Comment l'administration se fait de l'argent de poche avec le cinéma

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Lors du tournage du long-métrage Colt 45, de Fabrice de Welz, dans la cour de l'Ecole du Val-de-Grâce en juin 2012. Copyright DICoD
Lors du tournage du long-métrage "Colt 45", de Fabrice de Welz, dans la cour de l'Ecole du Val-de-Grâce en juin 2012. Copyright DICoD (Crédits : DICoD)
A l'heure où Jean-Marc Ayrault demande à ses équipes de faire des économies au sein des ministères, de nombreuses administrations réussissent à tirer profit de leur foncier en le louant pour des tournages ou des événements privés. Une journée de mise à disposition coûte entre 300 et 4.000 euros. Les recettes sont réaffectées directement au sein de l'administration d'accueil, pour réaliser des rénovations par exemple.

L'été dernier, durant la semaine du 14 juillet, la Préfecture de Tours était discrètement investie par des visiteurs un peu particuliers. Les acteurs de la série télévisée française diffusée par France 2 "Les Hommes de l'ombre" dont Nathalie Baye étaient venus y tourner l'un des épisodes. Explication: l'hôtel de Préfecture, classé monument historique, fait partie des 1390 bâtiments publics mis à la disposition des réalisateurs comme décors.

Cette ouverture aux tournages - que ce soit des longs-métrages, des courts-métrages, des documentaires ou des clips publicitaires- est encouragée par l'Etat depuis la création en 2007 de l'APIE, l'Agence du patrimoine immatériel de l'Etat, un service placé sous l'égide du Ministère de l'Economie et des Finances. Ces mises à disposition du patrimoine étatique au profit d'entreprises privées permettent de valoriser l'image de l'institution, contribuent à l'attractivité de la France pour les productions audiovisuelles... mais revêtent également un intérêt financier inédit.

Des recettes propres pour les administrations

En louant leurs locaux, les administrations génèrent des recettes propres, dont l'affectation leur est directement réservée, un bon point à l'heure où le gouvernement demande à ses Ministères de se serrer la ceinture. Les administrations sont autorisées à percevoir une redevance en contrepartie de la valorisation de leurs actifs, indépendamment de leurs dotations budgétaires, depuis la publication des décrets n°2009-151 et 2009-157 le 10 février 2009 et le transfert de compétences ainsi rendu possible.

Des préfectures, tribunaux, prisons, casernes mais aussi des hôpitaux, des monuments et haras nationaux ou encore des bases navales peuvent librement accueillir des tournages ou des événements privés, encore plus lucratifs. D'après la grille de tarifs homogénéisée, les prix varient entre 300 et 4.000 euros la journée, en fonction du type de tournage et des lieux loués.

GRILLE DE TARIFICATION (conseillée par l'APIE)



"Chaque établissement est épaulé par l'APIE mais gère de façon autonome les accueils qu'il concède » raconte Sylvie Nestelhut, de l'APIE. Il gère aussi et surtout en autonomie l'allocation des ressources financières collectées par ce biais. "Les 20.000 euros encaissés pour le tournage des 'Hommes de l'ombre' en 2012 a par exemple permis à la préfecture d'Indre-et-Loire de rénover le piano préfectoral et d'organiser des concerts gratuits pour la population tourangelle", s'enthousiasme Sylvie Nestelhut.

Une cinquantaine de sites sont également proposés pour l'organisation d'événements tels que réceptions privées, séminaires, défilés de mode, etc. Ce qui s'avère encore plus lucratif : un lieu est loué en moyenne 20.000 euros pour une mise à disposition de 24 heures pour un événement. La Garde Républicaine à Paris a par exemple accueilli le défilé Dior Homme automne-hiver 2013-2014 le 19 janvier dernier. "L'argent permettra une rénovation des carrières et des boxes pour les chevaux", mentionne Me Nestelhut.

Rénover, entretenir des sites, et financer des documentaires

Le ministère pionnier dans l'accueil de tournages ou d'événement est celui de la Défense, très souvent sollicité pour ses décors exceptionnels. Tribunaux et prisons comptent parmi les bâtiments les plus sollicités. "Pour le ministère, les recettes financières ne sont pas une fin en soi", prévient le capitaine Mickaël Molinié, du Bureau de la politique d'accueil. "Mais le ministère de la Défense est le premier propriétaire foncier de France, cela représente une manne incroyable dont nous essayons de tirer profit" poursuit le capitaine. Le ministère réaffecte les recettes à deux niveaux : 60% des sommes servent à rénover et entretenir les sites d'accueil des tournages, et le reste est alloué à un fonds de soutien financier pour la réalisation de documentaires sur le thème de la Défense. Le ministère propose 114 sites différents (dont 84 casernes, 25 bases aériennes, les Invalides, deux bases navales...) et il lui arrive de mettre à disposition des avions, récemment des avions des années 1960 exposés pour un téléfilm sur la vie de l'industriel Marcel Dassault, "Dassault, l'homme au pardessus".

L'an dernier, le ministère de la Défense a accueilli 36 tournages sur ses sites, contre 25 en 2011 et 16 en 2010. Cette tendance d'augmentation du nombre de locations se retrouve globalement dans la plupart des ministères et institutions. Au total, tous sites confondus, le nombre de tournages accueillis a été multiplié par plus de 3,2 entre 2010 et 2012. Celui qui en accueille le plus est celui de la Culture, avec 236 tournages en 2012, sur un total de 494.

Développer l'attractivité touristique

Enfin, outre les profits individuels des administrations concernées, l'accueil de ces tournages et événements peut également avoir un impact sur l'économie locale, de façon temporaire. Les retombées peuvent aussi bien se faire sentir sur le plan de l'emploi (embauche d'acteurs, de figurants), que de dynamisme de l'activité économique locale (dans l'hôtellerie-restauration principalement) et d'attractivité touristique. En effet, une commune est susceptible de s'organiser pour tirer profit du gain de notoriété obtenu grâce à un tournage sur son territoire. Hyères peut notamment gagner en notoriété grâce à des tournages dans le parc national de Port-Cros, au large du Lavandou, et attirer encore davantage de touristes. Et pour ceux qui se posent la question : oui, un réalisateur peut même demander à tourner au Palais de l'Elysée.

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Commentaires
a écrit le 03/04/2013 à 8:55 :
Et que dire de l'administration pénitentiaire qui loue de l'espace dans les prisons mais aussi des uniformes pour les tournages...
Réponse de le 03/04/2013 à 18:50 :
tant qu'il ne loue pas les prisonniers!
a écrit le 03/04/2013 à 8:08 :
Enfin l'état prend conscience qu'il a une valeur. J espère la même chose pour la propriété intellectuelle. Que de pillages de données revendues par des cabinets d'études!
a écrit le 02/04/2013 à 17:34 :
c'est de bonne guerre, s'il y a des retombées et si les sommes allouées pour la location vont dans des besoins concrets...et sérieux !
a écrit le 02/04/2013 à 17:01 :
Les subventions d'état au cinéma dont a profité Depardieu avec ses casseroles malgré deux ou trois films bons qui sont des dépenses largement au-dessus microcosmiques recettes...........................

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