :
oui la gomme Photoshop !
a écrit le 02/12/2013 à 16:51 :
Le choix entre les ménages islandais et les hedge funds devrait se reoudre aisement...
a écrit le 02/12/2013 à 16:24 :
bonjour et bravo pour l Islande ,voila au moins un pays qui se préoccupe de ces concitoyens
Réponse de le 02/12/2013 à 17:43 :
celui qui n'a pas emprunté va payer via les impôts, alors qu'il n'y est pour rien puisqu'il gère son patrimoine au plus serré sans emprunt ou plus d'emprunt !
a écrit le 02/12/2013 à 16:16 :
On va assister à une roulette russe gouvernementale.

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