Pourquoi la Grèce n'échappera pas à un troisième plan d'aide

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Selon Athènes, le PIB grec progresserait pour la première fois depuis 2008 de 0,6 %, après un recul de 4 % en 2013
Selon Athènes, le PIB grec progresserait pour la première fois depuis 2008 de 0,6 %, après un recul de 4 % en 2013 (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Athènes prévoit une hausse du PIB de 0,6 % l'an prochain. Un scénario optimiste qui permettrait de limiter les besoins de financement du pays.Mais...

Le gouvernement grec prépare un budget 2014 sous le double signe de la croissance et de la restructuration de sa dette. Selon les médias helléniques, Athènes prévoit de dégager l'an prochain un excédent public primaire (hors service de la dette) de 1,5 % du PIB, soit de 2,8 milliards d'euros, contre un budget primaire quasiment à l'équilibre cette année (avec un excédent de 300 millions d'euros, mais grâce à l'appui de la BCE).

Retour à la croissance l'an prochain ?

Le gouvernement Samaras fait reposer cet objectif sur un net retour à la croissance de l'économie grecque l'an prochain. Le PIB hellénique progresserait ainsi pour la première fois depuis 2008 de 0,6 %, après un recul de 4 % en 2013 et de plus d'un quart en quatre ans. Cette anticipation est en ligne avec les économistes les plus optimistes, comme ceux de HSBC, par exemple. Elle repose sur une stabilisation de la demande intérieure et sur un rebond des exportations et sur un apport substantiel du tourisme.

Des prévisions beaucoup moins optimistes

Ce scénario semble fort optimiste. Les économistes de S&P, par exemple, ne prévoyait ainsi la semaine dernière de retour à la croissance qu'en 2015 (avec une hausse du PIB de 1 %). Pour 2014, l'agence table plutôt sur un recul de 1 % « compte tenu du recul du revenu disponible, de nouvelles destructions d'emplois, de salaires encore en baisse et de la poursuite de la consolidation budgétaire. »

JP Morgan, dans une note du 27 septembre, se voulait tout aussi prudent : « l'économie grecque semble certainement s'être stabilisée, mais il est difficile de savoir si elle va recommencer à croître dans les prochains trimestres. »

Rassurer les bailleurs de fonds

En réalité, le gouvernement Samaras entend surtout rassurer ses bailleurs de fonds. La question qui hante aujourd'hui les discussions autour de la Grèce est celle des besoins du pays une fois le plan d'aide actuel terminé en 2014. Selon le FMI, la Grèce aura encore besoin de 11 milliards d'euros de financement entre 2014 et 2016. Mais le FMI table sur un déficit public de 3 milliards d'euros en 2014, Athènes seulement sur 600 millions d'euros.

"Tenir" sans nouvelle aide ?

Comment combler ce besoin de financement ? Le gouvernement grec prétend pouvoir s'en sortir sans nouveau plan d'aide. JP Morgan insiste ainsi sur les réserves dont dispose Athènes : 7 milliards d'euros non utilisés pour la recapitalisation des banques, les privatisations, la possibilité pour les banques centrales nationales européennes de ne pas exiger le remboursement des obligations qu'elles détiennent et, enfin, l'émission de bons du trésor à court terme, marché dont la Grèce n'a jamais été exclue.

Mais pour « tenir » avec ses moyens, Athènes ne peut plus se permettre d'écart, ni en termes de croissance, ni en termes d'excédent primaire (il faudra atteindre 4,5 % du PIB en 2016), ni encore en termes de privatisations.

Le poids de la dette

L'ennui, c'est que la reprise est faible et fragile. Toute accélération de la consolidation budgétaire par la réduction des dépenses publiques peut faire déraper le processus. Surtout, le poids de la dette demeure élevé (176 % cette année) et risque d'asphyxier l'économie pour de nombreuses années. Athènes devra donc sans doute demander une troisième aide européenne ou une nouvelle restructuration de sa dette.

Des obligations à 50 ans ?

Cette dernière option est plus que jamais combattue par Berlin. Car désormais, les trois quarts de la dette grecque sont détenus par des créanciers publics ou parapublics : Etats de la zone euro, MES, BCE, FMI… Pas évident donc de faire payer in fine le contribuable pour la Grèce !

