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Source : La Tribune - 27/02/2010 | 23:00 - 939 mots  | 

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Le bloc-notes de Stéphane Soumier

L'analyse d'Erik Izraelewicz. Inflation : beau débat, faux débat

Un peu plus d'inflation ne ferait pas de mal. Cela donnerait davantage de marges de manoeuvre aux banques centrales. Cette idée, une bombe, a été relancée par des économistes du FMI. On touche au dogme. Les faucons s'étranglent.

« Le FMI joue avec le feu. » Ça y est, la polémique est lancée. À la mi-février, l'économiste en chef du Fonds monétaire international, Olivier Blanchard, suggérait, dans une note personnelle publiée sur le site du FMI, que les banques centrales devraient se fixer, dans l'avenir, comme objectif d'inflation un niveau de 4 % l'an plutôt que le 2 % sur lequel elles se sont, presque toutes, arc-boutées depuis plusieurs années.

Sacrilège. Laisser filer l'inflation ! On touche au dogme le plus sacré de la pensée dominante. Mercredi, Ben Bernanke, le patron de la Fed, s'en est étouffé au Congrès. « Un objectif de 4 %, pourquoi pas 5 %, 6 % ou 7 % ? », a-t-il ironisé lors de son audition au Congrès. Axel Weber, le patron de la Bundesbank et futur successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE dénonçait quant à lui, jeudi, dans le « Financial Times Deutschland », les nouveaux pyromanes de Washington.

De premier abord, ce débat sur l'inflation peut sembler inopportun. La préoccupation principale du moment est plutôt de s'assurer que le monde ne tombera pas dans... la déflation ! Ne vient-on pas d'apprendre qu'aux États-Unis, les prix à la consommation, hors énergie et alimentation, ont baissé en janvier ? une première depuis 1982.

En réalité, les tensions inflationnistes commencent à se faire sentir - en Grande-Bretagne, en Chine mais aussi aux États-Unis où les prix à la production sont en forte hausse (4,6 % sur un an). Surtout, le débat n'est pas purement conjoncturel. Il porte plus sur l'après-crise que sur la sortie de crise, sur l'équilibre entre les différents instruments de la politique économique. L'article de Blanchard, cosigné avec deux autres experts, a d'ailleurs pour titre : « Repenser la politique macroéconomique ».

Redonner de l'air aux banquiers centraux

L'idée, séduisante, du néo-keynésien Blanchard et de ses acolytes est en fait assez simple : il s'agirait, en acceptant en période de croisière de l'économie une inflation plus forte, d'augmenter les marges de manoeuvre des banques centrales, de limiter dans le même temps un recours trop violent aux politiques budgétaires en cas de choc sur l'économie. La proposition trouve son origine dans l'analyse de la crise actuelle. Face à la crise des subprimes, les banques centrales ont réduit leurs taux - mais elles n'ont pu les réduire de beaucoup, elles étaient déjà proches des taux zéros. Le relais a été pris par les budgets - les États se sont endettés, lourdement, trop lourdement aux yeux des économistes du Fonds monétaire. On n'a finalement rien réglé - le monde est menacé désormais d'un krach obligataire.

Le dentifrice...

Alors, faudra-t-il, une fois la crise passée, accepter un peu plus d'inflation dans nos économies, des « targets » (des objectifs) un peu plus élevés ? Les banquiers centraux classiques s'y opposent violemment. Ils ont trois arguments forts que les experts du FMI vont devoir démonter, trois arguments que l'on peut résumer en trois mots : le dentifrice, la drogue et le rideau de fumée. Le dentifrice d'abord. C'est la fameuse théorie de Jean-Claude Trichet. Depuis des années, le patron de la BCE explique que « l'inflation, c'est comme le dentifrice, une fois qu'elle est sortie de son tube, impossible de la faire rentrer dedans ». Une fois que les prix s'emballent, difficile de les ramener à la raison. Par les mécanismes d'anticipation et d'indexation, la hausse des prix s'auto-alimente. On dira que Paul Volcker, à la fin des années 1970, avait réussi à mater l'hydre inflationniste ? il avait réussi à faire rentrer le dentifrice dans son tube. Le prix de son combat, avec la récession du début des années 1980, avait été élevé.

