Nicolas Sarkozy au Vatican pour clore la polémique sur les Roms

Le président français Nicolas Sarkozy a été reçu vendredi par le pape Benoît XVI lors d'une visite au Vatican destinée à dissiper le malentendu né autour de la situation des Roms en France.
(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)

Nicolas Sarkozy a été reçu vendredi par le pape Benoît XVI pour tourner la page des polémiques de l'été entre l'épiscopat français et le gouvernement à propos de sa politique envers les Roms.

En délicatesse avec un électorat catholique qui vote traditionnellement à droite, le chef de l'Etat a profité de cette visite au Vatican, la deuxième depuis son arrivée à l'Elysée, pour appeler l'Eglise à travailler de concert avec l'Etat afin de relever les défis de l'avenir.

L'air grave et tendu à son arrivée, il a reçu un accueil chaleureux et en français de Benoît XVI, qui a évoqué "l'âme catholique de la France" avant de le voir en tête-à-tête pendant une demi-heure dans sa bibliothèque.

Organisée à la demande de la partie française, cette visite intervient après un mois d'août marqué par des échanges vifs entre des évêques français et le gouvernement sur fond de multiplication des expulsions de Roms à la suite du tour de vis sécuritaire annoncé fin juillet par Nicolas Sarkozy.

Une intervention du pape le 22 août appelant, en français et devant des pèlerins français, à "accueillir les légitimes diversités humaines" avait été vue par beaucoup comme une allusion à cette situation.

De part et d'autre, on s'est employé depuis à calmer le jeu même si l'introduction de dispositions plus dures dans le projet de loi sur l'immigration examiné par le Parlement a suscité aussi de nombreuses critiques dans les milieux chrétiens.

"IMPERATIF MORAL"

Selon le Vatican, le pape a évoqué lors d'"échanges cordiaux" avec Nicolas Sarkozy le processus de paix au Proche-Orient et la situation des chrétiens dans plusieurs pays de la région, un sujet cher à Benoît XVI qui sera au menu d'un synode organisé à partir de dimanche au Vatican. La question Roms n'est pas mentionnée, le communiqué du Saint-Siège indiquant seulement que "l'importance de la dimension éthique et sociale des problématiques économiques, dans la perspective proposée par l'encyclique 'Caritas in Veritate' a été soulignée."

Le cardinal français Jean-Louis Tauran a été plus explicite par la suite lors d'une "prière pour la France" célébrée dans la basilique Saint-Pierre en présence du chef de l'Etat.

Il a demandé ainsi à Dieu d'apporter "au peuple de France et à ses dirigeants courage et persévérance" pour agir en faveur de la paix, de la justice, de l'emploi, de l'éducation, de la santé, de l'environnement et de la sécurité mais aussi "pour l'accueil des persécutés et des immigrés".

Recevant une trentaine de hauts prélats pour un déjeuner à l'ambassade de France près le Saint-Siège, Nicolas Sarkozy a déclaré pour sa part que la lutte contre l'immigration illégale, "qui produit tant de détresse et de drames", était un "impératif moral".

"PRIÈRE POUR LA FRANCE"

Mais il a aussi insisté une nouvelle fois sur l'héritage chrétien de la France, fait d'"un trésor inestimable de valeurs morales, de culture, de civilisation", et appelé l'Eglise et la République à travailler ensemble "chacun s'efforçant de comprendre l'autre et de la respecter, chacune restant à sa place et dans son rôle".

Lors de sa première visite au Vatican, fin 2007, Nicolas Sarkozy avait créée la controverse en évoquant la "laïcité positive", une expression qui avait choqué dans la classe politique autant qu'elle avait ravi les milieux catholiques.

Il s'est abstenu cette fois de toute déclaration controversée mais est allé bien plus loin que ses prédécesseurs dans la symbolique.

Aucun président de la Ve République n'avait ainsi assisté à cette traditionnelle "prière pour la France" dans la chapelle sainte Pétronille de la basilique Saint-Pierre, dédiée à une vierge martyre des premiers temps du christianisme qui fut l'objet d'un culte particulier sous la monarchie française.

Conclue par un Notre Père et une bénédiction, cette cérémonie est intervenue en conclusion d'une séquence amorcée par le récent passage de Nicolas Sarkozy à la basilique de Vézelay, un des hauts lieux de l'art roman en France, et la publicité faite autour de la diffusion à l'Elysée du film "Des hommes et des dieux" sur les moines de Tibéhirine, en Algérie.

Au plus bas dans les sondages, Nicolas Sarkozy tente ainsi semble-t-il une reconquête d'un électorat catholique qui avait majoritairement voté pour lui en 2007.

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