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Économie - La Tribune Région Sud

Éric Vivier, directeur du Centre d'immunologie de Marseille-Luminy : "Un accord industriel très important avec une big pharma est en train de se négocier"

La Tribune

Publié le 11 novembre 2013 à 23:00 - Mis à jour le 11 novembre 2013 à 23:00

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Le chef de l?équipe d?immunomonitoring de l?hôpital de la Conception, qui vient d?être élu à 49 ans membre correspondant de l?académie nationale de médecine, est surtout un des promoteurs de Marseille-Immunopôle, une entité qui réunit sous un seul et même label tous les acteurs de l?Immunologie marseillaise. Une chaîne de valeur qui a aujourd?hui la masse critique ?pour être un acteur mondial leader de l?immunologie?. Explications.


La semaine dernière, sur le campus de Luminy, vous avez réuni tous les acteurs académiques et institutionnels du territoire métropolitain. Quel était l'objet de cette rencontre ?

Éric Vivier : Nous avons reçu des représentants de la mission interministérielle pour le projet métropolitain, de la Ville, du Conseil général, de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole pour les informer sur le fait que Marseille Immunopole, qui réunit sous un seul et même label tous les acteurs de l'Immunologie marseillaise : le Centre d'Immunologie de Marseille-Luminy (CIML), le Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille (CRCM), le Centre d'Immunophénomique (CIPHE), l'Institut Paoli-Calmettes (IPC), l'université Aix-Marseille Université, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille, le Centre d'Immunotechnologie de Marseille (CIMTECH) et des biotechs, est désormais un des trois clusters du Pôle de Compétitivité Santé Eurobiomed. Cet ensemble, relié par une technologie commune (les anticorps monoclonaux), est le prolongement de ce que nous avons construit au fil de l'eau pendant 40 ans sur le campus de Luminy et le CIMTECH, qui est la dernière structure née, était le chaînon manquant pour compléter l'offre scientifique et technologique. Ce démonstrateur industriel, retenu en 2012 au titre des investissements d'avenir avec une enveloppe de 19 M€ (via ANR), va accélérer le passage de la recherche fondamentale à l'industrie. Concrètement, c'est là que seront testées les innovations et se décidera si elles peuvent devenir de nouveaux médicaments.

Où en est-on dans le planning ? Où en sont vos négociations avec les collectivités et les acteurs privés pour compléter votre financement ?

E.V. : Le CIMTECH* est opérationnel depuis le 1er septembre 2012 et il est pour l'instant hébergé dans les locaux des centres de recherche fondateurs : le CIML, le CIPHE, le CRCM. Mais grâce à la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole, collectivité qui pour l'instant a répondu le plus efficacement à nos projets, il sera logé à partir de 2015 dans une partie du Bâtiment du BRGM (1 000 m2), réhabilité par MPM.
On attend le positionnement du Département, de la région, de la ville ... Il y a aussi de très grands projets européens auxquels on est très attentifs et qui vont pouvoir abonder cette partie-là. Et surtout mais je ne peux pas encore communiquer : un accord industriel très important une big pharma est en train de se négocier et qui va faire l'objet d'une annonce en 2014.


Vous dites qu'à Marseille existe aujourd'hui une chaîne de valeur unique en immunologie.