... la drogue et le rideau de fumée

Le deuxième argument, c'est la drogue. La faiblesse de l'inflation des trente dernières années n'est pas que le fruit des politiques monétaires menées dans la foulée de Volcker. Elle a aussi été favorisée par une mondialisation dans laquelle les facteurs déflationnistes jouaient un rôle dominant. Les bas salaires dans les pays émergents, des coûts de transport faibles, une exacerbation de la concurrence : tout cela a maintenu la pression sur les prix à la consommation chez nous, à freiné toute velléité d'emballement.

Sur ce plan, la mondialisation change de forme : avec la hausse des salaires et des coûts en Chine, lente mais inéluctable, avec la flambée des prix des matières premières, de l'énergie et du transport qui va se poursuivre, avec enfin la réévaluation inévitable, à terme, du yuan et des autres monnaies des pays émergents, les pressions inflationnistes vont prendre le dessus.

Troisième argument enfin : l'inflation est un rideau de fumée. C'est un répartiteur de richesses opaque, injuste et inefficace. Opaque : tout le monde croit y gagner - il y a du « grain à moudre » - alors qu'il y a évidemment des gagnants et des perdants. Injuste car les gagnants sont bien souvent toujours les mêmes. Inefficace enfin car il favorise la dette, alors même que le monde souffre déjà d'un excès de dette.

Le FMI a lancé, on le voit, un beau débat théorique. Les arguments des banquiers centraux ont du poids. On peut pourtant se demander si, dès le départ, ce débat n'est pas biaisé. Le Fonds plaide en faveur de l'inflation : il en connaît sûrement les dangers. Il sait surtout que c'est la seule solution à laquelle le monde pourra recourir pour effacer la mégadette publique générée par la crise. L'autre moyen, plus radical, n'est pas souhaitable : c'est la guerre. Alors préférant, à juste titre, l'inflation à la guerre, et faute de pouvoir l'empêcher, le FMI feint aujourd'hui d'en être le promoteur ! De manière à sans doute mieux la maîtriser.

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  • rioiv a écrit le 06/03/2010 à 10:21 :

    • L'inflation n'est elle pas aussi un indicateur de dynamisme de l'économie? Il n'y plus aucun intérêt à être rentier en période inflationniste et surtout c'est une période chaque acteur ne doit pas rester les pieds dans le même sabot. 30 ans de lutte contre l'inflation = 30 d'une économie avec un dynamisme très relatif (chômage de masse, déficits, Etat qui a "les caisses vides"...). Il est temps que l'économie retrouve du dynamisme, l'augmentation de l'inflation sera un signe positif.

  • hh a écrit le 02/03/2010 à 23:02 :

    • Mais l'inflation n'est elle déjà pas très forte ? Hausse des prix de l'immobilier, et des prix des actif , tout cela n'est il pas l'inflation ? Seuls les salaires n'ont pas connu l'inflation.

  • Joseph a écrit le 28/02/2010 à 19:56 :

    • N'importe quoi, l'allemagne a connue l'hyper inflation et on a bien vu le résultat avec Hitler ... Les mêmes causes vont reproduire les mêmes effets pour enrichir les banquiers comme dans les années 30.

  • rati56 a écrit le 28/02/2010 à 12:12 :

    • Parfaitement vu,quand a l'analyse de l'enjeu pour le "plus grand nombre" Les "banquiers"sont parvenus à ruiner les "particuliers"et les Etats, en fabriquant de la fausse monnaie permettant d'alimenter le "crédit"se substituant aux salaires.L'alternative proposée est évidente,ou dégonflée la dette par une inflation rapide ou accepter la "destruction de l'édifice "par une "bonne guerre mondiale".Les guerres mobilisent les hommes et les moyens ! Les aprés-guerres,mobilisent les hommes et les moyens et dans TOUS LES CAS DE FIGURE permettent l'accumulation de " nouveaux moyens"entre les mains des"oligarchies financières" régnantes, avides de nouvelles aventures.!Elles se nourissent,non seulement d'argent,mais aussi de défis,de projets,de volonté de puissance .Elles sont insatiables et ...incontrolables .A l'image des religions elles ont vocation à "gouverner"les affaires du ...Monde !!! .De mon avis HELAS ! l'inflation ne suffit pas à empêcher la "destruction", cette purge inévitable de cycle par une action radicale ,confiée aux politiques fidéles et obligés serviteurs des "puissances",à qui ils doivent d'exister ! C'est l'infini tristesse de la condition des sociètés "industrialisées"depuis 150 ans.

