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Le roi du cahier d'écolier est français !

Claire Garnier, à Hérouville-Saint-Clair

Publié le 26 juillet 2011 à 07:17 - Mis à jour le 26 juillet 2011 à 07:17

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Ce très discret groupe est le leader européen des articles de papeterie scolaire et de bureau avec les marques ? Oxford, Elba et Canson. La quatrième génération est aux commandes.

C'est à peine croyable. Quand, en 1950, Hamelin se lance dans le cahier d'écolier, c'est alors un produit de luxe : le papier est cher et la fabrication des cahiers artisanale. De grandes feuilles de papier étaient lignées à l'aide de fils de lin imprégnés d'encre, puis pliées, cousues et assemblées en cahier... Hamelin, un petit industriel normand, va contribuer à changer la donne en faisant du cahier un objet de grande consommation.

L'aventure Hamelin avait commencé avec le tampon de « bonne moralité » délivré par le ministère de l'Intérieur, autorisant Ernest Hamelin à créer un atelier de presse lithographique à Caen. Son petit-fils Robert, qui parlait couramment l'allemand après des études d'ingénieur en Autriche, va introduire dans son usine en 1955 la première machine automatique - allemande - de fabrication de cahiers. « Cette machine a été une véritable révolution industrielle dans un métier manuel », souligne Stéphane Hamelin, l'actuel dirigeant, représentant de la quatrième génération. Il se souvient encore de l'état d'excitation de son père, passionné de mécanique, lorsqu'il prenait livraison d'une nouvelle machine. « Un soir, je devais avoir 7 ans, nous sommes descendus dans l'usine en pyjama car mon père voulait nous montrer la nouvelle machine ! » Cette mécanisation propulsera le fabricant de cahiers du statut d'entreprise locale à celui d'entreprise régionale, puis nationale.

Comme il n'a pas de réseau dans le commerce traditionnel, Hamelin va travailler avec les grands magasins puis la grande distribution naissante ; celle-ci "s'est comportée avec nous comme un coach exigeant, analyse Stéphane Hamelin avec le recul. Elle nous a mis une telle pression sur les prix, les volumes et le service que cela nous a obligés à progresser de façon extraordinaire ". Si le groupe est ce qu'il est, résume le dirigeant, "c'est grâce à la grande distribution". Le rachat de Laroche-Joubert Oxford à la barre du tribunal en 1982 va lui apporter ce qui lui manquait : une marque dans le cahier d'écolier. " Le gouvernement tentait de restructurer l'industrie autour de ses champions ; Hamelin avait été choisi pour consolider le secteur des articles de papeterie", raconte Stéphane Hamelin. Il en est résulté une forte concentration : 40 fabricants de cahiers en France dans les années 1970 contre 2 aujourd'hui (Hamelin et Clairefontaine).

Quand, à 28 ans, il se retrouve aux commandes de l'entreprise au décès brutal de son père, le " fils à papa " sait qu'il est attendu au tournant. Il fait profil bas, écoute, s'entoure. Il pressent l'européanisation des marchés et part à la rencontre des entreprises de fabrication de cahiers en Europe de l'Ouest. « Quitte à se faire manger, autant choisir celui qui nous mangera, se dit alors le jeune dirigeant. Nous avions un complexe vis-à-vis des Allemands ; nous étions sûrs que nous allions nous faire bouffer par eux." Mais surprise ! Il découvre que ses confrères du cahier ont "vingt ans de retard" sur Hamelin en termes de production, logistique, qualité de produit, grâce au fameux "aiguillon" de la grande distribution. C'est donc Hamelin qui part à l'assaut de ses concurrents du cahier et du classement et réalise plus de vingt acquisitions en près de vingt ans. Hamelin est aujourd'hui de loin le premier européen dans le secteur du cahier avec un volume fabriqué trois fois supérieur au suivant. Dans le classement, il est aussi premier, mais avec peu d'écart avec le deuxième. L'aventure de l'enveloppe, commencée avec une acquisition en 1973, n'a pas duré. Hamelin a fusionné en 2010 sa division enveloppe avec le suédois Bong Ljungdahl, un « pure player » de l'enveloppe. Hamelin s'est alors recentré sur ses trois métiers, le cahier avec la marque Oxford, le classement avec Elba et les beaux-arts avec Canson.

C'est cette politique de marque ajoutée à une logique de métier (la papeterie grand public) qui l'avait conduit au rachat de la marque Canson à Arjowiggins (filiale de Sequana), leader mondial des papiers de création et technologiques. Une très belle prise car cette très ancienne marque est le numéro un mondial des articles de papeterie pour le dessin et les beaux-arts avec une part de marché de 20 %. L'aventure avec Canson vient de connaître un nouveau développement car, le 29 juin, Hamelin a signé l'acquisition de la machine à papier qui fabrique le mythique papier Canson, sur lequel ont peint tous les grands artistes d'Ingres à Picasso. Surfant sur cette notoriété, Hamelin a créé le très prestigieux Fonds Canson pour l'art et le papier ; il est également partenaire de l'exposition sur les artistes et le papier présentée jusqu'en septembre au Louvre à Paris.

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Y aura-t-il une cinquième génération Hamelin aux commandes de l'entreprise détenue aujourd'hui pour 97 % par la ?famille Hamelin - Stéphane, son frère et sa soeur - et pour 3 % par les cadres dirigeants du groupe ? Stéphane Hamelin sort son ?joker. On devine qu'un scénario de management professionnel extérieur à la famille n'est pas à exclure, ce qui n'empêchera pas cette cinquième génération de s'impliquer fortement en tant qu'actionnaire dans la vie de l'entreprise. Stéphane Hamelin en a la certitude : la jeune génération saura toujours privilégier le long terme comme l'ont fait les quatre générations précédentes.

Claire Garnier, à Hérouville-Saint-Clair

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