Transmission : plus de 6.000 entreprises disparaissent brutalement chaque année

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Parce que le sujet reste tabou pour les dirigeants, ceux-ci ne préparent pas la transmission de leur entreprise. Toutes les questions relatives à ce sujet sont abordées mercredi et jeudi lors des Journées de la transmission d'entreprise qui se tiennent à Paris.

Le chiffre est désormais connu et largement repris. Selon les calculs de l?Insee, environ 700.000 chefs d?entreprises nés pendant le baby-boom feront valoir leurs droits à la retraite au cours des dix prochaines années. Pour des raisons économiques et sociales, la transmission de ce qui fut pour la plupart leur bébé est donc cruciale pour l?économie française. Or, le sujet reste délicat pour les entrepreneurs. « Lorsqu?ils sont les fondateurs de l?entreprise, ils ont du mal à passer le relais, à quitter le navire, même aux membres de leur famille », constate Fabrice Luzu, notaire et cofondateur des Journées de la transmission d?entreprise (JTE) qui se tiennent ce mercredi et ce jeudi au Palais de Congrès de Paris.

Des compétences qui disparaissent brutalement
Selon « L?Observatoire » de BPCE, 12.315 entreprises ont été cédées en 2011. Entre 1,4 et 1,5 million d?emplois sont concernés. Ce nombre pourrait être beaucoup plus élevé. Parce que ce sujet est encore tabou pour un grand nombre de chefs d?entreprises, plus de 6.000 entreprises disparaissent ou sont cédées dans des conditions délicates lorsque l?un d?entre eux disparaît prématurément. « C?est dramatique. Ce sont souvent des histoires familiales qui prennent subitement fin. Des talents, des savoirs disparaissent assez stupidement », explique Laurent Benoudiz, expert-comptable, cofondateur des JTE. Pour les inciter à franchir le pas, 26 ateliers sont organisés. En 2011, l?atelier consacré à la valorisation de l?entreprise a rencontré le plus de succès auprès des chefs d?entreprises.

La France, paradis de la transmission
« Cette situation est regrettable. Sur ce sujet, la France est au plan technique un véritable paradis. Les questions réglementaires, fiscales et juridiques sont simples », constate Fabrice Luzu qui recommande toutefois aux dirigeants de s?encadrer d?une équipe complète de professionnels pour assurer la transmission de leur entreprise. En clair, un chef d?entreprise doit s?entourer d?un expert-comptable, d?un notaire, de son banquier et d?un assureur et arriver à les faire travailler ensemble. « Ce dot être la principale priorité du chef d?entreprise », précise Laurent Benoudiz.

« Au regard des conséquences économiques et sociales d?une transmission ratée, ce sujet ne doit pas être pris à la légère. Il faut compter entre trois mois et trois ans pour élaborer correctement une passation de pouvoirs. Le délai peut même être de six ans si le chef d?entreprise veut pleinement profiter des avantages offerts par le Pacte Dutreil, le dispositif fiscal prévu pour la transmission d?une entreprise », estime Fabrice Luzu.

Reste une question, si ce n'est LA question : à qui transmettre son entreprise ? Sur le plan technique, transmettre son entreprise à un membre de sa famille est la solution la plus simple. En revanche, sur le plan psychologique, l'affaire n'est pas si simple. "Pour un entrepreneur, confier son entreprise à son fils ou à sa fille n'est pas facile. Inconsciemment ou non, il redoute que sa progéniture casse son jouet ! C'est la raison pour laquelle un certain nombre d'entre eux préfère céder leur entreprise à un tiers, un des dirigeants de l'entreprise, un concurrent, un partenaire", constate le notaire.

