Lutte contre les anti-IVG sur Internet : l'Assemblée nationale sous tension

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Ces sites sous couvert d'une présentation neutre et objective, sont des paravents de groupes anti-IVG qui veulent dissuader les femmes qui souhaitent recourir à l'IVG, selon le ministère des Familles dirigé par Laurence Rossignol qui porte l'amendement.
Ces sites "sous couvert d'une présentation neutre et objective, sont des paravents de groupes anti-IVG qui veulent dissuader les femmes qui souhaitent recourir à l'IVG", selon le ministère des Familles dirigé par Laurence Rossignol qui porte l'amendement. (Crédits : REUTERS)
Sont visés par l'amendement sur le délit d'entrave numérique, les groupes anti-IVG qui opèrent sur Internet pour dissuader les femmes d'avorter en usant d'informations "faussées". La proposition de loi socialiste est vivement contestée non seulement par "Les Républicains" mais aussi par l'Eglise qui se mobilise au sommet.

Ce jeudi, l'Assemblée nationale débattra de la proposition de loi visant à une extension du délit d'entrave à l'IVG (interruption volontaire de grossesse) pour sanctionner les sites internet qui, "sous couvert d'une présentation neutre et objective, sont des paravents de groupes anti-IVG qui veulent dissuader les femmes qui souhaitent recourir à l'IVG", selon le ministère des Familles dirigé par Laurence Rossignol qui porte l'amendement.

"Ces sites utilisent la fragilité des femmes pour, en réalité, faire de manière masquée leur campagne contre l'IVG. Je les qualifie de manipulateurs", avait précisé en septembre sur Europe 1 Laurence Rossignol, la ministre des Droits des femmes.

Trois sites qui se font passer pour neutres et qui incitent les femmes à ne pas avorter sont notamment dans le viseur. Mais à côté des Ivg.net, avortement.net, écouteivg.org parfois adossés à des sites d'entraide et d'écoute sociale, d'autres apparaissent tels que le tout récent et très "branché" Afterbaiz.com, qui cible tout particulièrement les ados.

L'association féministe "Les Effronté-e-s" dénonce les "stratégies multiples" de ces sites:

"Cibler un public jeune et plus désinformé via des noms "branchés" comme Afterbaiz; se faire passer pour des sites bienveillant comme ecouteivg ; ou encore créer des pages facebook pour élargir leur public. Cette page compte plus de 40.000 fans et renvoie au même numéro vert qu'ivg.net. Derrière ces sites ? Des militant-es opposés au droit à l'avortement, notamment issus de groupuscules comme Civitas, «Les Survivants» et autres collectifs anti-IVG."

Les débats s'annoncent houleux ce jeudi 1er décembre à l'Assemblée nationale, après la violente confrontation lors de la primaire de la droite et du centre entre les candidats Fillon et Juppé sur l'avortement, et l'empoignade mercredi 23 novembre lors d'une séance de la commission des Affaires sociales,

>Lire: Propos de Fillon sur l'IVG : une séance interrompue à l'Assemblée nationale après des échanges houleux

Touraine dénonce un "climat culpabilisateur" sur l'IVG en France

"Le délit d'entrave existe depuis 1993, rappelle la ministre de la Famille et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, sur France Info:

"Ce délit a été créé lorsque les lobbies anti-IVG s'enchaînaient aux portes des services hospitaliers. Il a été étendu en 2014, quand ils sont rentrés dans les services. Et comme ils se sont déplacés sur internet, nous les suivons sur internet."

Hier, la ministre de la Santé Marisol Touraine a dénoncé mercredi "un climat culpabilisateur" autour de la question de l'avortement en France à la veille de l'examen d'un projet contesté de création d'un délit d'entrave numérique à l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

L'Eglise entre dans l'arène contre l'Etat laïc

Dans une lettre publiée lundi, le président de la conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, a appelé François Hollande à ne pas laisser cette mesure "arriver à son terme". Pour le porte-parole de la conférence des évêques de France, les sites visés par le gouvernement "remplissent un rôle". Ils donnent des "informations qui sont nécessaires et qui permettent à des femmes de se dire que l'unique possibilité n'est pas de tuer l'enfant qu'elles portent en elle", a souligné Mgr Olivier Ribadeau sur Europe 1. Concernant le délit d'entrave, "il s'agit de savoir ce que c'est que cette entrave: est-ce que proposer une alternative à l'avortement est aujourd'hui possible ou pas? Est-ce qu'expliquer que des aides sont possibles si elles gardent leurs enfants, (...) c'est possible aujourd'hui?", ajoute-t-il.

Marisol Touraine a répliqué sur France 2 :

"J'entends l'inquiétude, je veux y répondre de manière extrêmement calme. Le délit d'entrave ce n'est pas une question d'opinion, on a le droit en France d'être contre l'avortement et on a le droit de dire qu'on est contre l'avortement. Le délit d'entrave, c'est tromper volontairement intentionnellement des femmes en les amenant sur des sites dont elles pensent qu'ils vont leur donner l'information qu'elles attendent et en réalité se servir de ces sites pour les dissuader d'avorter", a-t-elle ajouté.