Certes, ce week-end, certains responsables grecs évoqués par Reuters ont envisagé d'échanger les dettes bilatérales issues du premier plan d'aide de 2010 contre des dettes de 50 ans de maturité. Ceci permettrait de lisser les remboursements qui doivent débuter en 2025, mais ne règlerait pas les problèmes de financement urgents. En réalité, une vraie restructuration ne semble pas possible aujourd'hui.

Vers un troisième plan d'aide ?

Il faudra donc en passer par un troisième plan d'aide. Il sera certes moins élevé que les précédents ( l'Institut DIW de Berlin l'a évalué à 10 milliards d'euros minimum), mais pour passer sous les fourches caudines du Bundestag, il y aura des conditions. Athènes pourra toujours mettre en avant le risque politique et celui lié à la croissance pour réduire la facture. Mais la négociation sera sans aucun doute assez rude. Le MES devrait notamment exiger une accélération des privatisations, un des points de friction qui demeure entre la Grèce et la Troïka.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2013 à 11:58 :
On peut déjà mettre le 4 eme plan dans les tuyaux... Idem pour le 5eme.
a écrit le 08/10/2013 à 8:46 :
La Grèce serait-elle le champ d'une expérience qui consiste à mesurer la capacité de résistance d'une population au pillage du pays au profit de ses créanciers ? L'expérience aurait-elle échoué prématurément en Islande ? Dans ce cas, la réaction des Grecs sera déterminante pour la suite des événements dans les autres pays de la zone euro ! Le paradoxe c'est que, du fait de la mondialisation, en bout de chaîne, les créanciers et les débiteurs sont parfois les mêmes ou leurs propres enfants !
Réponse de le 08/10/2013 à 9:38 :
Effectivement, la Grèce est un labo. Ce pays a été choisi sciemment pour une raison toute simple : sa géographie spécifique. n effet, les 11 millions de Grecs sont disséminés sur un vaste territoire, notamment de nombreuses îles. l est dès lors très difficile et coûteux pour les populations justement et légitimement révolmtées de s'unir à Athènes. Il faut prendre l'avion ou le bateau (cher !), passer au moins 1 ou 2 nuitées à Athènes (encore plus cher !), etc etc. En profitant de l'éparpillement de la population grecque, victime aujourd'hui d'un véritable génocide socio-économique mené par la troïka et des états-voyous, france et allemagne en tête, les escrocs qui truandent et sacrifient aujourd'hui le peuip;le grec pour le plus grand profit des banksters (français essentiellement) et de quelques états peu réputés pour leur honnêteté (france encore) évitent les légitimes mobilisations de masse.
Réponse de le 08/10/2013 à 21:50 :
@@ Cerise ++++++++++
a écrit le 07/10/2013 à 20:30 :
Je suis scié , peut-etre ai-je toujours été considéré comme un moins que rien , à juste raison , mais la Gréce a besoin de liquidités pour assumer les commandes passées par les armateurs grecs auprès de l'Asie , la Chine je crois , je vais aller vérifier , meme invraisemblance avec Air France qui va renouer avec les bénéfices l'année prochaine , après toutes ces vagues de licenciements "volontaires " je ne comprends pas ce terme ! je retourne jouer dans ma cour !
a écrit le 07/10/2013 à 17:54 :
Ça leur a servit à quoi ces plans d'aide ? Ah oui à transférer de la dette privée vers de la dette publique européenne, à être asservi par Bruxelles et la Troïka, perdre leur souveraineté donc, à vendre leur réseau ferroviaire, leurs îles, etc, bref leurs bijoux de famille (bientôt le Parthénon). Résultat: toujours autant de dette et même plus, une économie en berne, une catastrophe sociale et des perspectives bien sombres. Et ce sont toujours les mêmes qui viennent leur dire comment sortir la tête de l'eau.
Le premier pays à faire haircut et sortir de l'euro aura bien raison tellement le massacre de la Grèce aura été un mauvais exemple.
Réponse de le 11/10/2013 à 11:30 :
ah ? La dette grecque était initialement privée ? Vous ne confondriez pas avec l'Irlande par hasard ?
Réponse de le 11/10/2013 à 11:33 :
