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ÉconomieFrance

Réforme des retraites : Ayrault annonce la couleur

Jean-Christophe Chanut

Publié le 20 mars 2013 à 17:11 - Mis à jour le 20 mars 2013 à 17:28

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En réponse à Jean-François Copé (UMP), porteur d'une motion de censure contre le gouvernement, le Premier ministre a dressé le bilan de son action depuis son arrivée à Matignon. Déclarant "savoir où il allait et comment le faire", il énumère toutes les réformes sociales, fiscales et industrielles engagées". Il a rappelé que l'objectif du déficit zéro serait tenu pour 2017. Le locataire de Matignon s'est livré à peu d'annonces mais il a confirmé que la concertation sur la réforme des retraites débuterait...

Et la majorité socialiste dut faire face à sa première motion de censure... Ce mercredi 20 mars, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault est monté au combat à l'Assemblée nationale pour défendre son action face au président de l'UMP, Jean-François Copé, dont le parti avait déposé une motion de censure contre la politique économique du gouvernement... Une initiative d'ailleurs contestée par François Fillon qui aurait préféré que cette arme (utilisable trois fois par session parlementaire), soit utilisée plus tard, en juin, à l'occasion de la présentation par la France à Bruxelles de son plan de redressement...

Quoi qu'il en soit, l'UMP votera cette motion de censure, même si elle n'a aucune chance d'aboutir, faute de majorité, à renverser le gouvernement. Mais il s'agissait là pour Jean-François Copé de se refaire une santé en fustigeant la politique « catastrophique » menée par le gouvernement Ayrault. Côté socialiste, le porte-parole des députés PS, Thierry Mandon, inquiet de la situation politique actuelle, attendait de la part de Jean-Marc Ayrault un "discours d'un chef, d'un patron de majorité qui sait où il va, qui sait comment il le fait et par quels moyens y parvenir".
Le Premier ministre a -t-il rassuré sur ce point ? On verra les commentaires. En tout état de cause, dans sa réponse à Jean-François Copé, Jean-Marc Ayrault s'est voulu incisif et entièrement tourné vers « le redressement de la Nation »... Sans pouvoir s'empêcher de faire une petite leçon de moral au leader de l'UMP:  « A force d'entrainer le pays dans une vision négative de lui-même, ne jouez pas les étonnés de voir prospérer les démagogues... Quand chaque jour on concède un petit bout de nos valeurs, quand chaque jour on offre en pâture un petit morceau de dénigrement national, quand chaque jour on sème la peur... il ne faut pas s'étonner de récolter les fruits amers du populisme. La peur ce n'est pas un programme, c'est une paralysie ! »


Le "Je sais ou je vais" du Premier ministre

Sur le fond, le Premier ministre a voulu rassurer ses troupes en déclarant: " Je sais où je vais, je sais comment le faire, je sais ce que la France doit être au terme de ce quinquennat ». Et d'énumérer ses objectifs, qui, au demeurant, ne pourraient pas être reniés par un seul Premier ministre, toute couleur politique confondue : « un Etat désendetté qui soit respecté ; une fiscalité stable, mais plus juste ; une économie affermie par la réindustrialisation et par l'écologie ; des entreprises dont la compétitivité repose autant sur la montée en gamme, que sur la qualité du dialogue social ; des nouvelles sécurités pour le travail qui cassent la logique du chômage de masse et la précarité, et relancent la mobilité sociale et salariale ; une protection sociale assainie et plus juste ; une société responsabilisée et plus soudée qui fait vivre ses principes de laïcité et d'égalité des droits ; une jeunesse qui a la certitude d'avoir sa place et qui réveille chez tous l'envie du progrès... ».

Des comptes publics à l'équilibre en 2017

Il assuré que les comptes publics seront ramenés à l'équilibre en 2017. Et, déjà, il affirme que l'effort est en bonne voie puisque « la réduction de notre déficit structurel est sans précédent, elle représente 2% de la richesse nationale en 2013 ». Réfutant l'idée d'une austérité de gauche, le Premier ministre a tenu à rappeler « les grands programmes d'investissements qui vont produire la croissance : c'est le programme de transition écologique. C'est le plan numérique qui équipera tous les territoires en haut débit. C'est le Nouveau grand Paris qui va remodeler la région-capitale et bénéficiera à l'ensemble du pays. C'est la relance du logement abordable avec l'encadrement des loyers, la cession gratuite des terrains, le programme de 150 000 logements sociaux chaque année, et l'isolation thermique, mais aussi les ordonnances à venir, qui serviront exclusivement à nettoyer l'accumulation de normes et de réglementations bureaucratiques. C'est la refondation de l'école, qui s'attaque aux racines du décrochage de notre système éducatif. »