Ce sera aux juges de décider s'il y a volonté intentionnelle de tromper, a précisé la ministre de la Santé.

Quarante ans après la loi Veil de 1975...

Plus de quarante ans après la loi Veil de 1975 dépénalisant l'IVG, la question de l'avortement continue de susciter des débats en France. La suppression du délai de réflexion obligatoire entre la première et la deuxième visite médicale pour une IVG, contenue dans le projet de loi Santé adoptée en décembre 2015, a suscité une levée de boucliers d'une partie de la droite.

La question de l'avortement s'est également invitée dans la campagne de la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé ayant notamment demandé à François Fillon de clarifier sa position sur l'IVG.

"Je m'interroge sur le fait qu'on assiste depuis quelques années régulièrement à des offensives contre l'interruption volontaire de grossesse", a dit Marisol Touraine mercredi. "Il y a un climat culturel qui pèse et qui tend à culpabiliser les femmes qui s'interrogent sur l'avortement."

Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) publiée en juin, le nombre d'IVG a diminué de 3,9% en 2015 pour atteindre 218.100 en France.

(Avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 01/12/2016 à 16:32 :
Et les médias pourquoi ils enquêtent pas ?

On a de centaines de documentaires par semaine sur la police et l'armée par contre on a jamais de reportages sur les hystériques anti-IVG, qui sont de véritables danger public.

En plus comme ils sont bizarres cela conviendrait parfaitement aux besoins spectaculaires des médias mais bizarrement on en voit jamais, ou rarement sur Arte la seule chaine valable.

Réflexe familial oligarchique ?
a écrit le 01/12/2016 à 16:25 :
Tout le monde prend des positions de postures mais j'ai juste une question.

Ces sites Internet posent t'ils un réel problème? Je veux dire, sait-on au moins combien de femme qui aurait avorté ont été dissuadée par ces sites? Dans le lot combien hésitaient de toutes façons et auraient posé la question légitimement?

Sans retour sur ces faits, comment peut-on avoir une opinion autre que celle d'une conviction personnelle et non d'un factuel? C'est vrai pour toutes les prises de positions sur ce sujet...
a écrit le 01/12/2016 à 14:39 :
La collusion entre la droite et l'église éclate au grand jour sous l'effet de la candidature Fillon. Fillon n'est pas seulement un homme du XIX° siècle mais plus sûrement une réminiscence du Pétainisme -Travail-Patrie-Famille . Tous les symboles de la droite conservatrice sont dans ces 3 mots. On est à l'opposé de la devise Liberté-Egalité-Fraternité, des principes Républicains universels incarnés systématiquement par la gauche et parfois aussi acceptés (dans la douleur...) par des "droites progressistes".
(Dans mon esprit une "droite progressiste"est une droite qui n'a pas le choix et parce qu'elle y trouve un intérêt temporaire... au-delà elle est toujours réactionnaire.)
a écrit le 01/12/2016 à 14:15 :
Je suis à 100% pour que les femmes puissent bénéficier de l ivg et je suis à 100%pour la liberté d expression y compris pour ceux qui sont contre l ivg !!!interdire ???certains ne savent faire que ca ,c est la dictature !!!
a écrit le 01/12/2016 à 13:53 :
Halte à toutes formes de censure, la liberté d'expression est la base de notre démocratie.
Si à chaque fois qu'un politique n'est pas d'accord avec une partie de la population et qu'il légifère pour censurer une opinion , nous ne sommes plus dans un état de droit.
a écrit le 01/12/2016 à 12:25 :
La plus grosse atteinte au droit à l'IVG a été portée par les gouvernements successifs qui ont réduits les financements du planning familial jusqu'à géner sérieusement leur fonctionnement..

Les femmes qui souhaitent avoir recours à l'avortement se retrouvent devant des unités fermées, celles qui restent ouvertes sont débordées, sans moyens et comme il y a un facteur temps impératif, le droit théorique se retrouve parfois transformé en impossibilité pratique d'avorter en France. C'est une forme de déni de droit.

Pour moi, même s'il y a possibilité d'abandon de l'enfant à la naissance, une femme qui n'a pas pu avorter et se retrouve contrainte à mener une grossesse à terme, c'est une femme a qui l'on fait subir une GPA sans consentement.

Dès lors je suis amusé (mais pas étonné) par le discours des pro-life, qui sont anti-avortement, anti GPA (et en plus trés réservées sur la contraception), mais qui contraindraient bien les femmes à porter un enfant contre leur gré (et sans dédommagement financier).

L'argument de l'adoption outre le coté "plaisir de donner, joie de recevoir" cache mal le fait que les femmes qui abandonnent un enfant sont en général pauvres et socialement en bas de l'échelle sociale, alors que les familles adoptantes présentent toutes les caractéristiques de l'électorat de Fillon.

Pour en revenir aux sites, il faut faire la chasse à ceux qui se présentent comme des sites gouvernementaux et officiels, qui délivrent une information administrative et légale erronée susceptible de nuire aux droits des femmes et/ou qui délivrent des informations médicales erronées susceptibles de nuire à leur santé.

Autrement, les sites qui affichent clairement leur obédience philosophique et n'induisent pas sciemment les femmes à perdre leur droits ont leur place sur la toile.

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