il s'agit plutôt de dette publique détenue à l'origine par des créanciers privés, maintenant par le public. Les créanciers privés ont ceci dit bien laissé quelques plumes dans l'affaire au moment de l'inévitable restructuration. Celle que Merkozy avait repoussé autant qu'ils le pouvaient, à n'importe quel prix, en l'occurrence tant de nouvelles dettes publiques pour les autres pays européens...
(ceci dit, plutôt d'accord avec le reste du commentaire)
a écrit le 07/10/2013 à 17:52 :
Attention, le moment où les allemands ne veulent plus payer arrive ...
Réponse de le 07/10/2013 à 18:21 :
Que l'Allemagne paie sa dette de guerre à la Grèce, qu'elle a allègrement pillée pendant l'occupation nazie.
Réponse de le 08/10/2013 à 9:41 :
Vous avez raison ! L'allemagne merkelienne, guère différente sur le plan de la politique que celle d'un certain moustachu prédécesseur, a une énorme dette de guerre vis-à-vis du peuple grec. Son remboursement suffirait largement (et même plus) à résoudre tous els problèmes financiers du pays causés - soyons réaslistes et honnêtes - essentiellement par les pseudo plans d'aide qui ne sont qu'un vil racket. Mais entre l'allemagne hitlérienne et l'allemagne merkelienne, les teutons utilisent toujours la même tactique génocidaire. Hier par les armes. Aujourd'hui par l'arme économique. Rien en change de l'autre côté du Rhin et l'allemagne peut toujours compter sur ses plus fidèles collabos : les dirigeants français.
a écrit le 07/10/2013 à 17:06 :
Il y aura aucune condition,c'est soit l'on prête à la Grèce soit elle quitte l?Euro-zone,c'est quoi ces conditions à chaque fois quelle demande un prêt (quelle ne pourra jamais rembourser)."des dettes de 50 ans de maturité" la belle blague pourquoi cent ans.
a écrit le 07/10/2013 à 16:34 :
MAis alors cette crise n'est pas terminé ??? :-)))))
Réponse de le 28/10/2013 à 15:12 :
Monsieur Hollande dit qu'elle est terminée.
a écrit le 07/10/2013 à 16:28 :
Ce troisième plan d aide les grecs n étaient pas demandeurs , ce sont les banques qui en ont besoin mais il faut bien habiller les quémandeurs, pour que les européens allemands crachent au bassinet en faisant croire que c est pour le bien de la population, la preuve le budget grec dégage des bénéfices, excédent de 300 ms. Un simple report de remboursement avait l air de les satisfaire
Réponse de le 07/10/2013 à 16:44 :
+ 1
Réponse de le 07/10/2013 à 17:51 :
+100
a écrit le 07/10/2013 à 16:07 :
Parce que cela replit les caisses des banksters et comble généreusement les déficits de plusieurs états-voyous, france et allemagne en tête. La pseudo-aide accordée à la Grèce, qui n'est qu'une escroquerie au détriment du peuple grec, n'arrive pas dans le pays, ou si peu : plus de 85 % de la soi-disant "aid" file directement dans les caisses de certains banksters (notamment les français) et des pays en voie de sous-développement (france) ou qui ont toujours une énorme dette de guerre impayée due à la Grèce (allemagne). L'aide de la troïka n'est qu'un racket et ne profite qu'aux banques non-grecques et à des états-voyous qui gangrènent et vivent au crochet du peuple grec.
Réponse de le 07/10/2013 à 16:43 :
Commentaire très explicite ! MERCI +++100000000 !
a écrit le 07/10/2013 à 16:05 :
Conserver cet article dans quelques années il sera bon pour la France!
a écrit le 07/10/2013 à 15:49 :
Le gouvernement Samaras ne tient pas debout. La dictature est de retour et la Grèce n'y échappera pas.
a écrit le 07/10/2013 à 15:48 :
Les prêts à la Grèce servent à financer des achats à l'Allemagne. En gestionnaire vertueuse, l'Allemagne devrait interdire les ventes à la Grèce, qui n'aurait ainsi plus besoin d'une aide pour faire ses emplettes..
Réponse de le 07/10/2013 à 16:09 :
CQFD est bien naïf ! Les grecs iront acheter ailleurs, tout simplement...
Réponse de le 07/10/2013 à 17:59 :
... oui mais à crédit ! looooooooool
Réponse de le 06/11/2013 à 21:24 :
Les Grecs sont fondamentalement des commerçants très intelligents...

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