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L'Azerbaïdjan et l'Arménie à deux doigts d'un accord de paix définitif

Sébastien Boussois

Publié le 09 mai 2024 à 06:00 - Mis à jour le 13 mai 2024 à 15:23

Photo d'illustration

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J. Brouckaert / LT

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Dans cette région longtemps négligée par l'Europe et les Occidentaux en général, et alors que la guerre se propage de-ci de-là, il se pourrait qu'un accord de paix voit le jour dans le Caucase-Sud prochainement. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques*

C'est une bonne nouvelle alors que l'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont livrés un combat féroce pendant près de trois décennies. La région est stratégique aujourd'hui, alors que la Russie au nord et l'Iran au sud sont sous sanctions internationales et que l'intégration régionale au Caucase-Sud par temps de paix représentera une formidable opportunité de développement et de coopération régionale et internationale.

Trente ans après le début de la guerre, Bakou et Erevan sont peut-être actuellement en train d'écrire l'histoire. Il faut y croire et soutenir le processus en cours car les choses semblent bouger depuis plusieurs semaines afin de parvenir le plus rapidement possible à un accord pour la paix. Alors que la Russie et ses milliers de soldats se sont retirés du Karabakh dernièrement, Nikol Pachinian, le premier ministre arménien, et Ilham Aliyev, le président azéri, semblent vouloir aboutir dans les semaines à venir à un traité qui règlerait définitivement les dernières questions en suspens entre les deux pays, notamment le tracé définitif des nouvelles frontières.

Il faut bien reconnaître que beaucoup de temps a été perdu depuis 2020. De nombreux acteurs internationaux se sont essayés depuis quatre ans à pousser les deux pays à régler leurs différends: la Russie, qui était parvenue au cessez-le-feu du 10 novembre 2020 après le déclenchement de la seconde guerre du Karabakh ; les Américains qui ont essayé de peser, mais difficilement car la région leur échappe progressivement tout en se réinvestissant récemment, et enfin l'Union européenne qui par l'entremise de Charles Michel a tenté de se démarquer des deux précédents acteurs traditionnels de la région.

L'Europe est désormais à la peine

Abandonnant une forme de neutralité appréciable pour négocier, le haut représentant pour l'UE, Joseph Borell, s'adressait à la tribune des Nations Unies en septembre dernier en s'inquiétant encore de la situation dans le Karabakh et des Arméniens sur place. L'Europe, après la perte d'influence du Président du conseil européen Michel, s'est quelque peu perdue en revenant en arrière, et en abandonnant l'idée de traiter les deux parties à égal pour espérer tirer les fruits de négociations engagées il y a des mois. Les dossiers chauds étaient alors encore nombreux : la démilitarisation dans la région, le tracé des frontières, le retour des réfugiés azerbaïdjanais, et le statut à octroyer à la minorité arménienne sur son territoire. Chaque dossier est en train de voir une issue et sans l'Europe.

Un fait est acquis et qui suit le droit international : le Karabakh a rebasculé dans le giron de Bakou après 27 ans d'occupation de l'Arménie depuis 2020. Erevan, alliée à la Russie et l'Iran, s'était mise depuis de nombreuses années dans une situation diplomatique de plus en plus intenable pour à tout prix garder le territoire disputé. L'Union européenne aurait dû, dans la continuité de son action, acter cette réalité légale et accompagner les deux pays à faire la paix, à construire l'avenir. Mais elle aurait dû aussi dégager l'Arménie de son obsession pavlovienne du Karabakh et subvenir enfin aussi aux besoins des Arméniens d'Arménie qui ont dû longtemps avaler des couleuvres pour soutenir les séparatistes. Si l'action récente pour essayer d'extraire l'Arménie de la zone d'influence russe revient à l'Europe et aux États-Unis, il n'en est pas de même sur l'accord final à venir. Il faut bien sûr poursuivre ce travail d'autonomisation d'un pays en grande difficulté économique et qui a un intérêt évident à l'intégration régionale. Mais l'Europe avait aussi un coup à jouer si elle n'avait pas totalement basculé dans le seul camp arménien. Les 270 millions d'euros européens à Erevan, lors d'une réunion en avril dernier, entre Pachinian, Blinken, et Van der Leyen, doivent servir à soutenir l'économie de l'Arménie, mais pas pour se réarmer. Ils doivent bénéficier au développement d'un pays en grande difficulté qui devrait profiter du dynamisme régional de la paix.

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Cela ne sert à rien d'être passéiste dans ce conflit comme d'autres. Il faut désormais regarder le futur et les premiers éléments des accords en cours qui devraient offrir des garanties à chacune des parties. L'urgence du moment concerne donc les frontières afin d'éviter de futurs conflits. Ce sont les Commissions de délimitation des deux pays qui sont à la manœuvre. L'accord, trouvé le 19 avril dernier, est annoncé comme historique. Sans intermédiaire, Bakou et Erevan ont discuté de leurs futures frontières. Alors que beaucoup pensent que les deux pays ne se parlent pas, on voit bien que l'engagement de Pachinian reste entier pour sortir l'Arménie d'une situation que sa population a déjà eu du mal à accepter. Il faut donc lui donner des gages en termes de sécurité pour le futur et que l'Azerbaïdjan sera tenu de respecter pour s'être engagé dans les discussions. Dernièrement, Erevan a accepté de rendre quatre villages du district de Gazakh, qu'elle occupait depuis trente ans. 20 bornes frontalières ont été installées dernièrement.

Les frontières sont le nœud gordien de tout conflit. Désormais, le travail va se poursuivre pour la délimitation définitive du tracé dans les autres parties de la frontière interétatique. On reviendra donc sur les frontières du temps de l'URSS, avant les indépendances des deux pays, et avant que l'Arménie s'engage dans cette guerre pour le Karabakh. Un protocole d'accord est prévu d'ici le 15 mai. Beaucoup pensent en Europe qu'un accord final pourrait avoir lieu avant la fin 2024. Il n'est pas trop tard pour continuer à espérer et achever un conflit qui n'a que trop duré.

_____

(*) Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur en géopolitique, enseignant en relations internationales á l'IHECS (Bruxelles), collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), du CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense) et du NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm)

Sébastien Boussois

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