Et si les hommes et les femmes étaient cotés en Bourse ?

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Rita Scaglia Dargaud
Rita Scaglia Dargaud (Crédits : Rita Scaglia Dargaud)
Avec «Human Stock Exchange» (HSE), Xavier Dorison signe avec Thomas Allart la première BD d'anticipation économique. Alors que les marchés financiers s'écroulent, que les monnaies et les entreprises n'ont plus de valeur aux yeux des investisseurs, les hommes et les femmes deviennent des actifs rentables. Futuriste? Ce n'est pas si sûr...

Le premier des trois tomes d'HSE décrit une société future où les hommes et les femmes seraient en quelque sorte les derniers actifs ayant encore un peu de valeur pour les marchés financiers. Croyez-vous à ce futur-là ?

Et pourquoi pas ? C'est une vision d'horreur mais il faut bien reconnaître que certains point évoqués dans cette BD ne sont pas si décalés par rapport à la réalité actuelle. Les marchés financiers sont au plus mal. Alors que l'on finance des pays risqués, pourquoi n'investirait-on pas dans des hommes et des femmes de grande valeur qui seront à terme de formidables créateurs de richesses? Les sportifs, les artistes n'ont-ils pas une valeur intrinsèque? On commence déjà à lever de l'argent frais pour des projets qui ne sont pas portés par des entreprises mais par des individus [c'est par exemple le cas de My major company]. La prochaine étape sera peut-être la cotation des plus performants d'entre nous.

Dans l'univers que vous décrivez, comment peut-on devenir coté ?

C'est très simple. On estime votre valeur en fonction de critères bien précis comme la santé, les diplômes, le patrimoine matériel et immatériel. Si cette valeur est assez forte, vous devenez un actif coté à qui le conseil d'administration verse immédiatement un important capital de départ. Votre cote dépend ensuite de vos performances et donc de votre capacité à séduire votre conseil d'administration, à lui verser des dividendes réguliers et toujours en progression. La mécanique est simple. C'est le quotidien des entreprises cotées.

Un adage boursier avertit que "les arbres ne montent pas jusqu'au ciel". Les personnages de votre BD engagés dans cette course à la performance ne s'enferrent-ils pas dans un engrenage infernal ?

Tout dépend des performances ! Si vous êtes bons aujourd'hui, pourquoi ne le seriez-vous pas demain ? Évidemment, tout le monde a ses limites... C'est alors qu'une personne cotée au H.S.E peut avoir un problème avec son conseil d'administration ! Vous pouvez avoir un moment de faiblesse, devoir relâcher un peu les pressions... Mais ces moments-là ne sont pas rentables !

Mais, dans la réalité, aucune personne sensée n'accepterait de devenir ainsi la propriété d'un conseil d'administration !

Quand on vous propose un chèque de deux millions d'Euros, ça fait réfléchir, non ? Et puis, il ne s'agit pas de se prostituer ! Juste d'avoir des actionnaires dont l'intérêt est censé être le même que le vôtre.... Franchement, est-ce que l'on est si loin que ça du cadre qui, contre un salaire et un statut social, sacrifie sa santé, sa famille et son intimité ?

L'argent est-il un nouvel idéal ?

Tocqueville disait «l'argent est la valeur de ceux qui n'en ont pas»... Et, aujourd'hui, l'argent est en passe de devenir l'unique valeur dans le monde occidental. En gros: «dis-moi combien tu gagnes, je te dirai ce que tu vaux»... La valeur d'une peinture se juge à sa cote sur le marché de l'art, la vocation d'un médecin à la valeur de ses honoraires, et nous méritons un shampoing car «nous le valons bien».
La dernière fois que l'argent et le narcissisme ont pris une place aussi hégémonique dans notre société, c'était lors de la chute de l'Empire romain ...

 

HSE, Human Stock Exchange (tome 1), de Dorison et Allart. Editions Dargaud. 13,99 euros
 

