Pourquoi la bulle obligataire n'est pas près d'exploser

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Pour Sébastien Eisinger, responsable de la gestion obligataire chez Pictet, il ne faut pas s'attendre à une remontée des taux d'intérêt dans les douze à dix-huit prochains mois. /Copyright Reuters
Pour Sébastien Eisinger, responsable de la gestion obligataire chez Pictet, "il ne faut pas s'attendre à une remontée des taux d'intérêt dans les douze à dix-huit prochains mois." /Copyright Reuters
Tombés à des niveaux historiquement bas, les taux d'intérêt des grands pays développés sont bien partis pour rester proches de leurs niveaux plancher au moins jusqu'à fin 2013. Pourquoi ? La réponse en sept points.

Tombés à des niveaux historiquement bas, les taux d'intérêt des grands pays développés sont bien partis pour rester proches de leurs niveaux plancher pendant encore pas mal de temps. Pour Sébastien Eisinger, responsable de la gestion obligataire chez Pictet, "il ne faut pas s'attendre à une remontée des taux d'intérêt dans les douze à dix huit prochains mois". Pourquoi ? La réponse en sept points.

1 - Dans le contexte actuel, faire marcher la planche à billets (politiques d'assouplissement quantitatif des banques centrales) ne génère pas nécessairement d'inflation. " L'expérience japonaise nous enseigne qu'en deçà d'un certain niveau des taux directeurs, les liens classiques entre impression monétaire et inflation sont cassés", explique Sébastien Eisinger. Ainsi, même si la base monétaire augmente sous l'effet des politiques d'assouplissement quantitatif, ces liquidités sont utilisées par les banques pour se désendetter. Les institutions financières ont trop à faire dans ce domaine pour prêter à l'économie. Par ailleurs, à en croire le dernier rapport semestriel sur la stabilité financière du FMI, les banques européennes se délesteront de 2.800 milliards de dollars d'actifs d'ici à la fin 2013. Un délestage qui n'a rien d'anodin : il impliquerait une réduction des crédits distribués de 9 % dans la zone euro selon le rapport.

2 - Les perspectives de croissance sont moroses. Pour 2012, elles ont été ramenées par le FMI à 2,2% aux Etats-Unis, 0,9% en Allemagne, 0,1% en France et -0,4% au Royaume-Uni. Pour 2013, les prévisions sont de 2,1% aux Etats-Unis, 0,9% en Allemagne, 0,4% en France et 1,1% au Royaume-Uni.

3 - La boucle prix-salaires a peu de chance de s'enclencher, compte tenu du niveau actuel du chômage.

4 - Le volume "d'actifs sans risque"- même si cette terminologie a perdu de son sens - a globalement diminué. Ces dernières années, "le re-rating des émetteurs souverains, des titres hypothécaires et des véhicules d'investissement spécialisés a considérablement réduit le volume disponible d'actifs sans risque", constatent dans une note Camille de Courcel et Christophe Duval-Kieffer, stratèges de marché chez BNP Paribas.Pour eux, "les opportunités de diversification dans le champ des triple A étant limitées, les investisseurs sont probablement prêts à payer plus cher pour avoir accès à une certaine diversification".

5 - La demande pour les "actifs sans risque"  devrait se renforcer dans le nouvel environnement réglementaire. La nouvelle réglementation financière donne en effet un rôle central aux emprunts d'Etat les mieux notés. Détenir des emprunts d'Etat plutôt que d'autres types de titres est beaucoup moins pénalisant (en terme d'exigences de capitalisation et de liquidité) que ce soit pour les banques ou pour les compagnies d'assurance. Cela soulève un certain nombre de problèmes, en particulier depuis la crise des dettes souveraines en Europe. "Il conviendrait d'étudier la possibilité de renforcer les exigences en fonds propres associées au risque souverain ainsi que, le cas échéant, de réduire les incitations à acquérir davantage de dettes souveraines dans la mesure où cette classe d'actifs ne peut plus désormais être considérée comme pas ou peu risquée", peut-on en particulier lire dans un article de Danièle Nouy, secrétaire général de l'Autorité de contrôle prudentiel, paru dans la Revue de stabilité financière de la Banque de France d'avril dernier.

