Hommes-femmes, mode d'emploi

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La façon dont la justice américaine s'empare de l'affaire DSK nous interroge sur nos rapports de séduction.

On le sait : nos us et coutumes managériaux nous viennent principalement d'outre-Atlantique. Avec parfois une inadéquation totale à notre culture latine. Avec l'affaire DSK, il se pourrait que l'on se réinterroge dans les entreprises sur les rapports entre hommes et femmes au bureau. À l'instar des pays anglo-saxons, un manager sera-t-il contraint demain de toujours laisser la porte de son bureau ouverte, principalement lorsqu'il y reçoit une femme ? Évitera-t-il de monter dans un ascenseur avec une femme seule ? Trouvera-t-on dans nos restaurants d'entreprise des espaces hommes et femmes comme là-bas ?

Car la façon dont la justice américaine s'est emparée de l'affaire DSK questionne hommes et femmes de notre pays sur nos rapports de séduction.

Le coq gaulois a une longue tradition de charmeur bon enfant que ce genre d'affaire heurte en plein vol. Nombreux sont les hommes qui s'autorisent dans le cadre du travail un petit compliment par-ci par-là sur les tenues de leurs collègues féminines. Au pays de l'Amour courtois et de la galanterie, ces dernières n'y sont d'ailleurs pas insensibles... « Qu'allons-nous devenir sans cela ? Sans compter que si nous ne recevons plus de compliments sur nos tenues, l'économie du luxe va s'effondrer... C'est la fin d'Hermès, Dior, L'Oréal, Bulgari et tant d'autres », plaisante une femme cadre interrogée à ce sujet. « Moi, j'aime qu'un homme soit galant. Si on se met à faire du politiquement correct, on lisse tous les comportements », renchérit une DRH. Reste que les hommes de leur côté sont perplexes : « Est-ce que nous n'allons pas trop loin ? En quoi nos blagues sont parfois un peu lourdes ? » se demandent-ils, prenant peur à l'idée d'un durcissement législatif.

Le fait est que l'éthique du monde des affaires reste muette sur ce sujet. En l'absence de toute ligne jaune, les débordements sont permis. Étant entendu que chacun voit midi à sa porte et qu'un homme aux propos salaces aura toujours beau jeu de dire à une femme qu'elle manque d'humour ou qu'elle est coincée. La loi s'en est mêlée pour tracer la frontière entre un séducteur et un harceleur. L'article 222-33 de notre Code pénal sanctionne d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende le fait de « harceler autrui dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle » avec affichage ou diffusion du jugement. Elle interdit les « ordres », « menaces », « contraintes » et « pressions », des « attouchements répétés » sur l'objet du désir. À l'inverse, proposer un restaurant ou un week-end à Rome, et même reproposer après un refus poli, ne relève, a priori, pas de la correctionnelle... Ce qui caractérise le harcèlement, ce sont soit des agissements réitérés, soit un comportement unique grave qui a d'autres buts que de faire comprendre des sentiments à la personne concernée. Une cour d'appel a ainsi sanctionné le fait de dire : « N'oubliez pas que je suis le chef et que j'ai mon mot à dire auprès du directeur, alors il va falloir être gentille avec le chef. » Ceci étant posé, il y a une différence entre serrer chaleureusement la main d'une collègue pour lui dire bonjour et lui faire des remarques déplacées sur son physique... Sous couvert de taquineries, de complicité, certains collègues masculins s'autorisent des gestes qui heurtent la sensibilité féminine. Sans tomber dans les excès américains, les relations homme-femme dans l'entreprise méritent un véritable code de conduite. Le respect de l'autre est aussi affaire d'éducation.

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Commentaires
a écrit le 13/08/2011 à 11:55 :
malgré tout la séduction reste un outil dans le monde professionnel. Le fait de "charmer" ses collègues ou supérieurs permet d'être mieux vu et d'être tout simplement agréable pour eux. le relationnel passe aussi par la séduction ou comment montrer le meilleur de soi pour que l'autre nous écoute.

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