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Commentaires
a écrit le 21/12/2012 à 18:34 :
J'avais aussi imaginé il y a moults années la déviance vers ce type de société où tout est marchandisé, on a déjà les grilles de salaires qui collent a des configurations dans les entreprises, mais ce qui s'en rapproche le plus c'est le prêt personnalisé, qu'on trouve sur des sites spécialisés de prêts, les gens doivent "se vendre" pour attirer les investisseurs.
Un mariage c'est une fusion, un enfant c'est une filiale à 50/50, mais ça peut changer si on y fait intervenir des parrains, dans la monarchie et la noblesse on fonctionnait un peu comme cela, en se répartissant les possessions à chaque mariage ou naissance ou décès; quand un étudiant a besoin d'un prêt il doit se vendre en partie, mais gaffe si un actionnaire possède plus de 50% à lui tout seul, il deviendra esclave, jusqu'à ce qu'il soit racheté, se rachète( rarissime car les taux sont souvent prohibitifs) ou affranchi, dans le temps cela existait, d'ailleurs l'esclavage s'est développé il y a 5000 ans par la finance, quand les gens ne pouvaient plus payer leurs dettes, il devaient donc rembourser en nature.
Ce n'est pas pour rien que l'islam attire autant de nos jours, c'est une religion qui semble encore "intègre", et autant la finance islamique que le hallal semblent se développer en tant que valeurs refuges.
a écrit le 21/12/2012 à 16:57 :
De fait les gens d'un pays, les nationaux sont cotés de manière mutualisée, avec leur nation en tenant compte également de son potentiel naturel. Le fait est que certains captent cette richesse. Nous avons accepté la situation de ces champions entreprises et hommes qui étaient supposés nous représenter. On voit que cette étape ancienne a disparu. Chacun doit se représenter par lui même ou du moins disposer des éléments tangibles de cette représentation de manière "privée", c'est à dire déconnectée de l'état qui lui gère "l'activité" du pays et non "ses actifs", la rente étant elle supposée répartie en cascade. L'ancien schéma ayant mal vieilli. j'ai ainsi proposé un mécanisme de participation que je nomme "la françaction". Elle consiste a donner un potentiel financier (un crédit ou un prêt) à chacun pour qu'il l'investisse dans nos entreprises championnes. ce qui correspond à une augmentation progressive de capital. Autrement dit : Des champions nationaux, oui mais avec les français à bord. Evitons de nous faire voler car les voleurs sont souvent souriants mais rarement sympatiques.
a écrit le 21/12/2012 à 14:49 :
Tenant compte que l'argent est totalement virtuel, les hommes et les femmes deviendraient virtuels à leur tour. Il suffirait de s'inventer une personnalité de toutes pièces, grâce à des réseaux, des médias, et hop le tour est joué.

Sans compter qu?éliminer des personnes n'effraie pas certains intérêts...
a écrit le 21/12/2012 à 11:33 :
"La dernière fois que l'argent et le narcissisme ont pris une place aussi hégémonique dans notre société, c'était lors de la chute de l'Empire romain .."

C'est possible, en tout cas si point commun il y a, il ne s'arrête pas là : à la fin de l'Empire romain, le poids des taxes et des impôts était devenu totalement écrasant, au point d'être à l'origine du système féodal qui a suivi : les serfs n'étaient rien d'autre que les descendants d'anciens propriétaires totalement dépouillés par les prélèvements démentiels de l'Empire romain agonisant... Aujourd'hui, on en arrive au même point : une noblesse d'Etat qui croît et se développe en taxant toujours plus les personnes privées et en leur promettant toujours plus de merveilleux services en échange (sans leur laisser le choix de toute façon). Hors sujet me direz-vous ? Je ne le pense pas : Tocqueville avait tout à fait raison, «l'argent est la valeur de ceux qui n'en ont pas». Et justement lorsqu'un Etat vous dépouille de plus en plus, vous en avez de moins en moins, et vous ne pouvez qu'être obsédé de plus en plus par celui-ci... En France, même le salarié moyen à 2000 ? net se fait prendre environ 60% de son revenu par l'Etat, si on inclut tous les prélèvements (charges sociales, IRPP, TVA, etc). Autrement dit il travaille intégralement pour l'Etat de janvier à juillet, et cela augmente sans cesse (on s'arrêtait vers le mois d'avril dans les années 60). Est-ce du "narcissisme" d'être démoralisé par cet état de fait ? Comment ne pas être obsédé par l'argent lorsque vous produisez un effort qui vaut 5000 ? mais qu'on ne vous en laisse que 2000 à l'arrivée ?
Réponse de le 21/12/2012 à 14:14 :
réflexion intelligente , c est vrai que le parallélisme est troublant
a écrit le 21/12/2012 à 10:54 :
mais si les choses ne sont pas aussi caricaturales que ça, elles existent dans la réalité, car un individu dans un métier donné, a toujours une "cote" ( salaire, avantage en nature etc..), négociable en permanence sur son marché ( concurrence)
Réponse de le 21/12/2012 à 11:25 :
Cher Gladiator, C'est bien ce que je pensais en rédigeant mon commentaire ci-dessous.
Le problème c'est que si votre cote et trop élevée on vous qualifie de minable cf exemple récent.
J'ai vu de mes propres yeux des manager américains avec un badge indiquant JE VAUX 100000 dollars. Ce qui était vrai et pas si idiot que cela.
Être riche n'était pas une honte ...Qu'en pensez vous ?
a écrit le 21/12/2012 à 10:10 :
Oui des produits, des humains "marchandisables", lisez anton parks.com pour réveiller votre conscience, et non pas de devenir des esclaves corvéables à merci, la fin "d'un monde est terminé". Un monde nouveau s'ouvre à nous avec des vrais valeurs de partage et d'amour, et non pas de guerres, de divisions, et de mensonges.
a écrit le 21/12/2012 à 9:29 :
Si cela contribuait à la fixation de la valeur des prétendants AU MERITE pourquoi pas
Ce ne serait pas plus mal que le copinage.

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