La lutte contre le chômage

Bien entendu, se sachant attendu sur ce point alors que la courbe du chômage n'en fini pas de grimper, Jean-Marc Ayrault a aussi tenu à rappeler les actions mises en ?uvres pour tenter de tenir l'objectif d'un inversement de la tendance pour la fin 2013 : « le pacte de compétitivité, les contrats de générations, les emplois d'avenir, la Banque publique d'investissement, la réforme bancaire, l'accord sur la sécurisation de l'emploi, et la réforme à venir de l'orientation et de la formation professionnelle ».
Soucieux de ne rien oublier dans cette véritable revue de détails de son action, le Premier ministre a enchainé sur ses réformes fiscales dont le but « était de rétablir l'équilibre entre le capital et le travail »... Saluant au passage le travail accompli par Jérôme Cahuzac.

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Une réforme des retraites engagée avant avant l'été

Et, après ce bilan forcément positif, Jean-Marc Ayrault a énoncé les prochaines réformes - relevant davantage du sociétal que de l'économique - qui vont être mises en ?uvre dans les mois qui viennent : « Avant l'été, je vous soumettrai le projet de loi abrogeant le cumul des mandats, et puis, enfin, une loi contre les conflits d'intérêts. Vous débattrez également des modifications constitutionnelles, qui enracineront la démocratie sociale et l'indépendance de la justice dans notre Loi fondamentale ».
Mais, bien entendu, le locataire de Matignon n'a pas oublié les questions sociales, levant  très légèrement le voile sur le contenu de quelques réformes à venir. Il a, ainsi, salué les partenaires sociaux avec leur accord sur l'emploi du 11 janvier.

Pour lui, cette méthode basée sur la concertation et la négociation doit également fonctionner pour la réforme des retraites à venir : « Là-encore, la négociation a permis d'avancer avec un premier accord entre les partenaires sociaux sur les retraites complémentaires. Nous le savons tous, les colmatages d'urgence ne suffisent plus à endiguer la révolution démographique de l'espérance de vie. Pour sauver les principes solidaires du régime par répartition, il nous faut en réduire les injustices, et consolider le financement. C'est la discussion que le gouvernement ouvrira avec les partenaires sociaux avant l'été. Chacun devra fournir des efforts, mais nous appliquerons le même esprit de justice que celui qui nous a conduits à rétablir la retraite à 60 ans pour ceux qui ont travaillé tôt. Il en ira de même pour la branche famille, où l'universalité devra se concilier avec la justice pour résorber son déficit ».


Allocations familiales: le principe d'universalité confirmé mais...

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Peut-être faut-il lire entre les lignes dans le passage de ce discours du Premier ministre. S'agissant des retraites, il semble laisser entendre que l'âge légal du départ à la retraite ne sera plus le même pour tous, notamment à travers une meilleure prise en compte du degré de pénibilité du travail. A suivre... Concernant la branche famille et plus particulièrement les allocation familiales, il laisse entendre que si le principe d'universalité sera préservé, il faudra le concilier avec l'esprit de « justice ». Un pas vers la solution préconisée par les députés Bapt et Terrasse qui consisterait à réduire de moitié les allocations familiales et à supprimer les aides pour la garde à domicile pour les ménages les plus aisés?
Enfin, après un couplet sur l'Europe, Jean-Marc Ayrault s'est offert une minute de plaisir politique en dressant le bilan des années Sarkozy : « Nul n'a oublié les 600 milliards de dettes supplémentaires, les 24 nouvelles taxes, le million de chômeurs en plus, l'industrie sinistrée, le commerce extérieur en déficit. La part de la dépense publique est passée de 52 % à plus de 56 % dans la richesse nationale. Vous avez affaibli la France »
A défaut de convaincre l'opposition sur sa politique, il aura peut-être rassuré sa majorité - qui lui a réservé une standing ovation - sur sa capacité à diriger l'action gouvernementale.

Jean-Christophe Chanut

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