6 - La politique non conventionnelle des banques centrales renforce la demande pour les emprunts d'Etat, qu'il s'agisse des programmes d'achats de titres de la Réserve fédérale américaine, de la Banque d'Angleterre ou de la Banque centrale européenne (SMP et bientôt OMT). "A l'heure actuelle, la banque d'Angleterre détient 375 milliards de livres de Gilts, soit 30 % du marché, la Fed détient 1.600 milliards de dollars de Treasuries, soit 15 % de la dette américaine négociée sur le marché", constatent les stratèges de BNP Paribas.

7 - Le besoin de collatéral va continuer à augmenter. Les banques centrales exigent depuis longtemps du collatéral lorsqu'elles prêtent de la liquidité aux institutions financières, mais les besoins de ces dernières s'étant considérablement accrus, elles sont obligées de mobiliser toujours plus de titres éligibles. La nouvelle réglementation sur les dérivés (Emir) va amplifier le phénomène. "Le déplacement des dérivés jusque là négociés de gré à gré vers des chambres de compensation devrait entraîner une demande accrue pour le collatéral de meilleure qualité", prévoient dans leur note les stratèges de marché de BNP Paribas. Selon les calculs du FMI, ce passage aux chambres de compensation augmenterait la demande de collatéral de 100 à 200 milliards de dollars.

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a écrit le 18/10/2012 à 12:28 :
la BCE prête au banques, qui achètent en contrepartie les obligations des états en masse, faisant chuter les taux... cercle vicieux basé sur de l'impression monétaire, venue du néant sans aucune réelle valeur. L'inflation réelle ne peut qu'augmenter. Cela n'empêchera pas non plus la faillite des états, toujours plus endettés! Surveillez vos investissements si vous en avez, comme l'assurance vie, dont une bonne partie est mise sur des obligations d'états en quasi faillites! le jour où la faillite sera prononcée, ce sont les particuliers qui perdront tout en premier! Les obligations d'états sont surement parmis les investissements les plus risqués, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire!
a écrit le 18/10/2012 à 11:26 :
En Français il faut écrire: n'est pas prés d'exploser.
Il n'y a pas de préparation, mais une proximité.
Le respect des lecteurs, passe par le respect de la langue.
a écrit le 18/10/2012 à 7:23 :
J'adore les néo-keynésiens, qui ne préconisent qu'une chose : la planche à billets pour seule solution. En attendant, quant on regarde la situation du Japon un peu plus près, ceci devrait nous inciter à la vigilance.
a écrit le 17/10/2012 à 22:48 :
La Banque d'Angleterre détient 30% des encours en Gilts !?!? C'est hallucinant ! 30% de la dette britannique. Imaginez si la Banque de France détenait 30% de la dette française (OAT et BTAN) ! La situation est encore pire que je le pensais.
Réponse de le 17/10/2012 à 23:12 :
Oui, heureusement que la BdF est empêchée par l'Europe et l'euro de commettre les mêmes délires financiers suicidaires. Vive l'Europe qui nous protège !
a écrit le 17/10/2012 à 19:54 :
Les taux faibles le resteront pour les économies capables d'absorber les nouveaux flux de liquidité décrit dans l'article, donc celles qui présentent dynamisme et potentiel d'innovation : EU, GB, Japon, Allemagne, peut-être même l'Italie si elle parvient à maîtriser les effets de sa dette passée. La France est malheureusement hors jeu selon ces critères et va connaître un jour prochain une hausse fulgurante de ses taux, hausse d'autant plus vive qu'ils seront restés artificiellement faibles trop longtemps, sans rapport avec l'état dramatique de l'économie. Le pire, c'est que le gouvernement, enfermé dans son idéologie néfaste, exactement comme son prédécesseur, persiste à hypothéquer l'avenir du pays avec une obstination coupable.
Réponse de le 18/10/2012 à 15:25 :
Pour compléter ce commentaire, on peut ajouter que les taux d'emprunts français, et, dans une moindre mesure, allemands, sont maintenus artificiellement bas par les achats MASSIFS ( 50 à 80% de la dette française) d'euros par la Banque Nationale Suisse qui veut maintenir le franc suisse à un niveau compatible avec le soutien à ses exportations.

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