  • branouch a écrit le 27/02/2010 à 21:33 :

    • investissez, endettez vous, achetez maintenant. Et dans dix ans, vous serez riches, si vous êtes toujours là. Encore faut il qu'il y ait toujours des gens en mesures de vous achetez ce que vous voudrez vendre ... c'est moins sûr.

  • konebien a écrit le 27/02/2010 à 17:42 :

    • bien entendu, pour continuer la dépense publique "as usual " faut de l'inflation;ça permet pour les politiques de ne rien changer fondamentalement à leurs pratiques coupables et à ruiner définitivement leurs pays à plus long terme mais il est vrai que le magot de épargnants fait saliver ;les rembourser en monnaie de singe alors qu'en vaillant petits soldats inconscients ils ont financé via ,entre autres ,leurs assurances vies les déficits de l'Etat ,est une tentation permanente. il y a un problème à résoudre;les Etats européens ont besoin d e beaucoup moins de fonctionnaires pour faire fonctionner le pays sont ils plus intelligents que nous? ou le courage politique manque t il à ce point?

  • spaciba a écrit le 27/02/2010 à 16:11 :

    • très bonne analyse émanant d'un connaisseur, dommage qu'elle se termine par une conclusion de 'bistrot' , type 'une bonne guerre et tout reviens dans l'ordre...'

  • zerjojo a écrit le 27/02/2010 à 12:26 :

    • Etant économiste, je trouve que vouloir une inflation jusqu'à 4% est très intéressante pour l'Etat à priori, mais n'oublions pas que l"Etat français devra refinancer 400 milliards de sa dette en 2013-2014.Y arriverat-il ? A quel taux ? Surement plus que maintenant. Une chose est sure c'est que cela ne pas être aussi simple qu'auparavant et je crois que les politiques vont jouer la carte la plus simple: celle de l'augmentation des impôts après avoir jouer celle des taxes. On sait tous très bien que vu le niveau d'imposition en France, cela n'est pas la bonne chose, il est surtout préférable d'abaisser les dépenses publiques. Et l'Etat devra se moderniser pour cela, et couper dans le effectifs des fonctionnaires. Pourquoi ne pas rendre payant l'accès à l'hôpital et l'éducation. Cela aura pour effet d'avoir du cash pour rembourser une dette extérieurs qui atteint 87,9% du PIB. La seule chose certaine, c'est que la dette française ne sera pas facile à résorber dans un pays aussi difficilement reformable et chacun sera obliger de faire des efforts considérables et en particulier les jeunes générations.

  • bala a écrit le 27/02/2010 à 11:42 :

    • Réaction à Charles-Henri> Non, l'inflation a atteint les 2 chiffres APRES les 30 glorieuses, du fait des deux chocs pétroliers. L'inflation était bien contenue pendant toutes les années 60. La montée du chômage et l'inflation ont été concomittente.

  • Charles-Henri a écrit le 27/02/2010 à 09:11 :

    • Pendant les 30 glorieuses, nous avions une l'inflation qui a atteint les 2 chiffres. Est-ce que nous nous en sommes portés plus mal à ce moment là? C'était le plein emploi. Et puis, acheter aujourd'hui sachant que demain ce sera plus cher ne favorisait-il pas le boom de la consommation. Maintenant ce serait plutôt l'inverse avec la déflation qui favorise l'attentisme puisque demain ce sera moins cher.

  • Jemico a écrit le 27/02/2010 à 09:06 :

    • L'économie n'est pas une science, alors méfions nous de tout dogmatisme, et cela vaut en particulier pour l'inflation; un peu d'inflation a toujours favorisé la croissance (voyez les effets néfastes de son contraire, la déflation!); bien sûr, elle a des perdants (les titulaires de revenus fixes), mais ne vaut-il pas mieux favoriser les "entrepreneurs" au détriment des "rentiers". Il faudra évidemment la maîtriser, mais cela nos banques centrales ont appris à le faire; on peut discuter du taux acceptable, mais elle parait inévitable pour sortir de cette crise de l'endettement dans laquelle nous sommes plongés. Et si l'alternative est la guerre, les choix semblent simples. Attention simplement de ne pas avoir et l'inflation, et la guerre!

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