Très en vogue pour développer un courant d'affaires à l'export notamment, le speed dating entre dirigeants pourrait-il faciliter la transmission ? "L'expérience a été tentée à plusieurs reprises mais elle n'a pas eu beaucoup de succès. La confidentialité est très importante dans ce domaine. On ne peut pas déclarer à haute voix : 'je vends mon entreprise au plus offrant' ! Les salariés, les fournisseurs, les clients, les partenaires financiers ne comprendraient pas et n'apprécieraient pas. L'acheteur doit être sûr que l'entreprise est justement valorisée avant de faire une proposition financière. On n'achète pas une entreprise comme une voiture ", poursuit Laurent Benoudiz.     

Les dirigeants ne seront pas les seuls à sillonner les travées du palais des Congrès où plus de 2.000 participants sont attendus. Les professionnels seront également présents, pour combler ou parfaire leur formation sur cette question assez technique. « C?est un secteur d?avenir pour les professionnels. Ils doivent absolument se pencher sur la question », estime Maurice Mongelard, à la Chambre des Notaires de Paris
 

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a écrit le 21/06/2012 à 10:50 :
Dans la mesure ou ce sont les dividendes qui vont financer la reprise, la volonté de ce gouvernement de les surtaxer ne va pas faciliter les montages financiers ?
D'autant que pour les organismes financiers la tendance est d'accepter un niveau de risque compris entre zéro et -100.
Les risques, c'est au repreneur de les assumer !

Cependant, les "truffes" existent. On peut en trouver dans chaque métier.

Pour avoir oeuvré de longue années dans ce domaine, je sais qu'en ce qui concerne les TPE/TPI, une transmission réussie est d'abord le fruit d'une rencontre entre deux individus.

La difficulté pour l'un et pour l'autre c'est d'être capable de se confier et d'être écouté et conseillé.

Et même si les compétences de ceux qui se veulent "professionnels de la transmission" ne sont pas homogènes il serait absurde de légiférer pour museler les associations et confier ce rôle aux seuls marchands.
a écrit le 20/06/2012 à 18:21 :
je me suis intérressé à la reprise d'entreprise il y a environ 5 ans, par l'intermédiaire notament du CRE. j'ai vu quelques très belles entreprises, d'autre beaucoup moins... malgré la présence de professionnels (avocat, expet comptable, etc.) dans cette opération, je garde deux souvenir commun à toutes les situations (pepites ou vieux cailloux) : 1/ les propriétaires ont un mal fou à lacher la barre, 2/ ils rêvent complètement par rapport à la valeur de leur entreprise. Tous les deals auxquels je me suis interressés ont capotés par une vison complètement fantaisiste par le dirigeant-fondateur-propriétaire de la valeur de son entreprise.
a écrit le 20/06/2012 à 17:28 :
Le problème reste la fiscalité et le marché du travail en France. L'ISF, la taxation des plus values, taxation sur les dividendes, droit du travail etc.
Il vaut souvent mieux fermer et recréer une nouvelle société que transmettre...
Réponse de le 21/06/2012 à 11:09 :
Le noeud du problème est bien là!
Et ça ne va pas s'arranger ; AUCUN des ministres ou assimilés du gouvernement Ayrault n'a jamais mis les pieds dans une entreprise privée.
Ils viennent essentiellement de l'Éducation Nationale, et cette consanguinité intellectuelle les conduit a ne concevoir la création d'emploi (utile ou non) qu'à travers le fonctionnariat qu'il connaissent sur le bout des doigts.
D'ailleurs, dans un discours plein d'imagination de Gauche, Pierre Moscovici vient de déclarer que le projet de loi de finances rectificative pour 2012 sera présenté le 4 juillet mais que « il comportera essentiellement des recettes ».
a écrit le 20/06/2012 à 16:14 :
Tout le travail d'une vie qu'on transmet, et on se fait voler 50 % des fruits par l'état, pour les donner aux sociolo-communistes.
Tant mieux si les entreprises disparaissent, comme ça, on sera tous pauvres !
Réponse de le 20/06/2012 à 16:38 :
50% ? non non ! 75% !

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