Et revoilà la bulle Internet

Par Jerôme Marin, correspondant La Tribune à New York

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Sur le balcon surplombant le "trading floor" du New York Stock Exchange (Nyse) jeudi dernier, le sourire de Reid Hoffman n'était pas que de façade. LinkedIn, le réseau social destiné aux professionnels, qu'il a fondé en 2002, s'apprêtait à effectuer une entrée triomphale en Bourse, avec pour conséquence magique d'augmenter sa fortune personnelle de 1 milliard de dollars en quelques minutes. Introduite à 45 dollars, l'action LinkedIn ouvrait à 83 dollars pour clôturer à 94 dollars. Soit un gain de 109 %, le plus important pour une première journée de cotation depuis 2006. Plutôt prometteur alors que d'autres nouvelles pépites de l'Internet s'apprêtent, ces prochains mois, à faire le grand saut. Facebook, Twitter, Groupon, Zynga... elles attisent déjà l'appétit des investisseurs. Et "d'autres compagnies vont essayer de profiter de cette vague d'intérêt ", anticipe Paul Bard de Renaissance Capital. Nous revoilà donc revenus un peu plus de dix ans en arrière, quand les stars de l'époque, les Yahoo, eBay, Amazon et Netscape, suscitaient le même engouement. Avec la même bulle ? C'est la question que se pose aujourd'hui Wall Street. Le contexte est certes différent : Internet s'est imposé, génère des revenus - notamment publicitaires - toujours plus élevés et parvient même à être rentable. LinkedIn a par exemple dégagé 15 millions de dollars de profits l'an passé. Mais les chiffres donnent quand même le tournis. À environ 9 milliards de dollars, le réseau social est valorisé à près de 600 fois son bénéfice net 2010. Et 37 fois son chiffre d'affaires, contre moins de 6 fois pour Google. Chacun des 1.300 employés de LinkedIn vaut aujourd'hui près de 7 millions de dollars. Et chaque utilisateur - ils sont un peu plus de 100 millions - près de 90 dollars. Selon les calculs de Jack Hough de SmartMoney, LinkedIn est aujourd'hui l'action la plus chère des États-Unis. Pour l'analyste Rick Summer de Morningstar, sa valeur réelle n'est que de 27 dollars ! Qu'importe. De nombreux investisseurs ne voulaient pas manquer cette première porte d'entrée dans la nouvelle netéconomie. Avec à peine 7,8 millions de titres disponibles et une forte majorité de demandes non satisfaites, ce bond n'est finalement pas surprenant. Un avis qui est pourtant loin de faire l'unanimité. "Il semble que les investisseurs soient un peu trop optimistes", juge Jack Ablin de Harris Private Bank. "Pour mériter cette valorisation, LinkedIn va devoir continuer à croître à un rythme très élevé", renchérit Michael Moe de GSV Capital. Et même Goldman Sachs doute ? La banque d'affaires a liquidé jeudi dès l'ouverture sa participation dans LinkedIn, à 45 dollars l'action. Les plus prudents rappellent en outre l'évolution du cours de Renren, le Facebook chinois introduit début mai sur le Nyse. Après avoir bondi de 25 % le premier jour, le titre a reculé les six séances suivantes pour retomber sous son prix d'introduction. Arthur Sharif, lui, n'a que faire de ces préoccupations. "Les prix de l'immobilier vont s'envoler au cours des douze prochains mois", prédit, dans le "Wall Street Journal", cet agent spécialisé dans les propriétés de luxe dans la Silicon Valley.

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