Les enfants de cadres, majoritaires dans l'enseignement supérieur

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Infographie Tribune
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La démocratisation dans l'enseignement supérieur est réelle, rapporte l'Insee. Mais un enfant de milieu favorisé a toujours deux fois plus de chances d'accéder au supérieur que celui issu d'un milieu ouvrier.

Démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur est-il un voeux pieux ? Alors que la ministre de l'Enseignement supérieur oeuvre depuis 2007 pour améliorer l'insertion professionnelle des diplômés d'université et l'ouverture sociale des grandes écoles, une étude que publie aujourd'hui l'Insee incite à la plus grande prudence. Comparant des cohortes 1960-1965 et 1970-1975 entre l'Allemagne de l'Ouest (lire encadré ci-dessous) et la France, les auteurs estiment que « si l'expansion quantitative de l'accès au supérieur a pu réduire les inégalités sociales, en revanche, cette diversification peut éventuellement jouer dans le sens opposé, au profit d'une certaine reproduction sociale ». « L'intérêt de prendre en compte des cohortes anciennes est de pouvoir observer l'insertion professionnelle, niveau où l'on voit vraiment en quoi joue la démocratisation », explique à « La Tribune » Marie Duru-Bellat, co-auteur de l'étude.

Or sur le long terme, l'entrée dans le système de groupes jusqu'alors exclus ne conduit donc pas automatiquement à une plus grande égalité. Au contraire. Ainsi, sur la cohorte 1960-1965, dont 72,6 % des bacheliers accèdent à l'enseignement supérieur, les enfants de milieux favorisés (cadres supérieurs...) avaient-il quasiment deux fois plus de chances d'accéder au supérieur que les enfants d'ouvriers. Sur la cohorte 1970-1975, dont 82,5 % des bacheliers accèdent au supérieur, les enfants de cadres ont cette fois 3 fois plus de chances. Et aujourd'hui, ce phénomène persiste : le bac n'est décroché que par les deux tiers d'une classe d'âge et 55 % des élèves de classe préparatoire sont issus de cadres.

Ouverture sociale

« La démocratisation du baccalauréat prend place au sein de filières différentes qui pèsent sur l'accès au supérieur puisque certaines voies n'y conduisent pas », décrypte Marie Duru-Bellat, citant certains bac professionnels. Une récente étude du Céreq mettait aussi en avant l'impact de l'établissement d'origine dans le choix d'orientation des lycéens (lire « La Tribune » du 10 juin 2010). Quant aux grandes écoles, spécificité française, « elles aspirent de plus en plus les milieux aisés qui ont peur de l'université », ajoute la sociologue. Une tendance que tente de corriger les réformes en cours et les initiatives en matière d'ouverture sociale, même si celles-ci jouent pour l'heure sur des proportions infimes. Bref, l'allongement de la scolarité n'a fait que déplacer le problème d'autant plus que l'obtention d'un diplôme élevé représente aujourd'hui un enjeu plus fort qu'avant. Pour Marie-Duru Bellat, le mal doit être traité à la racine. Tant que les inégalités persisteront en primaire, comme le pointait récemment la dernière enquête Pisa de l'OCDE, rien ne bougera.

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