E.V. : Marseille se classe déjà parmi les plus grands pôles de recherche d'immunologie du monde. Marseille Immunopôle, c'est 780 scientifiques, 2 000 médecins, 40 équipes de recherche, plus de 300 publications/an, 23 plates-formes technologiques, plus de 170 brevets, 4 000 lits d'hospitalisation, 2 unités dédiées aux essais cliniques précoces, 6 centres de référence sur les maladies rares, 5 candidats médicaments en clinique, plus de 200 partenariats académiques et industriels. Une telle concentration avec de surcroît une histoire riche de 40 ans de collaborations en recherche fondamentale et dans les applications autour des anticorps monoclonaux, est inédite. Nous avons de la recherche fondamentale, des structures hospitalières des biotechs et tout un tissu de start-up. Pour comprendre la force et la spécificité de la construction marseillaise, il faut remonter à 1976, date à laquelle deux visionnaires - François Kourilsky (qui sera ensuite directeur général du CNRS, ndlr) et Michel Fougereau - ont créé le centre d'immunologie Marseille Luminy au milieu des calanques et dont l'ambition originelle était déjà de compter dans le top 10 mondial de l'immunologie. Ils vont ainsi tout construire à partir de rien avec un mode de management et de vision de la recherche extrêmement particulier : communauté de moyens, gestion commune, direction tournante. Au départ, il s'agissait d'être une usine à faire des découvertes en immunologie, d'abord purement fondamentale, mais en s'intéressant aux applications dès que cela était possible. Cela a fonctionné puisque dans les années 80, le CNRS fut à l'origine de la première biotech française : Immunotech (passé dans le giron de Danaher, dont l'unité de R&D emploie 250 personnes et qui est l'un des moteurs du groupe en matière de R&D d'anticorps, ndlr). Dans le même temps, certain d'entre nous ont fondé une autre société d'immunologie : Innate pharma qui a créé 90 emplois directs sur le campus de Luminy et qui a réussi l'exploit de lancer trois médicaments en phase II, ce qui n'est pas banal, et de passer deux accords industriels importants ces dernières années (l'un avec Novo Nordisk et le second avec Bristol-Myers Squibb, ndlr). Il s'agit à ce jour du plus gros deal jamais réalisé par une société de biotechnologie française cotée pour le développement, la fabrication et la commercialisation d'un nouvel anticorps monoclonal humain. Marseille Immunopôle possède aujourd'hui la masse critique pour porter quelque chose d'extrêmement ambitieux : consolider dans le domaine industriel la filière des anticorps monocolonaux en collaboration avec d'autres lieux de référence en France, en l'occurrence à Tours autour du LabEx MAbImprove (également soutenu par le programme Investissements d'avenir à hauteur de 8 M€ sur 9 ans avec un apport des tutelles de 32,4 M€, ndlr) d'Hervé Watier que l'on va rencontrer le 10 décembre dans le cadre d'une réunion du pôle de compétitivité Eurobiomed.

Où se situent les autres centres d'excellence dans le monde ?

E.V. : Il n'y en a pas si on raisonne par cluster. Si vous parlez des forces vives travaillant en immunologie dans le monde, il y en a plein et partout : dans la plupart des universités américaines, en France dans des sous disciplines de l'immunologie, complémentaires aux nôtres, en Europe et désormais en Asie du Sud-Est. L'immunologie, science qui s'intéresse à l'immunité, a un très grand succès depuis que l'on s'est aperçu qu'elle ne sert pas seulement à faire avancer la connaissance des mécanismes d'action mais ouvre des perspectives thérapeutiques novatrices et prometteuses dans le traitement des cancers et des maladies inflammatoires. On peut soigner des patients contre le cancer en reprogrammant le système immunitaire et on utilise pour cela une classe de médicaments en particulier : les anticorps monoclonaux. Ils ont fait la couverture de la revue Science en septembre avec un titre éloquent : "The future is now".

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Quel est le potentiel de ce marché ?
E.V. : Le marché est estimé à 50 Mds USD. C'est clairement aujourd'hui la première dépense des centres anticancéreux et le seul segment de l'industrie pharmaceutique avec une croissance à deux chiffres.


Combien en existe-t-il aujourd'hui sur le marché ?

E.V. : Entre 50 et 60. Et si une partie des découvertes sont françaises, il n'y a pas d'acteurs français en aval parmi les leaders de ce marché. Et si Innate Pharma apparaît parmi les 10 premières entreprises du classement, elle se bat aux cotés de mastodontes comme BMS et Roche.


Qu'est ce qui vous manque aujourd'hui ?
E.V. : Une reconnaissance, au plus haut niveau des instances de l'État, de l'existence d'un pôle en immunologie en France. Je fais partie de la délégation qui accueillera Jean-Marc Ayrault (entretien réalisé en amont de la visite le 8 novembre du Premier ministre). Nous n'avons aucun problème pour attirer des chercheurs du monde entier mais pour les garder, il faut être compétitif par rapport à ce qui se fait ailleurs, ne serait-ce qu'en Allemagne ou en Suisse. Et pour l'être, il faut aussi pouvoir offrir des bourses aux étudiants et présenter une grille salariale intéressante... C'est notre facteur limitant.

Marseille-Immunopôle est clairement un projet métropolitain.
E.V. : La structuration en métropole sera déterminante pour nous et il y a actuellement un alignement de planètes extrêmement rare : l'immunologie aujourd'hui, ce sont des succès cliniques et des débouchés industriels créateurs d'emplois. C'est donc bien pour les patients, pour l'industrie et pour les emplois. La métropole en construction rendra plus lisible le paysage marseillais de l'immunologie. Enfin, les fondateurs de Marseille Immunopôle ont tous individuellement atteint un stade de développement autonome avec une masse critique qui leur permet d'avoir la disponibilité et la maturité pour s'investir dans un projet fédératif.

Propos recueillis par Adeline Descamps

*Partenaires : Eurobiomed, CNRS, Inserm, Institut Paoli Calmettes, CIPHE, CIML et Innate Pharma.

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