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Affaire Woerth-Bettencourt : le procureur Philippe Courroye tresse des lauriers à...Philippe Courroye

latribune.fr

Publié le 30 octobre 2010 à 04:57

Le Quotidien Numérique

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Philippe Courroye a ouvert vendredi une information judiciaire dans l'affaire Woerth - Bettencourt dont il est du coup déssaisi. Trois juges d'instruction sont chargés du dossier dans lequel sont écrits noir sur blanc les soupçons pesant sur les protagonistes dont le ministre du Travail. Le procureur a tout de même déclaré à propos de son enquête : "c'est un modèle du genre en matière de rapidité et d'efficacité".

Une information judiciaire contre "X" qualifiant les soupçons pesant sur l'UMP et Eric Woerth de "trafic d'influence" et de "financement illicite de parti politique" est ouverte concernant l'héritière de L'Oreal Liliane Bettencourt. Le procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine) Philippe Courroye a obtempéré à l'ordre de son supérieur hiérarchique en ouvrant cette procédure qu'il refusait depuis six mois. La présidence du tribunal a désigné trois juges d'instruction indépendants, qui auront davantage de pouvoirs d'enquête que le parquet. Pour la première fois, les soupçons pesant sur le ministre du Travail Eric Woerth, l'héritière de L'Oréal et son entourage sont qualifiés juridiquement, ce qui ne signifie pas que les faits sont avérés, mais ce qui précise la nature de l'affaire.

Le "trafic d'influence par une personne investie d'un mandat électif" concerne l'épisode où la police a établi qu'Eric Woerth était intervenu pour obtenir la Légion d'honneur pour Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt et lui a remis la décoration en 2008. Auparavant, Patrice de Maistre avait embauché fin 2007 Florence Woerth pour 200.000 euros annuels et Patrice de Maistre a pourvu au financement légal de l'UMP avec l'argent de Liliane Bettencourt, a établi la police. Eric Woerth était alors ministre du Budget et trésorier de l'UMP. Par ailleurs, la qualification de "financement illicite de parti politique ou de campagne électorale" est retenue concernant les allégations de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, qui a parlé d'une remise de 100.000 euros en espèces à Eric Woerth pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

LA FRAUDE FISCALE VISÉE

Le parquet retient aussi la qualification "d'escroquerie" au préjudice de Liliane Bettencourt concernant divers usages de sa fortune par son entourage, le "blanchiment" concernant la fraude fiscale, notamment la détention de comptes bancaires en Suisse et l'île d'Arros, aux Seychelles. Tous les autres faits avérés ou supposés sont inclus dans le périmètre de ce dossier très important. Il y a ainsi "l'atteinte à l'intimité de la vie privée" de la milliardaire commise lorsqu'elle a été enregistrée à son insu par un employé, le délit supposé de publication par la presse de ces conversations, la "dénonciation calomnieuse" qu'Eric Woerth impute à Claire Thibout.Les "violences" psychologiques, les "escroqueries" et l'"abus de confiance" qu'aurait fait subir à la milliardaire une partie de son entourage sont aussi retenus. L'information portera aussi sur des soupçons d'abus de biens sociaux à la société de Patrice de Maistre, Clymène.

Le parquet général de Versailles a déjà annoncé qu'il demanderait le "dépaysement", le transfert dans une autre juridiction, de cette procédure. Dès qu'elle sera officiellement saisie, la Cour de cassation aura huit jours pour statuer. Sera également demandé le dépaysement de la procédure pour "abus de faiblesse" instruite séparément par la présidente du tribunal de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez. Philippe Courroye a défendu vendredi son travail et dans un entretien au Figaro, assurant que si on lui avait laissé les dossiers, il aurait achevé les procédures fin novembre. Parlant de "fantasmes", le magistrat a contesté toute orientation politique, malgré les liens d'amitié avec Nicolas Sarkozy, qu'il n'a jamais cachés. "Je n'ai aucune option politique et je n'ai jamais appartenu à aucun parti" Me Olivier Metzner, avocat de Françoise Meyers, fille de Liliane Bettencourt, a salué le dessaisissement du procureur. "M. Courroye montre que lorsque la justice est remise entre les mains de l'accusation, il y a de graves dangers pour la démocratie", a-t-il dit sur LCI.

Plaidoyer pro-domo

Philippe Courroye estime, lui,  avoir réalisé des enquêtes sans faille et conteste avoir agi sous influence. La gauche et les syndicats de magistrats critiquent de longue date ce magistrat réputé proche de Nicolas Sarkozy, l'accusant de conserver sous contrôle des affaires susceptibles d'inquiéter le pouvoir. Après des mois de polémique, il s'est vu ordonner cette semaine par son supérieur hiérarchique de se dessaisir des affaires au profit d'un juge d'instruction, qui devra lui-même accepter le transfert de son dossier dans un autre tribunal.

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"Il ne s'agit en aucun cas d'un désaveu des enquêtes du parquet de Nanterre", estime le procureur dans un entretien à paraître vendredi dans le Figaro. Il affirme que ses quatre enquêtes préliminaires étaient "quasiment terminées". Ne manquaient qu'une expertise comptable et la transmission de pièces résultant d'investigations en Suisse, dit Philippe Courroye. "Il fallait aussi procéder à quelques auditions, peu nombreuses, dont celle du (ministre du Travail) Éric Woerth. Fin novembre, j'aurais examiné les différentes procédures et effectué les choix d'orientation qui s'imposent", explique-t-il. Enumérant les 37 perquisitions et transports réalisés, les 950 procès-verbaux d'auditions et de constatations, les 353 scellés confectionnés, il déclare : "c'est un modèle du genre en matière de rapidité et d'efficacité".

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Il conteste avoir reçu des pressions politiques mais critique en revanche celles qu'il impute aux médias et aux syndicats de magistrats. Concernant l'enquête réalisée sur les factures téléphoniques de deux journalistes afin de porter une accusation de violation du secret de l'enquête contre la juge Isabelle Prévost-Desprez, il estime : "l'enquête ne vise pas les journalistes". Prié de dire si on peut être procureur et ami du chef de l'Etat, il répond : "votre question est sans objet. Le travail que j'ai toujours fourni parle de lui-même".

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