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ÉconomieFrance

Mais où est donc passé "Merkozy" ?

Jean-Christophe Chanut et Romaric Godin

Publié le 15 mars 2012 à 16:12 - Mis à jour le 15 mars 2012 à 16:18

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Le candidat Nicolas Sarkozy ne fait plus guère référence au "modèle allemand". Il est vrai que celui-ci ne sied guère à sa stratégie électorale. Mais le mouvement ne durera sans doute que le temps de la campagne.

Voici encore un mois, tout le monde évoquait cette fusion des dirigeants sur les deux bords du Rhin. Ou plutôt, pour être plus juste, la volonté de Nicolas Sarkozy de porter la France sur la voie du "modèle allemand". C'était, pouvait-on croire alors, le c?ur de la campagne du président, à l'époque candidat potentiel. Angela Merkel, elle, évidemment, n'évoquait pas le  "modèle français" (elle n'a pas la fibre comique), mais elle apportait sa pierre à l'édifice en se démenant pour défendre "son" président français à coup de soutien affiché et de vraies fausses man?uvres d'isolement.
Puis, il y a un mois, le président est devenu officiellement candidat. Et,  progressivement, l'Allemagne et Angela Merkel ont disparu de son discours. Pas tout à fait, il est vrai. Récemment encore, il pouvait présenter l'exemple allemand pour défendre le caractère indolore sur les prix de la TVA sociale qu'il entend instituer le 1er octobre prochain s'il est réélu. Mais la référence est courte, précise et discrète. On n'est plus dans la volonté de suivre le modèle d'outre-Rhin.

Stratégie du "non"
Evidemment, l'explication de cette mise au placard du dossier germanique, c'est la stratégie électorale du candidat président. Comment séduire la "France du Non ", comme il s'y échine depuis quelques jours, tout en défendant la position officielle franco-allemande d'une gouvernance renforcée de la zone euro, incarnée dans le Mécanisme européen de Stabilité (MES) porté par Paris et Berlin ? Comment réclamer un "Buy Europeen Act" tout en soutenant l'exemple d'une Allemagne, deuxième exportatrice mondiale, qui ne craint rien plus qu'un retour du protectionnisme ? Comment menacer de se retirer unilatéralement de l'espace Schengen quand on cherche à imposer les règles européennes décidées - plus ou moins - en commun avec Berlin ?

Quadrature du cercle
Sans compter que les louanges répétées tressées au modèle allemand ont fini par placer ce modèle sur le grill de la presse. Déjà peu tentés par l'expérience allemande, les électeurs français, en particulier les classes populaires fragilisées ciblées par Nicolas Sarkozy, ont des raisons de ne pas s'enthousiasmer des bas salaires et des prestations sociales moins élevées que l'on connaît outre-Rhin. Et puis, il y a la politique budgétaire. Ce même électorat n'est guère sensible à l'objectif d'équilibre budgétaire et à la "règle d'or" bâtie sur le modèle germanique. On n'attrape pas les électeurs du Front national ou du Front de gauche avec le vinaigre de la rigueur. Tout ceci forme une impossible quadrature du cercle que Nicolas Sarkozy a tranché simplement : en se taisant sur son idylle avec l'ancienne physicienne est-allemande.

Soulagement berlinois
A Berlin, si officiellement on blâme certains aspects du programme du "nouveau Sarkozy", à l'instar de Wolfgang Schäuble qui, à propos de Schengen, a rappelé qu'"en Europe, si on avance tout seul, cela ne va pas", on ne peut pas être mécontent d'un tel tournant. Les idées défendues par le président français sont si éloignées de celle d'une CDU qu'Angela Merkel a "recentrée", qu'il lui est désormais difficile de venir défendre "Nicolas". Du coup, elle se tire du guêpier du soutien officiel où elle s'était placée elle-même et qui lui avait valu pas mal de difficultés avec une opposition dont elle a besoin pour faire adopter le traité européen.

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Manoeuvre provisoire
Mais ce tournant dans le discours du candidat est-il un vrai tournant ou une man?uvre politique ? La réponse est sans doute la seconde. Réélu, Nicolas Sarkozy n'aura pas d'autres choix, compte tenu de la situation économique et financière du pays, de se tourner à nouveau vers Berlin et de chercher à mener une politique "allemande" de baisse du coût du travail, de flexibilisation du marché de l'emploi et de réduction des finances publiques. S'il en est autrement, la France se retrouvera isolée en Europe et il pourrait lui en coûter cher. Nicolas Sarkozy le sait parfaitement : c'est exactement pour cette raison qu'il s'était engagé dans les pas de la chancelière.

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Jean-Christophe Chanut et Romaric Godin

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